‹ Les origines de l'art en Belgique: les ages de la pierreChapitre 15 sur 22 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

On a pris l'habitude de diviser l'histoire du développement de l'homme en plusieurs phases, suivant la nature des matériaux dont il s'est servi successivement. Âinsî l'on appelle âges de la pierre la période durant laquelle nos ancêtres, encore prives de l'usage des métaux, puisaient, soit dans le monde végétal, soit dans la dépouille des animaux, soit enfin dans la pierre et principalement dans le silex, la matière de leurs outils et de leurs ustensiles. L'âge des métaux, qui vint après, se définit de lui-même.

La pierre, dans cette acception, n'est pas plus synonyme de barbarie que le métal n'est synonyme de civilisation.

On cite divers peuples que leur habileté de métallurgistes n'empêchait point de croupir dans le plus profond abaissement intellectuel et moral. Le plus souvent, il est vrai, l'emploi des métaux coïncide avec un état de civilisation plus ou moins avancée; mais ce n'est point là une conséquence obligée : les métaux favorisent le progrès, ils ne l'entraînent pas forcément.

De la même façon, il s'est trouvé des nations relativement policées auxquelles l'emploi du métal était totalement inconnu.

Nous ne devons donc pas associer plus qu'il ne faut l'idée de barbarie au seul usage de la pierre. Les sauvages, qui, dans nos régions occidentales, ouvrent le cortège de l'humanité, n'ont pas à leur actif assez d'avantages, pour que nous leur infligions encore, sous ce rapport, le préjudice de nos idées préconçues.

Les deux âges de la pierre et des métaux, dont nous venons de parler, se subdivisent à leur tour eu plusieurs périodes.

C'est ainsi que l'âge de la pierre débute par la période de la pierre taillée, ou période paléolithique et se termine par celle de la pierre polie, dite période néolithique. De même , pour les métaux, on distingue l'âge du bronze, quelquefois précédé d'un âge du cuivre, et enfin l'âge du fer.

La loi du développement progressif, si constante

i.sanyGoO'^lc

dans la nature, trouve à ce propos une nouvelle vérification. Non-seulement l'homme a traversé partout un âge de la pierre avant de se conquérir les métaux, mais en tous lieux, peut-on dire, il a gravi dans le même ordre les mêmes échelons : s'élevant de la pierre taillée à la pierre polie et plus tai-d du bronze au fer. Les exceptions que l'on pourrait opposer à ce principe doivent demeurer ce qu'elles sont en réalité : des exceptions.

Nous n'avons à considérer ici que les âges de la pierre.

Leur première division en pierre taillée et pierre polie ne souffre pas de discussion. La pierre polie marque l'apparition d'un élément franchement nouveau. De plus, son avènement, sans avoir été précisément synchronique pour toute l'Europe occidentale, peut se rattacher à un phénomène général, la cessation des alluvions quaternaires. La démarcation entre les deux âges se trouve ainsi trop nettement indiquée pour donner matière à controverse.

Mais le même accord n'existe plus quand on en vient à distinguer les divers stades du travail de l'homme au cours de la période paléolithique. On peut, en effet, diviser ce travail, soit directement d'après ses propres manifestations, soit indirectement d'après les circonstances qui l'accompagnèrent. Le premier mode de division

jïGoot^le

relève de l'archéologie proprement dite, le second s'appuie principalement sur la paléontologie.

Pris isolément, le mode archéologique présente de grandes sources d'erreurs. La base sur laquelle il repose relève trop immédiatement de l'homme et des hasards de son existence pour avoir le caractère de constance et de stabilité que réclame la science. La situation , l'aspect du travail chez les diverses nations est un fruit de leur développement individuel. On a vu dans un même pays, au sein d'un même peuple, des civilisations dififerentes coexister par l'efîet de circonstances insignifiantes : une rivière un peu large, ou simplement quelque montagne faisaient parfois toute l'affaire.

Il importe donc si l'on veut éviter les anachronismes, de chercher un autre genre de division, dominé par des causes plus générales et qui, sans négliger l'élément archéologique, puisse le guider et en affermir les déductions. On a trouvé dans la paléontologie ce qu'il fallait pour cela, en mettant spécialement à profit les transformations successives de la faune au quaternaire.

Les instruments abandonnés par l'homme sont presque toujours accompagnés dans leurs gisements respectifs par des débris d'animaux. Cette association nous révèle l'état de la faune contemporaine : ce qui, nous l'avons vu, revient à nous fournir une date relative, mais précise. C'est ainsi

jyGoO'^lc

que Pabondattce des os du mammouth, ou même leur simple présence parmi des ustensiles humains, nous indique à l'évidence que ces ustensiles, quelle que soit leur forme et leur apparence archéologique, appartiennent à l'époque où les espèces actuellement éteintes existaient encore en Europe. L'absence de débris se rapportant à ces dernières ainsi que l'abondance des os et des bois de renne feront, au contraire, rapporter les outils contemporains à la période suivante, à l'âge du renne.

Aux appréciations des archéologues se substituent donc, pour nous guider, les grands phénomènes naturels et l'on arrive à distinguer dans l'homme de la pierre taillée, l'homme du mammouth et l'homme du renne.

On pourra nous objecter que cette base paléontologique est moins générale que nous ne semblons le dire; que la faune n'a pas varié non plus partout dans le même temps et que dès lors sa signification prend très souvent aussi une valeur purement locale.

L'objection serait d'un grand poids, s'il s'agissait d'étendues considérables, comme toute l'Europe occidentale, par exemple. Mais elle s'évanouit si, comme nous allons le faire, nous limitons à la Belgique notre champ d'observations. Notre pays a trop peu d'étendue, les différences de niveau y sont trop faibles pour que les conditions climatériques de ses diverses parties aient pu, dans le

jïGoot^le

même temps, présenter des dîfiërences notables et engendrer dans la faune des différences correspondantes. Les variations de la faune y ont donc été tout à fait concordantes et nous trouverons en elles des jalons parfaitement sûrs.

Du reste, nous avons encore, pour achever de nous fixer, principalement dans Thistoire des cavernes, des circonstances géologiques d'une grande valeur au point de vue chronologique.

Les cailloux roulés, le limon stratifié, l'argile à blocaux marquent des heures bien définies à l'horloge du Temps. Nous en profiterons également.

Notre division des âges de la pierre, après un court chapitre consacré au tertiaire, sera donc à la fois archéologique, paléontologique et géologique.

Nous y distinguerons trois âges :

I" L'âge du mammouth, correspondant à la phase active du creusement des vallées, au dépôt des cailloux roulés et du limon fluvial stratifié. La pierre taillée y règne seule et présente, vers la fin, sa plus grande perfection.

2° L'âge du renne. Les vallées achèvent de se creuser dans un calme relatif; les rivières n'envahissent plus les cavernes et cessent d'y déposer leur limon. C'est encore l'époque de la pierre taillée, mais avec certains traits de décadence.

3" L'âge de la faune actuelle, prenant naissance

jyGoo'^lc

après le dëpôt de l'argile des campagnes et de l'argile à blocaux. Aucun phénomène géologique de quelque importance ne sépare cet âge des temps actuels. On trouve partout de la pierre polie jusqu'au moment oià les métaux sont venus, par leurs propriétés supérieures, ouvrir aux populations de notre sol l'ère nouvelle dont nous relevons nous-mêmes.

jyGoO'^lc

ivGooi^lc

Page 1