LIVRE IV
g VI. -II-. CHAPITRE VI.
en une suzeraineté ducale effective, a fait prévaloir finalement le titre de duc, qui sembla le mieux correspondre à cette domination, et cela d’autant plus que le même phénomène se produisait dans d’autres régions pour aboutir à une hiérarchie des titres qui jusque-là avait fait en grande partie défaut.
Le long règne de Fierabras (963-995) a pu contribuer à ce résultat par le prestige qui en est né et par la puissance qu’il a développée. Le gouvernement du principat fut pendant nombre d’années dirigé par un politique avisé, sage et énergique, l’évêque de Limoges, Ebles, oncle de Guillaume IY, qui pratiqua en Aquitaine le système que nous avons vu appliquer en Flandre, de consolider l’État par des défenses militaires. Possesseur de nombreuses abbayes, il en fit des bastions de l'autorité comtale et ducale b
La situation personnelle du duc s’éleva et s’accrut quand il épousa (vers 968) la fille de Thibaut le Tricheur. Malgré les dissentiments parfois tragiques qui éclatèrent entre les époux 2, l’alliance avec la puissante maison de
toutes les chartes relevées entre 963 et 995 où il est mention de Guillaume Fierabras font double emploi avec celles des quatre Cartul. de Saint- Hilaire, Saint-Maixent, Saint-Cy prien, Saint-Jean-d'Angély. Je ne trouve que trois exceptions, qui se décomposent ainsi : une charte de Noaillé (janvier 988) (p. 33) et une de Bourgueil (septembre 989) (p. 34) où figure le titre de duc; d’autre part, une charte de Saint- Michel-en-l’Herm (vers 993) (p. 38) où Guillaume est qualifié comte .
La récapitulation nous donne vingt-cinq chartes pour le titre de duc, quinze pour le titre de comte, soit la proportion de cinq à trois. C’est la proporLion exactement renversée de celle que nous avons constatée pour Guillaume Tête d’Étoupe, et rien n’est plus conforme à la réalité historique, à la constitution progressive d’un véritable duché durant la seconde moitié du xe siècle.
1 « Fuit idem Eblus bonus pastor ecclesiæ, ædificavitque castellum Lemovice , castellum sancti Hilarii et canonicos ibi disposuit... idestauravit monasterium Sancti Maxentii et castellum in circuitu perfecit » ( Chronique d’Adhémar, p. 201-202, texte H).
3 Pierre de Maillezais fait de ces démêlés conjug-aux un récit pré-
LA CONSTITUTION DU DUCHÉ. 559
Chartres et Blois ne put que rehausser l’éclat et la force de la maison de Poitou, comme le fit l’alliance avec la nouvelle dynastie par le mariage de Hugues Capet avec la sœur de Fierabras.
Le rapprochement plus étroit que nous avons vu se produire entre les deux beaux-frères, lors de la tentative de Lothaire sur l’Aquitaine, ne subit plus aucune atteinte et c’est un pur mythe que la prétendue expédition que Hugues Capet, lors de son avènement, aurait dirigée contre Guillaume IV pour l’obliger à le reconnaître. Adémar de Chabannes 1, sur la foi duquel les historiens
deux pour la connaissance de l’état des mœurs et des relations juridiques entre époux. L’exaspération de l’épouse trompée, les actes de violence qu’elle commet contre sa rivale, la révocation des dons nuptiaux et leur restitution après réconciliation, sont des traits caractéristiques à recueillir. Je cite les passages principaux :
« Celebrabatur ore multorum, principem dum a Britonum finibus reverteretur, hospitandi gratia Toarcense adiisse oppidum (Thouars) ac cum conjuge vicecomitis admisisse adulterium. Cujus flagitii dedecus, ubi primum comitissæ innotuit, jamjam marito molesta existere, quotidieque despectum sui improperare cœpit. Ille... querimonias ejus statuit surda aure postponere.
>> Paucis vero hinc evolutis diebus, dum ilia per campestria Thalamonensis terræ iter faceret, offendit eam qu'am virum suum credebat stuprasse. Irruens ergo tolo impetu in eam , de eqno quam turpiter præcipitat , ac multiplicibus contumcliis affectam , comitantes se quatenus iibidinose nocte quse imminebat, tota ea abuterentur concitat. Quod illi exsequentes mane facto pedibus illam effugant.
» Iis ita patratis ad sese rediens mulier... Cainonem castrum (Chinon), quod suæ tune ditionis erat, expetiit.
» Quæ omnia ubi princeps accepit... quoniam aberat persona hujusce pravitatis auctrix... furorem repressit; res tamen, quibus eam dotateverat , cuidam strenuissimo... militi contradidit.
» At Deus... consilio virorum sapientixim utriusque conjugis
unire dignatus est divortium Credidit igitur princeps his quæ
dicebantur, furoreque sedato mulieri annectitur, quæque illi prius delegaverat augmentans sese dum sibi indignaretur graviter errasse confitetur » (Pétri Malleacensis, De antiquitate... Malleacensis insulæ, Migne, 146, col. 1252-1253).
1 Chronique d’ Adémar de Chabannes , p. 151.
l’ avaient admise, a commis une confusion certaine avec l’expédition de Hugues le Grand en 955 1 .
En réalité, si l’avènement des Capétiens n’ouvrit pas, comme pour la royauté, une ère nouvelle pour le duché d’Aquitaine que nous- venons de voir se constituer, il contribua du moins à sa stabilité et marqua le point de départ de son épanouissement.
1 M. Lot l’a prouvé ( Derniers Carolingiens , p. 210-212).