‹ Les origines de l'édifice hypostyle en Grèce, en Orient et chez les romainsChapitre 106 sur 218 · Vitniv., Il · texte numérisé non relu

Vitniv., Il

Elles avaient pour parois quatre pans de bois égaux, faits de troncs d'arbres couchés les uns sur les autres et enduits de limon. Pour couronner cette sorte d'enceinte, que Vitruve compare à une tour à cause de sa forme carrée, on assemblait en pyramide quatre autres pans de bois semblables, mais triangulaires. On obtenait ainsi un comble à quatre pentes, tel que nous en avons vu élever sur des tombes égyptiennes.

Ce texte me semble d'une importance capitale pour l'étude du Mausolée d'Halikarnasse i et des tombeaux similaires édifiés plus récemment dans TOrient hellénisé 2. Le modèle du Mausolée, dont l'aspect insolite a parfois déconcerté les historiens de l'architecture, n'est pas né au iv" siècle dans l'imagination d'un artiste 3. Il n'y faut pas voir, comme ont fait quelques-uns, la combinaison d'une cella périptère et d'une pyramide, mais une forme traditionnelle de sépulcre, tirée de cette forme d'habitation que décrit Vitruve. A défaut du texte qu'on vient de dire, les tombes pyramidales auraient pu nous laisser deviner l'existence en Asie Mineure d'un très ancien type de maison carrée portant un toit à quatre pentes.

Prises en bloc, les provinces méridionales de la péninsule forment une région mitoyenne entre les domaines des deux architectures. Dans cette zone frontière, où se rencontraient des influences propagées en divers sens, le mégaron européen semble avoir toujours voisiné avec la maison orientale. Ainsi les tombeaux lyciens imitant des maisonnettes de bois ne sont pas d'un type uniforme. Quelques-uns rappellent de très près le mégaron hellénique. D'autres avec leur plan carré, leur toiture plate, se rapprochent plutôt de certaines bâtisses Cretoises ou égyptiennes^.

1. Sur la restitution du Mausolée, cf. Durm, Bauk. d. Griechen, p. 5/|2 et suiv., et en dernier lieu Lethaby, Greek Buildings represented by fragments in the British Muséum, Londres, 1908, p. 87 et suiv. On connaît des tombes cariennes archaïques en forme de maisons carrées à toit plat. Perrot-Chipiez, V, p. 3 16, fig. 21 3.

2. Jahreshefte. V, p. 109, tombe à faîte pyramidal à Olba, en Gilicie, fig. 22 (Fr. Schaffer); Noack, Baukunst d. Altert., pi. id6, tombe semblable à Mylasa. Cf. les monuments syriens de même forme (De Vogué, Syrie centrale, pi. 70, 74,77, 97) et la tombe de Jamlichus à PalmyTe(Ho\lzinger, Altchristliche Baukunst, p. i35, fig. 207).

3. Tel semble être l'avis de Michaelis, dans Springer-Michaelis, p. 3ii.

4. C'est ici qu'il convient sans doute de mentionner le signe tectiforme «plusieurs fois répété sur le disque de Phaestos. On se gardera bien de

formuler aucune théorie sur cette représentation, dont le sens exact aussi bien que l'origine restent problématiques. On ne saurait dire s'il s'agit d'une

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A Chypre, même hésitation entre les deux manières de bâtir. J'ai déjà cité le petit temple cubique du Louvre, si exactement semblable aux tabernacles phéniciens i. Nous avons par contre, à Larnaca, un très curieux exemple du naos à abside, par où débute l'histoire de l'architecture grecque. C'est le très ancien sanctuaire, construit au-dessus d'une source, qu'on appelle de nos jours la Panaghia Phanéroméni-^ Le tracé des épaisses murailles rappelle les maisons préhistoriques de l'Altis, ou les Tombes des Géants. Une cloison transversale délimite un prodomos en avant de la chambre où est située la source sacrée. Le toit est fait d'énormes blocs, à peine dégrossis sur leur face interne. Il semble que l'édifice fut toujours à demi enterré, comme il l'est encore aujourd'hui, et qu'on ait voulu lui donner l'apparence d'un antre sacré. Remarquons ici une fois de plus que le naos hellénique terminé par une abside imite un abri souterrain. Le temple, peut-être bien plus récent, d'Apollon Resef, à Frangissa reproduit en plan le même tracé, moins la cloison transversale et le prodomos-^. C'est encore une chambre profonde, close en arrière par un mur semi-circulaire. Mais, comme dans plusieurs édifices grecs terminés en hémicycle, l'abside intérieure est dissimulée au dehors par un massif de maçonnerie rectangulaire. Le monument de Frangissa est difficile à dater. Celui de la Panaghia Phanéroméni, avec son appareil mégalithique et fruste, remonte certainement à une date très haute. L'introduction du plan hellénique en Chypre ne peut être tenue pour un fait récent. Telle était la situation de l'île, telles furent les races qui la colonisèrent, que dès les débuts de

hutte ronde et pointue, comme celles des fresques de Deir-el-Bahari (tel serait l'avis de M. Pernier, Ausonia, 111, p. 288), ou d'une maison oblongue à fronton, comme le croit M. Mackenzie (Crctan Palaces, IV, p. 402). Le fait le plus frappant et le plus positif, c'est la ressemblance de cette bâtisse, évidemment construite en bois, avec celles dont l'image subsiste dans les tombes lyciennes, fait qui concorde avec l'opinion de M. Evans sur l'origine anatolienne du disque de Phaestos (Scripta Minoa, 1, p. 26, n. 2 et 8). Nous pouvons donc avoir ici la représentation d'une maison primitive anatolienne, mais d'une maison dont la forme est impossible à préciser. Ajoutons que M. Pernier tient le disque pour une production de l'industrie crétoise. M. Mackenzie voit dans ce dessin, qu'il croit être celui d'une façade, un pilier médian, et une porte déplacée vers la droite comme dans certaines constructions Cretoises; mais ce qu'il prend pour le rez-de-chaussée de la maison, ne serait-il pas plutôt un soubassement sur pilotis?

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