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CHAPITRE III

C’est là, à Lanmeiir, que la charte nous le montre en fonction. Sans cloute le flot clés Normands cle la Loire n’avait-il pénétré que fort clairsemé dans cette région septentrionale et c’est elle, à coup sûr, et non la Cornouaille, que Flodoarcl désigne par le terme Cornu Galliæ ‘, quand il rapporte la révolte cle 931 2. Cette révolte, dont Le Baud, d’après les Chroniques annaux , nous a laissé le pittoresque récit, fut signalée par le massacre, le jour de la Saint-Michel, clés Normands installés clans le pays 3. De terribles représailles s’ensuivirent. Les Normands de la Loire accourent en force sous la conduite de leur chef Incon. Ils mettent tout à feu et à sang. Les Bretons sont écrasés, asservis, tués ou chassés au

1 Flodoard (ad an. 919) s’était servi du même terme (suprà, p. 214, note 3) pour désigner toute la Bretagne.

2 « Interea Brittones qui remanserant Nordmannis in cornu Galliæ subditi, consurgentes adversus eos qui se obtinuerant, in ipsis solemniis Sancti Michaelis omnes interemisse dicunlur qui inter eos morabantur Nordmannos, cæsoprimum duce illorum nomine Felecan » (Flodoard, ad an. 931, p. 50).

3 La première rédaction de Le Baud est très voisine du récit de Flodoard, mais elle nous fait connaître le chef des Bretons. La deuxième rédaction citée par Merlet ( Chron . de Nantes , Introd., p. xlui-xliv) raconte en détail le combat qui avait précédé le massacre (Voy. Cronicques et ystoires , p. 207).

Voici la première rédaction, à mon sens, la plus précieuse : « Assez tost après la désolation desusdite reprindrent les Bretons leurs forces et ceulx qui en la région estoient demourez et les autres qui espars avoient esté parles régions estranges avoez et accompaignez ensemble prindrent leurs armes et combattirent contre leurs ennemis, lesquelx ils chacèrent par puissance hors de leurs contrées, et le jour de la sollempnité monsieur Saint Michel l’an de Nostre Seigneur neuf cens XXXI les Bretons qui estoient demourez occirent touz les Normans qu’ilz porent trouvez en Bretaigne, et premièrement leur duc Felascon . Et de cette emprinse fut premier acteur et inventeur ung noble juvenceau comte de Rennes appelée Juhael et seurnommé Beranger, qui droittement estoit descendu de la lignée royalle des princes de Bretaigne , lequel estoit preux et vaillant combateur » (Cronicques et ystoires, t. NI, p. 149-150).

l’occupation SCANDINAVE DE LA BRETAGNE. 217

loin *. Un grand nombre d’entre eux cherche un refuge en Grande-Bretagne, auprès du roi saxon Athelstan.

Est-ce à ce moment que se place l’exode vers le même asile du comte de Poher Mathueodi et de son fils Alain, dont Athelstan était le parrain1 2? Sans aller aussi loin que M. de La Borderie, qui fait remonter leur départ jusqu’à 921, je le croirais volontiers antérieur à la réAmlte de 931 .

Juhel Bérenger ne les rejoignit pas. Il se cramponna au sol armoricain et continua à s’y défendre 3 de son mieux, mais sans pouvoir alléger le joug des Scandinaves sur les colons indigènes qui n’avaient pu s’enfuir4.

Si, comme nous venons de le voir, les Normands de la Loire étaient maîtres de la Bretagne, l’espèce de carte blanche que Guillaume Longue-Epée a obtenue en 933 du roi Raoul de s’emparer des territoires jadis bretons 5 n’a pu s’appliquer qu’au Cotentin et à l’Avranchin, régions que les nouveaux conquérants n’avaient dû ni asservir ni occuper. Je veux bien qu’il n’eût pas coûté davantage au roi Raoul de céder toute l’Armorique bretonne, sur laquelle le roi des Francs n’avait plus depuis longtemps aucun pouvoir effectif, que ces territoires de population mêlée qui, eux aussi, avaient dès longtemps échappé à la Couronne. Mais Guillaume Longue-Épée n’était

1 « Incon Nordmannus, qui morabatur iu Ligeri, cum suis Britanniam pervadit, victisque et pervasis et cæsis vel ejectis Brittonibus regione potitur » (Flodoard, ad an. 931 in fine , p. 51-52).

2 Chronique de Nantes , p. 82.

3 « Et après que ces Normans furent ainsi occis (en 931) occupa (Juhael) certaine porcion de la région de Bretaigne, laquelle il s’efforça deffendre à l’encontre des autres Normans qui pour vengence prendre de la mort des leurs estoient en Bretaigne entrez à puissance de armes et par force guerroient le pays » (lre rédaction, Cronicques et ystoires, t. III, p. 150).

4 « Pauperes Brittani terram colentes sub potestate Normannorum remanserunt absque rectore et defensore » ( Chronique de Nantes , p. 83).

s Flodoard, p. 55. — Voy. suprà, Normandie .

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