‹ Les origines de l'édifice hypostyle en Grèce, en Orient et chez les romainsChapitre 112 sur 218 · I. Le temple · texte numérisé non relu

I. Le temple

Pour qui ne traite que du temple, ce traditionnalisme obstiné n'a rien d'étonnant, car le type de l'édifice sacré était fixé par une sorte de prescription religieuse. Ce qui est plus sin-gulier et ce qu'on pourra montrer sans peine, c'est que même dans les édifices profanes l'architecture grecque ne se montre pas moins conservatrice.

A partir du vi* siècle, l'histoire du temple, ou du moins celle du sékos, n'a plus à enregistrer de fait nouveau. Les profils des moulures, les proportions des ordres, l'esthétique de l'ornement sculpté ne cesseront pas d'évoluer. Mais le sékos, muni ou non d'un prodomos et d'un opisthodomos, gardera sa forme originelle et visera toujours au même effet. Dans les monuments ^ dont la largeur impose l'emploi de supports intérieurs, on renonce une fois pour toutes au système archaïque du double vaisseau, pour s'en tenir au plan à trois nefs. On ne connaît

i8o l'édifice h^postyle

jusqu'ici qu'un seul exemple d'un édifice sacré, assimilable à un temple, où le nombre des vaisseaux passe de trois à quatre. C'est une salle à prostyle dont les fondations ont été exhumées près du vieil Héraion d'Argos^. Ce parti défectueux, qui obligeait à placer une colonne dans l'axe de la bâtisse, n'était pas imposé par les dimensions du plan, qui sont médiocres. Peutêtre, comme l'imagine M. Waldstein, s'agit-il d'une salle d'initiation et s'est-on souvenu ici du grand télestérion d'Eleusis, où de nombreuses rangées de colonnes se croisaient dans tous les sens. En tout cas, cette tentative pour développer en largeur l'ordonnance hypostyle traditionnelle n'a pas provoqué d'imitations.

Une autre singularité digne de remarque est le plan de l'ordre intérieur dans la cella du Parthénon. Les colonnes ne s'y alignent pas seulement le long des murs latéraux, mais aussi le long du mur postérieur; elles forment autour de la statue une péristasis à trois faces. Cette ordonnance ne se montre dans aucun autre temple; elle demeure, sauf cette exception, étrangère à l'hypostyle grec, tant que les architectes hellènes échappent à l'influence orientale a. C'est un trait, entre beaucoup d'autres, par où l'œuvre d'Iktinos rompt avec les formules traditionnelles.

Le même architecte dessina pour le temple de Bassae-^ un plan de cella également insolite, mais par un autre endroit. A première vue on pourrait croire que les colonnes dressées autour de l'espace central hypèlhre forment une péristasis intérieure à trois faces, pareille à celle du Parthénon. En réalité, il n'en est rien ; il s'agit ici d'une colonnade du modèle classique, disposée sur deux files. Mais, par une anomalie sans autre exemple, on a placé au fond, entre les deux dernières colonnes

1. Waldstein, Argive Heraeum, 1, p. ii6 et suiv. (Eastbuilding); pi. VI, XI, XII; les savants américains classent cette ruine parmi les constructions du iv» siècle. La disposition des colonnes dans la cella ne laisse pas de place pour une statue de culte. On peut affirmer qu'il ne s'agit pas d'un temple. Quant à faire de l'édifice un télestérion, c'est une hypothèse que suggère l'analogie du plan avec la salle d'Eleusis; mais est-ce un argument sérieux à faire valoir pour elle que la trouvaille dans la ruine de plusieurs scarabées égyptiens? D'après les dimensions d'un triglyphe qui paraît appartenir au monument on a placé, dans les élévations restaurées, sept colonnes entre les

deux antes de la façade; nombre qui étonne fort, étant données la largeur du prostyle (17"^ 10) et la division intérieure en quatre vaisseaux.

2. Le temple d'Artémis à Épidaure, seul autre exemple d'un semblable sékos (Lechat-Defrasse, Épidaure, p. i65 et suiv.), n'est certainement pas antérieur au m' siècle.

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