‹ Les origines de l'édifice hypostyle en Grèce, en Orient et chez les romainsChapitre 121 sur 218 · Bohn-Schuchhardt, Altert. v. Mgae^ p. 33 et suiv · texte numérisé non relu

Bohn-Schuchhardt, Altert. v. Mgae^ p. 33 et suiv

aménagés eux aussi pour contenir une nombreuse assistance.

Tels sont les temples dont la cella devait à certains jours être

ouverte aux fidèles. Le cas se présentait

chaque fois que la cérémonie du culte ' " ' ' **

prenait la forme d'une initiation, et

que le spectacle n'en pouvait être donné

en plein air. Qu'il s'agît de loger une

assemblée politique ou la réunion des

mystes, spectateurs des rites secrets,

le problème architectural restait le

même. Rien n'obligeait à lui chercher

une solution nouvelle. La salle à trois

nefs qui pouvait contenir l'ekklésia ou

la boulé était capable de devenir un

télestérion.

Le Télestérion des Kabires, construit à Samothrace vers 260 av. J.-C, reproduit dans ses grandes lignes le plan de tous les édifices précédemment cités i.

Comme une cella ordinaire il se développe en profondeur. Un double portique en précédait l'entrée; deux rangées de colonnes couraient à l'intérieur parallèlement aux murs latéraux. Détail plus rare, sur lequel nous aurons à revenir, la paroi postérieure était cintrée sur sa face interne, dessinant une véritable abside, de médiocre profondeur.

Autre particularité, dont on aperçoit vite la cause, deux petites portes secondaires étaient percées au fond de la salle dans les murs latéraux. Dans un temple parfois ouvert à la foule, il importait en effet de faciliter la circulation et d'assurer de nombreux dégagements. On remarquera que la péristasis, ornement habituel de tous les grands temples, est ici supprimée. Elle était nécessaire pour abriter les fidèles quand l'entrée de la cella leur demeurait

I. Gonzc, llauscr, Bcnndorf, Untersuchungen auf Sainothrake, Vienne, 1890, p. 99 et suiv. ; Rubensohn, Die Mysterienheiligtiimer, Berlin, 1892, p. i48 cl suiv.; Springcr-Micliaelis, p. Sôy, fig. 6^7. Piichstcin (Arch. Jahrb., i8()2, p«. 12, n. 32), n'était pas tout à l'ait d'accord avec les premiers éditeurs sur la restitution du plan; il supposait l'existence de cloisons, divisant les bas-côtés. Son hypothèse et sa critique n'ont pas trouvé d'échos.

Fig. 59.

Télestérion de Samothrace.

G. LEROLX,

192 L EDIFICE HTPOSTYLE

interdite. Du moment où l'intérieur de l'édifice leur devenait accessible, elle perdait sa principale raison d'être i. La cérémonie du culte se célébrait au fond de la salle, devant l'abside. A cette place, le sol, notablement surélevé, forme une sorte de podium, où l'on distingue encore les traces d'une fosse à sacrifices (Jlg. 59).

Le Télestérion des Kabires ressemble fort à une cella classique, plus encore au Phokikon, mais il fait surtout songer à la basilique chrétienne. C'est le mot de presbytérium qui vient d'abord sous la plume, quand on veut désigner cette plate-forme adossée à l'abside, où le sacrificateur est rendu visible à toute la foule des assistants. Nous trouvons à Samothrace, dès le temps des Diadoques, un édifice sacré presque identique aux futures églises chrétiennes, à la fois par sa structure générale, par son agencement intérieur et par sa destination. Nous aurons plus loin à nous en souvenir. Le temple est naturellement devenu basilique du jour où, cessant d'être l'étroite maison du dieu, il a dilaté ses murs et ouvert largement sa porte à la foule. Cette constatation nous peut déjà mettre en garde contre la tendance de certains archéologues à voir dans l'église constantinienne une création de l'art chrétien. On aperçoit déjà dans quelle région et dans quelle famille d'oeuvres monumentales le modèle en doit être cherché. Il était contenu dans le temple grec, issu du mégaron. Il s'en dégageait nécessairement lorsque le rite des cérémonies païennes venait à se rapprocher des conditions futures du culte chrétien. Nous en avons une preuve, au m'' siècle av. J.-C, avec le temple-basilique de Samothrace. Nous en aurons une autre, plus frappante encore, au second siècle de notre ère, en pleine Athènes, avec la basilique des lobacchoi.

Vil. Hypothèses de M. K. Lange sur des œuvres inconnues.

Les quelques exemples qu'on vient de citer montrent avec assez d'évidence l'attachement persistant, presque invincible, des architectes grecs au type du mégaron et leur effort continu

1. La périslasis fait défaut dans la plupart des édifices consacrés à des divinités chtoniennes, dont le culte comporte une sorte d'initiation, par exemple les temples de Déniéter à Gaggera, à Sélinonte, à Eleusis, ceux d'Amphiaraos à Oropos et de Despoina à Lykosoura (cf. Fougères-Uulol, Sélinonlc, p. 2 7 G).

LA DESCENDANCE DL MÉGARON IqS

pour l'adapter aux programmes les plus divers. Sans nul doute cette liste de faits serait bien plus longue, si les constructions profanes de la Grèce classique avaient laissé d'aussi importants débris que ses temples. Mais les monuments qui pour l'instant nous intéressent, les salles d'assemblées, les arsenaux, les leschés, étaient construits légèrement avec des matériaux médiocres, et leur trace même a presque toujours disparu. Parmi ceux dont le nom seul est venu jusqu'à nous, on peut à bon droit supposer que le plus grand nombre reproduisait le plan traditionnel à front étroit et à triple vaisseau. Mais faute d'être plus précisément renseigné sur eux, il faut bien se résigner à ne les pas faire entrer en ligne de compte. M. K. Lange n'y a pas consenti et le chapitre qu'il consacre à l'architecture grecque classique se trouve alourdi d'une foule d'hypothèses inutiles i. Voulant partout retrouver en Grèce (comme aussi d'ailleurs dans tout l'Orient antique) des édifices à trois vaisseaux, avec toiture surélevée au centre, ce savant s'est attardé à des restitutions purement conjecturales de monuments à peine mentionnés ou très vaguement décrits par les auteurs.

Des constructions dont il vient d'être parlé, il ne connaissait que le Phokikon et la Skeuothèque. Mais en revanche, il s'étend sur beaucoup d'autres, omises par nous à dessein, comme la Stoa Basiléios d'Athènes, bureau de l'archonte-roi, le Portique des Perses à Sparte, le Portique des Hellanodikes à Élis. Jusqu'à de nouvelles découvertes, il faut écarter ces noms de nos recherches. Nous ne savons rien sur le plan, les proportions, l'aspect de la Stoa Basiléios. Nous ignorons même si c'était une stoa-galerie, entièrement ouverte dans toute sa longueur, ou bien une salle close de murs sur ses quatre faces. De tous les textes qui la concernent, il n'en est pas un qui nous donne à cet égard même la plus vague indication 3. Nous ne savons rien du Portique des Perses, sinon qu'on y avait placé en guise de caryatides des statues de prisonniers en costume barbare 3.

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