CHAPITRE III
saccagé, elle alla piller la Grande-Bretagne, puis revint en 917 reprendre l’oeuvre dévastatrice. La seule charte postérieure à 913 que nous ait conservée le Carlulaire de Redon date de la courte période de répit qu’en 916 le départ des pirates avait laissée, et elle ne met jdIus en scène que des chefs de plou, des machtiern l.
Par les fortes brèches désormais ouvertes, un flot de Scandinaves se déverse sur la région armoricaine. Voici, en 919, la grande invasion des Normands de la Loire, commandés par Regnwald 2, que Flodoard a consignée dans ses Annales 3 et à laquelle certainement se rapportent les récits de la Chronique de Nantes et des vieilles chroniques bretonnes analysées ou traduites par Le Baud4. La dévastation fut atroce 5, les Bretons furent massacrés, vendus, chassés 6. Nantes est prisetleroi Robert, après une tentative vaine de la reprendre, et dans le but évident de préserver le pays entre Loire et Seine, conclut avec les conquérants un
Et sans demeure les pirathes sentant Dieu les oppugner et non les hommes tournèrent en fuye et delaissans ou rivaige pluseurs charoignes des leurs plus ignellement que ilz n’estoient venuz rentrèrent en leurs neffs » (Le Baud, 111, cbap. 74, lre rédaction, Chronicques et ystoires, t. III, p. 442-143).
1 Cart. de Redon, ch. 282, p. 228. Donation à Redon d’une villa (Penkoit, sur la rive gauche de la Vilaine, diocèse devantes) par un nommé Rikart. Parmi les témoins : « Bernart princeps, et Godalen filium Gleudaen, princeps, testis de ilia plebe » (1er août 916).
2 Voy. suprà , Normandie.
3 « Nordmanni omnem Britanniam in cornu Galliæ, in ora scilicet maritima sitam depopulantur, proterunt, atque delent, abductis, venditis, ceterisque cunctis ejectis Brittonibus » (éd. Lauer, p. 3).
4 Chronique de Nantes, p. 81 et suiv. Lé Baud, lre rédaction, III, 74, Chronicques et ystoires, t. III, p. 144.
5 Vêtus coll. ms. de rebus Britanniæ , p. 170-171 (La Borderie, III, p. 356) : « Universam Britanniam longe lateque depopulantur, donec tota Britanniæ regio in vastum heremum et solitudinem redacta est ».
6 « Fugientesque inde præ pavore Noimannorum territi, comités, vicecomites ac matliiberni omnes dispersi sunt per Franciam, Burgundiam et Aquitaniam » ( Chronique de Nantes, p. 81-82).
l’occupation SCANDINAVE DE LA BRETAGNE.
traité qui rappelle, à certains égards, le traité de Saint- Clair-sur-Epte 1 . L’abandon qu’il consent de tous ses droits sur la Bretagne et sur le comté de Nantes est confirmé en 927 par Hugues le Grand et Herbert de Vermandois (au moins quant au comté de Nantes sur lequel ils avaient des prétentions plus directes), après qu’ils eurent, eux aussi, essayé sans succès de dompter les Normands de la Loire par la force des armes2.
En 930 pourtant, ces pirates furent entamés par une grande défaite dans l’ Aquitaine qu’ils avaient envahie 3 4, et leur déroute semble avoir redonné courage aux Bretons. Sous les ordres de Juhel (Judicaël) Bérenger, comte de Rennes, ils se soulèvent en 931. Si la charte de ce prince qui figure au Cartulaire de Redon 4 est authentique, le nord de la Bretagne avait gardé jusqu’alors une partie au moins de son organisation indigène. Le comte de Rennes y tenait encore sa cour, il était en relation avec •le comte d’Anjou (Foulque le Roux), son action s’étendait jusqu’à l’extrémité occidentale du diocèse de Tréguier.
1 Flodoard, ad an. 921, p. 6 : « acceptis ab eis obsidibus, Britanniam ipsis, quam vastaverant, cum Namnetico pago concessit; quique fidem Xristi cœperunt suscipëre ». Cf. sur le sens de ce traité suprà, Normandie.
2 Flodoard, ad an. 927, p. 38.
3 Flodoard, p. 45.
4 Cart. de Redon , ch. 305, p. 257 : « Juhel Berenger, consul... tradidit S° Salvatori... insulam quandam parvam in Britanniam... Quadam vice, dum ex more supradictus cornes cum obtimatibus tocius Britanniæ in plebe quæ vocatur Lanmurmeler curiam suam teneret, et de commuai ulilitate sui regni cum ipsis tractaret, legati comitis Andegavorum, viri illustrissimi a suo comité publica legatione transmissi, plurima donaria secum deferentes, ad eum venerunt... cornes... equos sibi preparari jussit. Sed priusquam ascenderet, cujus esset ilia insula... requisivit. Cui dictum est a quodam dapifero quod sui juris esset propria. At ille cirotecam dextere rnanus extrahens, dédit illam insulam, sicut eam possidebat... coram multis nobilibus... et basilicam in ipsa insula, sine alicujus viventis calumnia, fabricari jussit, et cimiterium ipse baculo... mensuravit » (vers 931).