Athen., V, 25, p. igGjb; K. Lange, Ibid., p. 1A
LA DESCEINDAXCE DU MEGARON 211
œuvres de la sculpture et de la peinture. Les mêmes fonds de rocailles qu'on voit dans les reliefs hellénistiques deviennent un motif de décoration monumentale et passent dans les constructions. Alors prend naissance une industrie qui de nos jours encore a conservé quelque vogue : la fabrication des rochers artificiels'. Il y eut en ce temps, comme aujourd'hui, des fabricants de ponts rustiques, de fontaines champêtres et de cavernes en miniature pouvant servir de salle à manger. La grotte artificielle était l'ornement indispensable des jardins. On l'appelait le mouséion; non pas qu'on en fît un sanctuaire des Muses, mais pour rappeler que les Muses avaient été jadis honorées dans les antres des montagnes. On employait pour la bâtir des blocs de pierre ponce, à cause de leur faible poids et de leur aspect fruste et rugueux 2. Elle n'était pas seulement, comme on pourrait croire, une construction de plein air. Dans la salle à manger de sa dahabié, Ptolémée IV avait fait aménager une grotte semblable, où étaient groupées des statues"^.
Selon cette loi générale de l'art qui veut que toute forme empruntée à la nature s'éloigne peu à peu de son modèle et subisse une stylisation, il est arrivé que la grotte artificielle a géométrisé son dessin. L'abside pittoresque est devenue l'abside tout court. Un exemple certain de cette transformation nous est fourni par les Nymphées. Ces édifices, si nombreux à l'époque romaine, comportent toujours une grande niche centrale en cul-de-four. Le type en fut certainement inventé aux temps hellénistiques. La niche, qui veut imiter une grotte naturelle d'où jaillit une source, dut être traitée au début dans la manière pittoresque. Dans les jardins alexandrins, les premiers nymphées étaient sans nul doute tapissés de rocailles. En nulle autre occasion le décor naturaliste et illusionniste n'était mieux à sa place. Les modernes, bien que goûtant peu ce procédé de décoration, dans ce cas-là du moins n'ont pas craint d'y recourir ; témoin notre admirable fontaine Médicis. Et cependant
1. Philoslr., Sophist., Il, 28, 3 (Kayser, p. 108, 5); Plin., XII, 10; XXXVII, 37, i/,; Sen., Epist., 55, C; Plin., Epist., I, 9, G. Cf. Dicl. d. Antiquités, s. v. Muséum.
2. Plin., XXXVl, i54 : « Non praetermitlenda est et pumicum natura. Appellantur quidem ita et erosa saxa, in .ndiliciis quae Musea vocantur dependentia, ad imaginem specus arte reddendam. » Quand Ovide décrit des antres naturels {Metam., III, 159; VIII, 5G2), il parle toujours de pierres ()onces, parce qu'il connaît beaucoup mieux les rocailles artificielles de» jardins romains que les véritables grottes des montagnes.
3. Athen., V, 38, p. 2o5, b; Perdrizot, dans /?cr. d. Études anc, 1910, p. ;^33.
dans tous les nymphées dont il subsiste des ruines, la niche centrale a perdu son revêtement de rocailles; la stylisation a fait d'elle une simple et très régulière abside.
Ainsi, par différentes voies et pour des raisons diverses, l'architecture hellénistique était ramenée vers une forme de construction qui est en Grèce la plus ancienne de toutes : la salle oblongue, arrondie à sa face postérieure. Il ne suffît pas de dire que l'édifice grec, dans ses multiples applications, se maintient à travers les siècles semblable au mégaron mycénien. En s'augmentant d'une abside, il retrouve un de ses éléments primitifs aboli avant l'époque mycénienne; il retourne plus près encore de son origine.