Zeller, Vorträge, etc
2. Geschichte der Universität von Tübingen, von Klüpfel (und Baur).
PO Ve
dogmatique elle-même puisée plus ou moins dans la philosophie, souvent dans la philosophie de Kant, tel était l’esprit régnant encore, presque officiellement, à Tubingue. On voulait être biblique, mais tout plutôt que piétiste: C. C. Flatt et Süskind, consultés, n’ont-ils pas refusé d’appeler Neander à Tubingue, «parce que, quoique n'étant pas piétiste, il aurait pu attirer les piétistes » ! Quel maître aurait pu, à cette époque, inspirer un élève pour la Parole de Dieu ? Ge n’est certes pas E. G. Bengel, le descendant d’un illustre aïeul, un vrai socinien, comme lappelle Baur, supranaturaliste autoritaire et apologiste, comme les Socin qu'il étudiait avec amour, comme eux restreignant, autant que possible, tout le positif de la révélation et, avec cela, maintenant l'autorité du christianisme comme d’une religion surnaturelle ; loin de là, Baur dit avoir reçu de ses cours sur l'Ancien Testament ses premiers doutes. Le pieux Steudel n’était pas encore à Tubingue, mais, toujours sous les armes, toujours aux aguets pour la défense de la Bible ou du moins, trop souvent peut-être, de l’orthodoxie de Storr, et défendant ses positions avec celte dialectique pénible et embarrassée qui lui attira de la part de Strauss des coups si méchants, il n’a jamais pu agir, sur cet esprit indépendant et raisonneur, que négativement. Schelling et Hegel étaient élèves du séminaire de Tubingue, mais prophètes méconnus dans leur propre patrie, le dernier ignoré jusqu’après sa mort des maîtres de philosophie eux-mêmes, ils étaient sans influence ; de Schleiermacher, florissant à Berlin, pas de question, et plusieurs années après l’apparition de sa Dogmatique, le professeur de dogmatique, Wurm, croyait pouvoir n’en pas tenir compte, parce que l’auteur appartenait à l’Église réformée, et Bengel s’en défaisait promptement avec le reproche facile de mysticisme et de panthéisme.
Baur n’a conservé des leçons de ses maîtres que le souvenir «d’un profond ennui ». Baur a partagé le supranaturalisme de cette école ; trois ans après avoir quitté les bancs (1818), il collaborait aux Archives de Bengel, il insistait beaucoup sur la nécessité d’une révélation, il s’indignait fort qu’on osât nier la résurrection; et pourtant on voit déjà qu’il tend à s'échapper, qu’il n’en restera pas là. Disonsle de suite : siindépendant que fût Baur, dans ses résultats, de qui que ce soit, il n’a fait aucun pas en avant, il n’est arrivé à rien de neuf, que par une impulsion du dehors. Tant que Baur n’entendit que des théologiens supranaturalistes, son esprit raisonneur et philosophe se trouvait mal à l'aise dans cette théologie peu faite pour lui, et pourtant il resta supranaturaliste. Au demeurant, Baur avait mieux fait au séminaire que de prendre des idées toutes faites des mains de ses maîtres. Le mot de travail paraît presque être un mot wurtembergeois : Baur profita si bien de ses veilles que plus tard, on lassure, Jorsqu’il voulait citer un Père, il ne faisait plus que consulter ses extraits ; il les avait tous lus pendant ses cinq années d’études. Ajouterons-nous que tout son développement postérieur montre un esprit formé de longue date par l’étude de Kant et de Schelling. Le Christ idéal qu'il retrouve ensuite partout, cette idée si féconde pour lui, il n’a pas dû en prendre ailleurs que chez Kant la première notion.
