‹ Les origines de l'édifice hypostyle en Grèce, en Orient et chez les romainsChapitre 157 sur 218 · Herod., I, i78etsuiv · texte numérisé non relu

Herod., I, i78etsuiv

2. Explor. archéol. de Délos, II, G. Leroux, La salle hypostyle.

autres faces, court un mur semblable, sans portes ni fenêtres. Le bâtiment a bien le caractère d'une salle close, non d'une simple galerie peu profonde et très largement ouverte. Mais contrairement à ce qui est la règle en pays grec, cette salle n'a pas sa façade et son ouverture sur son petit côté. Non moins caractéristique est l'arrangement de la colonnade, ou plutôt des colonnades intérieures. La vaste toiture reposait sur deux séries de supports, de types et de hauteurs différents. Une rangée de

FiG. G6.

Plan de la salle hypostyle de Délos.

colonnes doriques courait tout autour de la salle, parallèlement aux quatre côtés du plan; à l'intérieur de cette péristasis, s'en élevait une autre, de colonnes ioniques, plus haute que la précédente. Le constructeur aurait pu s'en tenir à ces deux colonnades concentriques; il obtenait de la sorte un plan très régulier qui avait l'avantage de laisser au centre du bâtiment un grand espace rectangulaire libre de tout support. Dans une construction moins vaste ou plus soignée, on eût sans doute donné la préférence à ce parti. Si dans la nôtre on a cru devoir ajouter à cette place d'autres colonnes ioniques, c'est parce qu'il était coûteux et assez difficile de couvrir un vaisseau large de 1 1 mètres. Au milieu de la seconde péristasis on a donc dressé une file supplémentaire de supports, qui coïncide avec le grand axe du plan. Mais pour dégager cependant le centre de l'édifice on a interrompu cette file en son milieu, par la suppression d'une seule colonne; solution médiocrement heureuse, dont l'avantage pratique ne compense pas Tétrangeté. Quoi qu'il en soit, avec ou sans ce renfort de points d'appui, la colonnade intérieure se décompose toujours en deux péristasis, dont l'une est inscrite dans l'autre. Au lieu de l'ordonnance grecque à trois

vaisseaux, et par files parallèles, c'est l'ordonnance concentrique et périptère.

Dans l'élévation du monument une autre particularité non moins caractéristique s'impose à l'attention. La vaste salle s'éclairait par en haut, au moyen d'un grand lanterneau dressé sur sa toiture. Le fait était déjà rendu probable, presque nécessaire par la disposition et la hauteur relative des colonnades intérieures, par les dimensions générales du bâtiment, la faible ouverture de la façade et l'absence de fenêtres sur les autres côtés. Il est devenu certain depuis la publication du travail précité, grâce à la découverte des piliers de pierre, dressés sur les chapiteaux des colonnes ioniques, qui soutenaient la toiture du lanterneau. Quant à la forme de ce pavillon ajouré, pour ne faire entrer ici en ligne de compte que des données attestées, nous n'essayerons point de la définir. On peut hésiter entre deux partis : le premier consistant à développer le lanterneau sur tout l'espace rectangulaire limité par la péristasis ionique (c'est pour ce parti que nous avons opté dans notre reconstruction graphique du monument); l'autre donnant au lanterneau la forme carrée et les dimensions de l'espace central qui reste vide de colonnes.

Le fait capital et non douteux, c'est, dans tous les cas, l'existence d'une toiture à deux étages, avec de larges baies d'éclairage percées dans un pan vertical. Ajoutons encore ce détail, qui n'est pas sans importance après toutes les précédentes observations : dans sa partie basse et périphérique, autour du lanterneau, le comble n'avait pas la forme classique à deux versants, mais s'élevait par quatre pentes.

Tel est l'édifice qui fut construit dans le dernier tiers du m' siècle avant J.-C, tout auprès du port de Délos, pour servir d'abri et de bourse aux marchands déliens.

Par tous les traits qu'on vient de dire, cet édifice se sépare de la série des œuvres grecques et se rattache à l'architecture orientale, plus spécialement aux monuments égyptiens. C'est en Egypte que nous avons vu se constituer un type hypostyle, à front large, couronné d'un lanterneau, où la colonnade dessine une sorte de péristyle intérieur. Il y a notamment les plus étroits rapports entre la salle de Délos et celle de Thoutmès III, dans le temple de Karnak (jig. ^9). De part et d'autre on trouve , combinés de la même manière, au-dessous d'un lanterneau, deux ordres concentriques, de modules et de types difTérents.

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