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CHAPITRE II

Rudalt, le fils aîné d’Alain, qui aurait été le véritable compétiteur de Gourmaëlon. Une charte nous le montre dans son rôle de justicier, soucieux de faire régner l’ordre et la sécurité1.

En tout cas, le pouvoir n’était nullement vacant et nous pouvons en conclure que si, comme le prétend Dudon, Charles le Simple a, par le traité de Saint-Clair-sur-Epte, permis en 911 à Rollon de s’installer en Bretagne pour vivre sur le pays 2, il n’a pu lui concéder qu’un titre aussi nu que le droit qu’en 877 Charles le Chauve avait donné à ses fidèles, quand, alléguant la disparition de Salomon et de son fils, à qui la Bretagne avait été confirmée par serment, il la leur déclarait acquise 3.

Les Francs n’étaient pas plus en état d’attaquer et de réduire la Bretagne qu’ils n’étaient en mesure de la

regebat, ut et ipse parrœchiam... grafflaret, et manu propria firmaret. Quod ita factum est » (25 octobre 913).

1 Cart. de Redon, ch. 274, p. 222 : « Hae litteræ conservantes indicant... qualiter dederunt filii Treithian securitatem in ilia terra quam antea, tanquam heredes, per vim expetebant... Et ideo hoc evenit quia maliciosi de quibus sermo est, predam ustionemque fecerant in parrochia S. Salvatoris, et non poterant reddere. Tune Catluiant abbas ac sui fratres petiverunt Rudaltum principem suum ut eis, pro nomine Domini, faceret de filiis T. justitiam ».

« Princeps vero advocavitepiscopum Bili atque Riuvalt fratrem ejus, in quorum servicio erant predicti prædatores, eteos causavit cur suos homines permisissent malum perpetrare contra monac-hos. Ipsi vero multum excusantes, juraverunt quod eis hoc taie malum quousque peractum fuerat... nesciebatur atque ab hoc, si bene placitum haberetur seniori predicto Rudalt, dum non haberent filii T. malum perpetratum unde restituèrent... securitatem darent; quod ita factum est ...multis nobilibus clericis laicisque videntibus... Bili, episcopus, testis, Rudalt testis... » (15 mars 913).

2 Voy. suprà, Normandie.

3 Capit. de Kiersy, c. 23 : « Qualiter regnum, quod necessitate Britionibus quondam juramento confirmatum fuerat, quia de illis, quibus firmatum est , nullus superstes est, a fldelibus nostris recipiatur » {Capit., éd. Krause, II, p. 360).

LA ROYAUTÉ BRETONNE

défendre1. Quant à Rollon et à ses Normands, ils avaient assez à faire pour maîtriser les populations de la rive droite de la Seine, sur lesquelles la domination venait de leur être reconnue, et pour étendre leur conquête sur la rive gauche, dans la vaste Transéquanie qui les séparait de la Bretagne. 11 est vrai que les Bretons se trouvaient affaiblis par les dissensions entre les chefs et la division du pouvoir. Mais rien n’indique que cet affaiblissement fût très considérable avant 914. Jusque-là Gourmaëlon exerce, pour une large part au moins, l’autorité suprême, le ducatus, et si l’abbaye de Landevenec, située précisément dans le comté de Cornouaille, fut détruite alors par les pirates 2, if n’est point certain du tout que la destruction soit due à l’impuissance de Gourmaëlon. Elle l’est avec plus de vraisemblance à la mort du duc dont il n’est plus fait nulle mention après 913. Cette mort a dû provoquer la brusque apparition des Normands et donner plus tard le change au chroniqueur de Nantes 3 quand il a fait remonter à la mort d’Alain le Grand un événement postérieur, sans conteste, à l’année 913 4.

1 « Reges enim Francise omniiio aclnullati et aclnihilati erant, nulla que fortitudo, nullus vigor defensionis in eis erat » ( Chron . de Nan-

tes, p. 81).

3 Voy. Je calendrier breton du xie siècle conservé à la Bibliothèque de Copenhague : « Eodemanno (913 ou 914) des tru[ctum est] monasterium Sancti [Yuinva] loci a Normannis » (Delisle, Instruct. du Comité des travaux historiques ; Littérature latine du M. A. [Paris, 1890], p. 19).

3 Chronique de Nantes, p. 80.

4 II n’y a eu d’incursion sérieuse des Normands en Bretagne que vers 914. Voy. Merlet, Chronique de Nantes, p. 82, note 1.

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