D’abord vicaire de village, ensuite répétiteur dans un proséminaire et à Tubingue, Baur ne tarda pas (1817) à être nommé professeur au proséminaire de Blaubeuren. Tout candidat wurtembergeoïis est préparé par de solides études littéraires et philosophiques aux travaux de la théologie; aussi Baur, professeur de latin et d'histoire, sut-il rendre à ses élèves de 14 ans l'étude si attrayante, qu'ils se souviennent encore aujourd'hui de ses leçons; «il avait,
Ed
dit l'un, dans l'antiquité sa patrie spirituelle » ; plus critique et philosophe que grammairien, «il introduisait ses auditeurs étonnés et hésitant à le suivre, avec Hérodote dans la mythologie comparée la plus hardie, à propos de Tite- Live, avec Niebubr, dans les problèmes les plus obscurs de la critique historique; dans Tacite, il mettait sous les yeux le grand art psychologique qui avait conçu la sombre image d'un Tibère». C’est David-Frédéric Strauss qui parle ainsi. La philosophie de la science, telle était la tendance de Baur; Schleiermacher vint lui donner sa première application à la théologie. «Schleiermacher, dit Zeller, le trouva cherchant un point d'appui pour ses propres recherches et ses tendances incertaines , ce fut un principe nouveau qu’il lui apporta ».
2) La dogmatique de Schleiermacher. Schleiermacher et Baur.
En 1891 était parue la Dogmatique de Schleiermacher, ce livre qui a renouvelé la théologie; Baur en fut vivement saisi. Non-seulement il se pénétra ou crut se pénétrer avec Schleiermacher du sentiment de dépendance dont il fit pour un temps le centre de la religion, mais il y trouva surtout une idée, chez lui plus durable, que l’on peut dire la mère de sa théologie, la continuité du christianisme avec tout le développement de lesprit humain et son accord avec ses lois. «Le christianisme se trouve, sans doute, dans un certain lien historique avec le judaïsme; mais quant à sa position dans l’histoire et à sa préparation, il est aussi près du paganisme que de la religion juive‘.» — «L'apparition du
1. «Nous disons historique, ajoute l’auteur, parce que Jésus est né au milieu du peuple juif; et, en effet, un Sauveur universel ne pouvait naître qu’au sein d’un peuple monothéiste» (et voilà tout); «mais ceci
PR Sauveur dans l'histoire, étant une révélation divine, ne doit pas être considérée comme un fait ni absolument surnaturel, ni absolument contraire à la raison ‘,»
La continuité du christianisme avec les religions antiques, tel fut désormais le thème des recherches de Baur , et d’abord il appliqua cette idée à la mythologie ancienne ?. La religion, définie comme la conscience ou le sentiment de dépendance vis-à-vis de Dieu, considérée dans ses diverses apparitions, «suivant que l’homme appuie plus ou moins sur l’un ou l’autre des éléments de cette conscience de dépendance, l'élément sensible ou l’élément moral, suivant qu'en définissant l’être divin il fera ressortir davantage la notion éthique ou la notion physique», y-revêt successivement ses formes diverses; «la divinité alors apparaît plus ou moins sous forme de multiplicité, de dualisme ou d'unité, et ce sentiment de dépendance dans ses apparitions variées trouve dans ces expressions diverses de la divinité sa satisfaction » ; — d’où la division de l’ouvrage. Le polythéisme, c'est, «comme le Xdyoçs, l'idéal se faisant objectif dans le réel», Dieu voulant sortir de lui, créant. Et ce qui distingue
même n’est pas absolument vrai...» ; et si la loi mosaïque appartient à un même ensemble du plan divin du salut, il faut y compter également, après des docteurs chrétiens autorisés, «la sagesse hellénistique ellemême, en tant qu'elle tend au monothéisme. » ? 12, etc.
1. «Ne pas admettre l'élément suprarationnel dans le christianisme, c'est n'en faire qu'un système sorti de l'esprit humain... Mais jamais cette suprarationalité ne pourra être regardée comme absolue, car son but suprême est un état humain. C’est dire que le suprarationne du christianisme ne doit pas être contraire à la raison. »
Ailleurs : «L'intérêt de la piété ne doit jamais pousser à comprendre un fait de telle sorte que sa dépendance de Dieu supprime absolursent la causalité de l’ensemble naturel. »
«Le miracle absolu détruit la notion même de nature.» gg 13 e 47.