‹ Les origines de l'art en Belgique: les ages de la pierreChapitre 22 sur 22 · AGE DE LA PIERRE FOIAE · texte numérisé non relu

AGE DE LA PIERRE FOIAE

Flanche X.

Hadie en jade vert ou néphrite trouvée dans ia cariiëre

du moulin de Loo près de Bruxellew.

Grandeur nature.

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quent aussi en Belgique, l'on a constaté l'existence de haches en jade vert ('). Lors du Congrès de 1872 M. Desor en produisit certains spécimens formés d'une helle substance transparente. L'éminent archéologue fit remarquer que cette variété de jade ne se trouve nulle part dans les Alpes, tandis qu'on l'exploite beaucoup en Orient, notamment en Chine. Il en concluait que les haches elles-mêmes venaient de l'Orient, non pas comme objets de commerce (car on trouverait alors d'autres articles de même provenance), mais « apportées par les premiers colons qui avaient succédé aux peuplades de la pierre taillée, n

M. de Qualrefages se serait volontiers rangé de cet avis et M. Hagemans, dans un aperçu plus spécialement relatif aux haches belges, émettait également l'idée de « souvenirs sacrés transportés des lointaines contrées de l'Orient. » Mais M. de Mortillet combattit vivement cette opinion. Il fit ressortir que si la belle jadéite des haches de M. Desor est en effet très rare, il existe, par contre, un peu partout, des objets en jade, provenant d'autres variétés. Il est même remarquable que « chaque région en a présenté une variété différente de celle qu'on rencontre dans les lacs de la région alpine. » D'oiJ la conclusion que le jade avait été exploité sur divers points en Occi-

(') Silicate d'alumine et de chaui.

dent et que tôt ou tard on en retrouverait les gisements.

Il n'est pas impossible que certaines des haches dont il est question aient réellement suivi telle ou telle peuplade dans sa marche d'Orient en Occident. Le jade devait être connu de tout temps en Chine. On l'y trouve, en eHèt, à l'état de roche remaniée dans le courant de plusieurs fleuves. De tout temps aussi on j attacha du prix à sa possession, et de nos jours encore l'exploitation en est surveillée d'une manière jalouse par le Gouvernement chinois. Au moyen âge, dans nos propres contrées on prétait, en outre, à cetle substance des propriétés curatîves mystérieuses, ce qui pouvait fort bien n'être également que le reflet de quelque antique tradition, émanée d'Orient.

On comprendrait donc fort bien que les principales familles venues de l'Asie aient emporté dans leurs migrations leurs haches de cérémonie, du reste peu encombrantes, et qu'elles se les soient transmises de génération en génération, comme un legs des ancêtres et un souvenir de la patrie primitive. Ce qui confirmerait cette hypothèse, c'est que l'on trouve du jade non seulement sur les frontières occidentales de la (Jhine, mais également en Perse, et que très certainement une partie des races qui ont peuplé l'Europe à l'époque de la pierre polie étaient originaires de ce dernier pays.

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Mais ce n'est pas à dire que tout le jade trouvé en Occident ait la même provenance. On peut même être certain du contraire; sinon, l'on n'en recueillerait jamais que d'une espèce, ou, tout au moins, l'on en trouverait les variétés disséminées indifféremment partout, au Ueu de rencontrer en général ces variétés localisées dans des régions bien délimitées, telles que l'Italie, les Alpes, le midi ou le nord de la France. 11 est probable que chacune de ces régions possédait son gisement propre. Déjà l'on a retrouvé du jade en Italie et sur d'autres points. De nouvelles découvertes pourront compléter la série des variétés et achever de démontrer leur provenance locale.

Quoi qu'il en soit, la substance devait être restée fort rare, à en juger par le soin que l'on apportait tout spécialement à la confection de ces haches et à leur conservation ; et c'est en raison de cette rareté que l'on arrive si difficilement à en retrouver les gisements.

On ne trouve point de jade en Belgique. Le commerce l'y apportait. C'est par l'analjse chimique de nos haches et par leur comparaison avec les haches des autres régions que nous pourrons apprendre où nos ancêtres se les procuraient. Dès à présent l'on peut signaler que, suivant une communication de M. l'abbé Delaunay, « dans le département de Loir-et-Cher on a trouvé une trentaine de haches en jadéïte, sans parler

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de celles qui existent dans la remarquable collection de M. de Vîbraje ('). » Il y a là une abondance qui semblerait impliquer la proximité d'un de ces gisements dont nous venons de parler.

Or, on se rappelle que déjà les troglodytes recevaient précisément de cette région leur silex couleur cire vierge et des coquilles fossiles. Le même courant commercial, facilité du reste par la topographie de la route, aurait pu fort bien se rétablir à l'âge de la pierre polie et il y aurait dans ce cas certaine apparence que les haches recueillies en Belgique fussent venues de cette direction.

Comme on aura pu en juger par l'énumération précédente, les objets appartenant à l'âge de la pierre polie offrent peu d'importance au point de vue de l'histoire de l'art. Nous ne possédons de cette époque ni gravure, ni sculpture. Nos renseignements artistiques étaient donc beaucoup plus complets pour les âges du mammouth et du renne. Les restes de parure mêmes se bornent à quelques dents trouées et à un peu de coquillages. D'après Le Hon cependant, les petits objets en terre cuite trouvés à Dieghem ont pu servir à composer des colliers « sans doute après avoir été coloriés, » à moins, dit-il, qu'on ne les ait employés comme pesons de fuseaux.

(') Congrès di Bruxelles, i

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Ce que nous avons eu de plus important à noter était la préoccupation de l'aspect extérieur de l'outillage, principalement dans les haches et dans les pointes de flèche. Les spécimens reproduits dans les planches de cet ouvrage ne peuvent laisser aucun doute sur le sentiment d'élégance et de bon goût qui présidait à leur confection. Il est dès lors peu probable que les hommes de la pierre polie aient borné là leurs manifestations esthétiques. Plus tard peut-être de nouvelles ibuilles amèneront au jour des documents plus complets et nous permettront de juger si les artistes de cette époque avaient su tenir ce que semblaient promettre les travaux de leurs aînés. Nous ne pouvons donc qu'encourager de tous nos vœux la propagation des recherches et faire dans ce but un nouvel appel à la sollicitude du Gouvernement, dont la puissante intervention, une première fois déjà, a doté le pays d'un travail qui est l'une de ses gloires.

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