‹ Les origines de l'édifice hypostyle en Grèce, en Orient et chez les romainsChapitre 17 sur 218 · Eq?Yi[x . àp/aioX., 1899, col. 80, Vig. 7 et · texte numérisé non relu

Eq?Yi[x . àp/aioX., 1899, col. 80, Vig. 7 et

2. Monum. Lincei, XIV, 1906, col. 607 etsuiv., tombes i, 6-i4.

3. Ihid., XIX, 1910, col. 398 et suiv.; col. /»o3, lig-. 2 ; col. liS\, lig. 24, etc.

4. Ibid., XI, 1901, col. 38 et suiv.; col. 49, fig. 7; col. G9, fig. 21, etc.

Le premier travail du troglodyte dut consister à fermer l'entrée de sa caverne par un mur d'argile, de branchages ou de pierre. Le premier ouvrage de construction n'est sans doute pas une maison, mais une façade de caverne. Ainsi le primitif, avant même d'apprendre à bâtir des huttes rondes, connaît une sorte d'abri à front droit, qui est en partie son œuvre. On se gardera donc de croire que tout type d'habitation de plan mixte, combinant la ligne courbe et la ligne droite, est par définition postérieur aux types purement curvilignes.

Nous avons en Grèce un curieux témoin de cette architecture naissante, qui hésite encore à bâtir de toutes pièces un logis, qui tâche de profiter de l'abri naturel et se borne à l'aménager mieux que n'avait fait le hasard. C'est la célèbre grotte du Cynthe, à Délosi. Ce sanctuaire dont on a parfois contesté la très haute antiquité, mais sans aucune raison décisive, a pour cella une profonde entaille du rocher. Gomme elle était trop largement ouverte et sans couverture, ou lui a fait un plafond et une façade avec d'énormes blocs de granit. G'est encore un temple rupestre, mais qui tend à surgir hors du sol et qui montre au dehors le front d'un véritable édifice. 11 va sans dire que cette construction d'un appareil colossal n'appartient pas à l'époque très lointaine dont nous parlons ici. 11 n'est pas douteux cependant qu'elle veuille reproduire, en style cyclopéen, l'aspect d'une cella plus modeste, aménagée de pareille manière, et d'un âge fort reculé.

A Minorque, où l'habitation préhistorique passa successivement par les mêmes états qu'en Grèce, nous trouvons aussi, à côté de la construction en fer à cheval, la caverne à façade construite qui en est le modèle^. La Gueva de Ravella rappelle de façon frappante la grotte du Gynthe. G'est un antre naturel dont on a fait une cella en élevant sur son front un mur de pierre. Gette façade, aujourd'hui effondrée, formait sur le pan de rocher une plus forte saillie que le porche du temple délien. Elle augmentait notablement les dimensions de la chambre rupestre. G'est un pas de plus que faisait la maison pour se dégager du sol où elle avait pris naissance et pour devenir une construction isolée, se dressant à l'air libre en terrain plat.

1. Lebègue, Recherches sur Délos, p. 76 et suiv., pi. 1; Springer-Michaelis, Handbuch, 9' éd., p. 126, fig. 267 ; Perrot-Chipiez, VI, p. 656, fig. 297.

