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CHAPITRE III

l’aPPA-RENCE et la réalité.

Si les empereurs allemands avaient, à n’en pas douter, pour objectif d’établir leur autorité directe dans l’ancien royaume de Bourgogne transformé en province et devenu entre leurs mains une sorte d’immense domaine royal, soutien de leur trône et réservoir de leur force, ces visées ambitieuses se sont évanouies en chimères. Les trois grandes régions de la Gaule réunies sous le sceptre de Rodolphe jlll n’étaient qu’un squelette de royauté; elles ne furent plus qu’un fantôme de Royaume sous les empereurs germains. L’irréalité alla croissant. Elle se peut mesurer à l’absentéisme du souverain.

Nous avons entendu Wipon solliciter son maître de raffermir par sa présence les fidélités chancelantes. Henri III en sentit si vivement le besoin qu’il tenta de grands efforts pour se concilier les esprits. Il épouse, malgré l’opposition de ses conseillers teutons, une petite-fille d’Otte Guillaume, Agnès, fille de Guillaume le Grand d’Aquitaine', après avoir fait, avec ostentation, célébrer ses fiançailles^à Besançon (automne 1043) 2. On le voit tenir

â Voy. la lettre de Sigefroi de Gorze à Poppo de Stavelot (été 1043) publiée par Giesebrecht, t. II (5° éd., 1885), p. 714 et suiv.

3 Annales Altahenses, ad an. 1043, p. 33. — Raoul Glaber (V, 1,17, p. 127) : « Heinricus, fîlius Chonradi, rex Saxonum jarn in re, Romanorum vero imperator in spe, duxit uxorem filiam Willelmi Pictavorum ducis, nomine Agnetem quam etiam desponsavit in civitate Crisopolitana, quæ vulgo Vesuntio vocatur. Illuc denique ob amoris ac

encore clés assemblées à Soleure en 1048 et 1052. Mais la seconde est brusquement rompue par les seigneurs bourguignons1, et l’empereur s’abstient désormais de paraître dans l’ancien royaume de Bourgogne.

Son successeur Henri IV ne s’y montre qu’une seule fois, et dans les conditions les plus fâcheuses. C’est lors de son voyage à Canossa (1077). Toutes les autres routes d’Italie étant gardées par ses adversaires, il dut solliciter des princes bourguignons le droit de passage à travers leur pays. Les comtes de Maurienne le lui firent chèrement payer par la cession d’une partie de la Bourgogne 2, et si le comte de Bourgogne Guillaume Tête Hardie le reçut plus généreusement à Besançon, ce fut en parent fugitif et non en souverain 3.

Pas plus que l’esprit germanique n’a pénétré dans la société, l’autorité politique ne s’est, par l’annexion au Saint-Empire, implantée dans les groupes ethniques, ne les a subjugués, fondus ou dominés. Leurs chefs, princes, comtes ou marquis, en Bourgogne, en Dauphiné, en Pro-

benevolentiæ gratiam utriusque convertit maxima nobilium multitudo, episcoporum vero numéro viginti octo ». R. Glaber, écho des prétentions allemandes, ajoute : « Provenerat enim in deditionem predicti regis regnum Austrasiorum, quod illi a progenitoribus competebat ». D’après les auteurs de L’art de vérifier les dates , II, p. 498, le comte de Bourgogne Renaud a refusé d’assister à cette cérémonie.

1 « Gum imperator cirea Letaniarum tempus Solodori colloquium haberet, quidam ex Burgundionibus offensi inde discedunt ; sed non multo post, aliqui ex îllis ad gratiam ejus redeunt » (Hermann de Reichenau , ad an. 1052, H. F., XI, 21 A).

- « Vix et agere tandem impetratum est, ut provinciam quandam Burgundiæ , bonis omnibus locupletissimam, concedendi transitas mercedem dignarentur accipere » (Lambert de Hersfeld, ad an. 1077, Migne, 146, col. 1235).

3 « Rex Heinricus in Italiam proficiscens, intra Burgundiam in loco qui dicitur Bisenzum, natalem Domini celebravit, satis magnifiée pro sua tum calamitate susceptus et habitus ab avunculo matris suæ, Willihelmo comité, cujus in illis locis amplissimæ et florentissimae opes erant » ( ibid ., col. 1234).

l’apparence et la réalité.

vence, ont gardé ou élargi l’exercice de leur souveraineté. Ils ont usé de l’entière liberté de s’unir par le sang ou par les liens féodaux aux maisons princières et à la Couronne de France. Les villes principales, Besançon et Lyon, Vienne, Arles ou Avignon ont maintenu et développé leur vie indépendante ou leur autonomie nationale, accru et cimenté leurs relations sociales avec la Gaule, en attendant le jour où progressivement elles seraient de nouveau englobées dans le royaume de France.

L’autorité impériale n’a été qu’un mirage, un apparat de solennités, de formules, de protocoles de chancellerie. Toute l’unité de l’Etat a tenu dans le titre fictif de royaume d’Arles. L’empereur ne commande pas, ou quand il commande, il n’est pas obéi1. Lothaire de Supplimbourg en fera l’aveu lamentable dans une lettre adressée à ses vassaux ecclésiastiques et laïques de Bourgogne et de Provence : « Maintes fois, leur dit-il, nous vous avons écrit pour réclamer le tribut de vos hommages et de votre soumission. Vous n’en avez tenu nul compte et manifesté ainsi, d’une manière indécente, votre mépris pour notre

pouvoir suprême Votre autorité est diminuée parmi

vous au point d’y être presque complètement oubliée »2.

1 « Clinique Burgundia aliquando per se fortes reges habuisset, et per eos suis gentibus præcepta dare solita fuisset, ex appetitu libertatis.. . jamdudum insolentiam et desuetudinem induerat obsequendi » (Otton de Friesingen, Gesta Friderici I (Contin. Rahewini, III, il ; SS., XX, 423).

2 Epistola ( Lotharii ) ad Arelatensem episcopum (1132).

« L. Dei gratia Romanorum imperator augustus.... Sæpenumero scripsimus vobis, requirentes fidelitatis et subjectionis tuæ debitum, quod quia non mancipalur effectui, vis quantum in te est, potestatem imperii nostri in partibus tuis satis indiscrète contemnere : quod quantum divinis et humanis legibus contrarium sit, si recte adverteris, ipse nosti.Nos itaque {lacune) Romani imperii quæ apudvos tam adtenuata est et oblivioni proæimo, prout oportet, reparare curabimus, adeo ut fideles nostros debitis honeremus benefîciis, et eos qui rebellare conantur juribus nostris affligamus » (Martene et Durand, Veterura Scriptorum Amplissima Collectio , Paris, 1724, T. I, p. 717).

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