‹ Les origines de l'édifice hypostyle en Grèce, en Orient et chez les romainsChapitre 105 sur 218 · I. Le mégaron grec dans le Nord de l'Asie Mineure · texte numérisé non relu

I. Le mégaron grec dans le Nord de l'Asie Mineure

La Troade, par les découvertes d'Hissarlik, se rattache nettement au domaine de l'architectuie européenne. Les conclusions de l'archéologie sont ici d'accord avec les théories et les traditions qui comprennent les Phrygiens parmi les populations balkaniques et leur font franchir rilellespont vers le troisième millénaire. C'est sans doute avec eux que le mégaron s'introduit en Asie Mineure ' . Leur marche en avant et la diffusion de leur culture furent certainement arrêtées au début par l'empire hittite, qui occupait presque la totalité de la péninsule. L'art hittite, déjà très avancé et d'un caractère nettement oriental, se propageait en sens contraire, de l'Est à l'Ouest et produisait à Bogaskoï des œuvres bien supérieures à celles des constructeurs venus d'Europe. On voit par le relief de Nymphio, près de

I. Sur l'expansion des tribus indo-européennes en Asie Mineure, dans la première moitié du second millénaire, cf. De Morgan, Les premières civilisations, p. 3 19 et suiv.

i66 l'édifice hypostyle

Smyrne, qu'il rayonnait jusqu'à la mer Egée i. C'est au déclin de la puissance hittite que l'art européen, et avec lui le type du mégaron, put s'ouvrir un chemin à l'intérieur de la péninsule.

Au début du premier millénaire fleurit dans le Nord de l'Asie Mineure, principalement en Gappadoce et en Paphlagonie, une architecture qui décèle au premier coup d'oeil son origine septentrionale. Elle est surtout représentée par ces tombeaux rupestres explorés et étudiés jadis par Hirschfelda, plus récemment par M. Leonhard 3. Rien ne ressemble plus à la façade d'un mégaron que l'entrée de ces tombes. C'est en général un portail, assez étroit pour sa hauteur, où deux colonnes in aniis soutiennent un fronton triangulaire. Les mêmes monuments révèlent par d'autres traits leur parenté avec ceux de la Grèce mycénienne. Le célèbre motif de la Porte des Lions a sa réplique dans la façade rupestre du tombeau d'Hairanvéli ^. L'architecture mycénienne, avec le type monumental qui lui est propre, a donc étendu son domaine bien loin en dehors de la péninsule hellénique. Elle avait en partie conquis l'Asie Mineure et comme cette région n'a pas été atteinte dans son développement artistique par les invasions doriennes, c'est là qu'elle a produit ses œuvres les plus récentes.

Ajoutons que le mégaron pontique, frère du mégaron mycénien, a survécu en Asie Mineure au déclin de la culture hellénique. On le reconnaît encore dans les cabanes de bois ou de terre que construisent au fond des campagnes les Arméniens d'aujourd'hui. Depuis la Troade jusqu'au Caucase M. Leonhard a constaté la diffusion et la survivance d'un modèle de logis qui a de frappants rapports avec les anciennes tombes rupestres.

Tandis que le mégaron européen s'acclimatait pour toujours en Phrygie, en Paphlagonie, en Cappadoce, d'autres provinces asiatiques adoptaient un autre type de maison, bien plus conforme aux principes de la construction orientale. En Colchide, au premier siècle de notre ère, les paysans se logeaient dans des bâtisses carrées couvertes d'un toit pyramidal. Yitruve nous donne, de ces habitations agrestes, une description détaillée^.

Page 1