‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 196 sur 244 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

son jeune fils Waifre, sur lequel il fondait des espérances qui ne furent pas déçues.

Grâce â la vaillance et à l’habileté qu’il déploya, Waifre, tandis que Pépin mettait sur sa tête la couronne de France, restaura, en son indépendance quasi royale, le principat aquitain. Il fait frapper monnaie à son nom1, il donne asile aux proscrits du nouveau royaume franc. Pendant quinze ans, il maintient sous son autorité, sans y être troublé, tout le pays entre les Pyrénées et la Loire. Pour consolider son pouvoir, il suit l’exemple donné par Charles Martel ; il s’empare des biens que les églises d’Austrasie et de Bourgogne possédaient en Aquitaine. Ce devint le grief principal dont Pépin le Bref s’arma pour envahir ses Etats (760).

La résistance fut formidable : les comtes de Bourges et d’Auvergne combattent aux côtés de Waifre. Le roi gallo-franc ne parvint à la briser qu’après une lutte qui occupa toute la fin de sa vie 2.

« Videns autem llunaldus quod eis resistere non valeret omnem voluntatem eorum se facere sacramentis et obsiaibus datis spopondit, ipsumque cum omnibus quæ habebat, invictorum principum servitio semancifjavit » (Annales de Metz; H. F., II, p. 687).

1 Engel et Serrure, Traité de numismatique, Paris, 1891, I, p. 231.

2 Elle est décrite, avec toutes ses péripéties, par le Pseudo-Frédégaire, loc. cit., p. 186-192. Je relève ce renseignement précieux sur les relations antérieures du duc d’Aquitaine avec le rex Francorum. En 765 Waifre avait offert de traiter en renouant ces relations, à condition qu’il rentrât en possession de l'intégralité de ses États. Or voici comment elles sont définies : « Ipse Waioforius dictiones (ditionem) sue faceret; tributa vel munera quod antecessores suos reges Fran- «oriim de Aquitania provintia exire consueverant, annis singulis partibus prædicto rege Pippino solvere deberet ». Ces offres furent repoussées par le roi « per consiiio Francorum et procerum suorum » (p. 190).

Quand après la mort de Waifre, l’Aquitaine est soumise, c’est encore aux relations anciennes que la soumission se réfère : « Rex Pippinus jam totam Aquitaniam adquesitam,omnes ad eum venientes dictionis sue, sicut antiquitus fuerat , faciunt » (p. 192).

LE PREMIER DUCIIÉ INDÉPENDANT d’ AQUITAINE. 479

Des expéditions conduites d’année en année par Pépin ou ses lieutenants traversent l’Aquitaine de part en part. Waifre poussé à bout recourt au moyen désespéré de démanteler les villes qu’il ne peut défendre; mais Pépin les occupe et relève leurs murailles, puis se lance pendant deux ans à la poursuite du duc aquitain, jusqu’à ce qu’abandonné par les Gascons proprement dits1, traqué et cerné dans une forêt du Périgord, Waifre est tué en trahison (2 juin 768). Il avait défendu jusqu’à la dernière extrémité la cause de l’indépendance de l’Aquitaine, et il tomba martyr, aux yeux des Aquitains, de leur cause nationale, tel Saint Léger, aux yeux des Bourguignons.

Malgré son abstention habituelle de toute vue générale, Auguste Molinier a dû écrire au sujet de la lutte soutenue par Waifre et des révoltes qui l’ont précédée et suivie :

« La durée de la résistance prouve que l’Aquitaine avait dès lors son esprit et ses aspirations particulières » 2.

Les satisfactions que Pépin essaya de lui donner par un capitulaire, où il laissait chacun sous l’application de sa loi propre 3, étaient manifestement insuffisantes et Waifre disparu, un nouveau chef prit aussitôt sa place à la tête de la guerre d’indépendance, — que ce soit le vieux Hunald sorti du cloître pour se remettre en campagne, ou un jeune fils de Waifre du même nom. Il fallut une expédition de Charlemagne, qui réussit enfin à comprimer la rébellion (769).

L’Aquitaine était redevenue une annexe du regnum Francorum. Dès la mort de Pépin, elle avait été partagée

1 « Vascones qui ultra Garonna commorantur ad ejus (Pippini) presentia venerunt et sacramenta et obsides prædicto rege donant, ut semper fideles partibus régis hao filiis suis Carlo et Cailomanno omni tempore esse debeant » ( Pseuclo-Frédégaire , p. 191).

2 Géographie du Languedoc, H. du Languedoc , XII, p. 191.

3 Capitularc Aquitanicum (768) (Capit. éd. Boretius, I, p. 42-43). Cf. suprà, les conventions de 614 et de 670.

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