I-E PREMIER DUCHÉ INDEPENDANT D’AQUITAINE
en lui envoyant les insignes royaux1. L’alliance tourna mieux pour le reç/ulus que pour le roi. Après leur défaite commune, par Charles Martel, près de Soissons (719), Eudes emmena le roi, avec son trésor, au sud de la Loire 2, et, l’année suivante, il le livra à Charles Martel en échange d’un pacte d’alliance ou de fédération qui constituait la reconnaissance de l’indépendance nationale de l’Aquitaine3.
iification qu’il donne du reste aussi à Pépin d’Héristal (cap. 4) et à Charles Martel (cap. 9, p. 102).
1 II importe de distinguer ici et dans ce qui suit la Chronique du Pseudo-Frédégaire et le Liber Historiæ Francoriim, ou Gesta région Francorum.
Voici ce que rapporte la Chronique du Pseudo-Frédégaire : « Ch il pericus itaque et Ragamfredus legationem ad Eodonem dirigunt, ejus auxilium postulantes rogant , regnum et munera tradunt. Ille quoque, hoste Vasconorum comraota, ad eos veniens pariter adversus Carlum perrexerunt » ( Chronique de Frédègaire , SS. rer. merov., II, p. 174).
Le Liber Historiæ Francorum se borne à dire : « Chilpericus itaque vel Ragamfredus Eudonem ducem expetunt in auxilio. Qui movens exercitum, contra Carlum perrexit » (SS. rer. merov., II, p. 327).
* Chronique de Frédègaire ( loc . cit.) : « Eudo territus, quod resistere non valeret, aufugit. Carlus insecutus eum usque Parisius, Sequana fluvio transito, usque Aurilianinse urbe peraccessit, et vix evadens, terminos regionis sue penetravit; Chilperico rege secumcum thesauris sublatis evexit ».
Liber Historiæ Francorum (loc. cit.) : « Eudo fugiens Parisius civitate regressus, Chilpericum cum thesauris regalibus ultra Ligere recessit. Carlus eum persecutus, non repperit ».
3 Le Pseudo-Frédégaire passe le traité sous silence. Il s’en tient à cette simple mention : « Carlus per missos suos ab Eudone duce idemque prnedicto Chilperico rege recepit » (loc. cit .1.
Le Liber Historiæ Francorum est plus explicite : « Carlusque anno insecuto legationem ad Eudonem dirigens, amicitiasque cum eo faciens. Ille vero Chilperico rege cum multis muneribus reddidit ».
Le sens du terme amicitiæ n’est pas douteux. Il désigne un traité d'alliance, donc un pacte entre égaux, ce que confirme l’expression employée par le Pseudo-Frédégaire, lors de la rupture, qui éclate en 731, entre Eudes et Charles Martel : « Eodone duce a jure fœderis recedente » (loc. cit., p. 175).
Cette indépendance, Eudes eut à la défendre presque aussitôt contre les Sarrazins, qui envahirent simultanément l’Aquitaine et la Septimanie. Il les battit aux environs de Toulouse, mais il ne put les refouler que pour un temps.
De son côté Charles Martel n’avait pas renoncé à reconquérir l’Aquitaine, qu’il ravagea en 731. Pour le combattre, Eudes aurait eu d’après le Pseudo-Frédégaire la funeste pensée d'appeler les Sarrazins à son aide1. Ce récit d’un partisan avéré de Charles Martel est démenti par les soimces arabes 2. Il est certain, tout au contraire, qu’Eucles a tenté d’arrêter les hordes sarrazines au passage de la Dordogne3 4. Malheureusement ses troupes furent massacrées et la ruée était si formidable qu’il dut solliciter le secours de Charles Martel. La victoire de Poitiers le délivra, et avec lui la France entière, de l’invasion sarrazine, mais du même coup elle rétablissait la suprématie franque en Aquitaine. Le duc Eudes ne survécut que trois ans (jusqu’en 735), laissant la mémoire d’un chef glorieux dont les clercs se rappelaient jusque sur leur lit de mort l’éclatante valeur4-.