2. Vives, Arte egeo en Espana, p. io58; Revista de Menorca, 1898, p. 106 et suiv.

LE MEGARON PREMYCENIE> 21

S'il était besoin d'attester par beaucoup de preuves le rapport du bâtiment primitif en fer à cheval avec l'abri souterrain, on pourrait encore attirer l'attention sur l'indice suivant. Nous avons vu plus haut que les tombes sardes dites des Géants étendent comme deux bras, à droite et à gauche de leur façade, deux murs incurvés, qui dessinent devant elle un hémicycle. L'espace ainsi délimité forme une sorte de pronaos largement ouvert. Cette disposition insolite resterait inexplicable si nous n'en trouvions le modèle dans certaines tombes rupestres. Les caveaux explorés en Sardaigne par M. Pinzai ont souvent devant leur ouverture une plate-forme semi-circulaire. Le pan de rocher qui leur sert de façade n'est pas rectiligne, mais légèrement concave ; il dessine, comme le fond de la chambre funéraire, un segment d'abside. 11 semble qu'on ait voulu ménager par là une sorte de seuil devant la porte du caveau. Cette plate-forme était surtout utile quand on creusait la maison rupestre ou la tombe, non pas au pied d'une paroi rocheuse, mais à quelque hauteur au-dessus du sol voisin. Parfois elle n'était pas seulement taillée dans la roche, mais en partie construite. On a signalé, en Sardaigne, une tombe rupestre précédée, tout comme les Tombes des Géants, d'un hémicycle découvert, mais ici la plate-forme antérieure est délimitée par deux gradins, à moitié creusés dans la montagne, à moitié faits de blocs détachés 2. Ce type de sépulture à pronaos semi-circulaire mi-souterrain, mi-construit, forme la transition entre la grotte pure et simple et les Tombes des Géants, lesquelles sont bâties de toutes pièces.

Que la première maison ait gardé l'aspect d'une caverne, c'est ce qui ne saurait surprendre; car, bien que tout entière façonnée par l'homme, elle est encore un abri creusé, plutôt qu'un abri construit. Le premier architecte procède encore à la manière d'un troglodyte. N'ayant pas trouvé de grotte naturelle ou de coteau facile à fouiller, il élève un tertre de terre pour le recreuser ensuite. Dans des pays de climat tropical, les choses ont pu se passer autrement. En Grèce, où des parois de branchages n'étaient contre le froid et la pluie qu'un abri insuffisant, l'habitation a dû se cacher au début sous un lourd manteau de terre. Au premier siècle de notre ère, les paysans phrygiens

1. Monum. Lincei,\\, 1901,00!. .00 et suiv.; XVllI, 1907, col. 583, fig. 8.

2. Taratnelli, dans Monum. Lincei, XVIII, 1907, col. 8i; cf. Bev. archéoL, 1911, 1, p. 12, n. '4.

pratiquaient encore ce mode très simpliste de construction. Ils élevaient, nous dit Vitruve, des tertres arrondis, et ils en évidaient ensuite tout l'intérieure

YI. Récentes hypothèses sur r architecture rupestre

en Grèce.

Plusieurs savants ont déjà supposé que pour rendre compte des dispositions de la maison grecque, ou de tel type d'édifice grec, il fallait remonter jusqu'aux temps très lointains du troglodytisme.

M. Fougères, en étudiant les temples de Sélinonte et le type de sékos qui en constitue le noyau primitif, y a discerné l'imitation d'un ancien sanctuaire rupestre 2. Il constate que les divinités infernales, comme Déméter, honorées d'abord dans les grottes des montagnes, ont eu plus tard pour naos un édifice étroit et fermé, rappelant, par son aspect sombre et nu, un antre souterrain. Ce sékos prédorique subsiste à l'état pur dans le vieux mégaron de Gaggera et dans celui de l'Acropole à Sélinonte.

A cette hypothèse je n'adresserai qu'une critique, c'est de viser seulement les temples de Sicile et non le mégaron hellénique en général. M. Fougères a voulu surtout opposer le sékos sicilien primitif, modèle des grandes cellas siciliennes, au mégaron mycénien, modèle des temples de la Grèce propre. Il a justement observé que le premier était une forme de logis issue de la caverne. Nous ajouterons qu'à un degré un peu plus éloigné, le bâtiment hellénique à prostyle descend lui aussi d'une maison souterraine. Nous verrons bientôt que le naos fermé, sans colonnes extérieures, n'est un type architectonique spécial ni à la Grande Grèce, ni aux cultes infernaux. On le retrouve dans des ruines de l'âge du bronze en Béotie, en Thessalie, en Troade. A Sesklo, le plus jeune des mégarons exhumés par M. Tsountas, avec sa façade nue et sa file de colonnes médiane fjîg. 15j, annonce le vieux sékos de l'acropole sélinontienne^. De même l'édifice à double vais-

I. Vitruv., II, I, 5 : « Phryges vero, qui campestribus locis sunt habitantes, propter inopiam silvarum egentes materiae eligunt tumulos naturales, eosque medios fossura distineates et itinera perfodientes dilatant spatia quantum natura loci patitur. »

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