1 « Eodo naraque dux cernens se superatum atque derisum, genteni perfidam Saracinorum ad auxilium conlra Carlum. prino'pem et genlem Francorum excitavit. Egressiq ue cum rege suc Abdirama nomine, eic. » (Chronique de Frédégaire, SS. rer. merov., If, p. 175).
2 Selon ces sources et notamment V Anonyme de Coi‘doue(\e Pseudo- Isidore de Beja) Eudes avait secondé un chef berbère Mounoussa dans ses conllits avec les Arabes, et Mounoussa avait épousé la fille d’Eudes, Lampegie. Quand Abdalrahman eut décidé d'envahir l’Aquitaine pour la piller et la conquérir, Mounoussa ayant refusé de le suivre et ayant prévenu son beau-père, fut ass dlli dans les Pyrénées, défait et tué par des troupes sarrazines avant que l'invasion commençât (Voy. Dozy, Histoire clés Musulmans d'Espagne, Leyde, 1861, I, p. 256; Reinaud, Invasion des Sarrazins en France , Paris, 1836, p. 35 et suiv.).
8 Reinaud, op. cit., p. 42.
4 Saint Pardoux mourant se figurait entendre la trompe de guerre du duc Eudes, comme si elle était sonnée par l’archange : « Illam tubxm quam inluster vir Eudo ad significandum prœlium. tubari
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Charles Martel ne se contente plus d’une haute souveraineté. Dès la nouvelle de la mort du duc Eudes, le prince des Francs envahit l’Aquitaine et la soumet par les armes, puis il la concède en bénéfice au fils d’Eudes Hunald, en l’obligeant à lui jurer fidélité ainsi qu’à ses fils Pépin le Bref et Carloman1. ~
Cette soumission forcée, Hunald la répudia dès que le vainqueur fut mort2. Pépin et Carloman ravagent alors l’Aquitaine, et emmônentdes Aquitains en captivité, mais ils ne peuvent se rendre maîtres de Hunald 3. Celui-ci, dès l’année suivante (743-744), franchit la Loire et s’empare de Chartres Ce n’est que sous la menace d’une seconde expédition des princes francs qu’il se rend à leur camp, établi déjà sur la rive gauche de la Loire, et renouvelle sa soumission par serment et par otage3. Peu de temps après (745) il abdique, de guerre lasse, au profit de
consuevit, vociferantem audivi » (Vie contemporaine de Saint Pardoux, cap. 19, Mabillon, III, p. 580).
1 « Eodo dux mortuus est. Quod cura audisset invictus princeps Carolus, adunato exercitu Ligerem fïuvium transiit, et usque Garonnam et urbem Burdegalensem et castra Blavia occupavit : illamque regionem cepit et subjugavit, cum urbibus ac suburba7iis corum. Ducatumque ilium, solita pietate, Hunaldo filio Eodonis dédit ; qui sibi et filiis su:s Pippino et Carlomanno fidcm promisit » (Annales de Metz; H. F., II, 68 i).
2 « Rebellanlibns Wasconcs in regione Aquitania, cum Cbunoaldo duce, filio Eudone, quondam... » (Chronique de Frédégaire, SS. rer. merov.. Il, p. 180). — « Defuncto Karolo (Hunaldus) ab jure fidei promissæ, superba præsumptione deceptus, recessit » (Annales de Metz; H. F., II, 686).
3 II est à noter dans le récit du Pseudo-Frédégaire les deux locutions successives « rebellantibus Wascones » et « Germani (principes) Romanos proterunt » (loc. cit.).
4 Annales de Metz; H. F., II, 687).
8 « Vascones præoccupaverunt, pacem petentes et voluntatem Pip- .pini in omnibus exequentes, muneratum eum, a finibus suis ut rideret (rediret) precibus obtinuerunt » (Pseudo-Frédégaire, loc. cit., p. 181).