‹ Les origines de l'édifice hypostyle en Grèce, en Orient et chez les romainsChapitre 185 sur 218 · Tel est l'avis de M. Hûlsen, Forum Romain, Ibid · texte numérisé non relu

Tel est l'avis de M. Hûlsen, Forum Romain, Ibid

3. Jusqu'au mois d'avril 1912, époque où j'ai visité la ruine pour la der- *nière fois, ces fouilles n'avaient rien ajouté d'essentiel aux plans déjà relevés

de la basilique.

li. Vitruv., V, I, II.

292 L EDIFICE HYPOSTTLE

inférieure au tiers, ni supérieure à la moitié de sa longueur. Son plan théorique a donc les proportions allongées qui distinguent précisément l'édifice grec. Aucun des monuments de la série A décrits plus haut ne se conforme sur ce point au précepte de Vitruve. Tous dépassent en largeur le maximum qu'il prétend imposer. Et lui-même, d'ailleurs, s'est soustrait à la règle lorsqu'il a construit à Fanum une basilique de type oriental. Mais voici d'où il ressort plus clairement que, dans ses conseils théoriques, l'auteur songe surtout au type B. Si l'on dispose, dit-il, de plus de place qu'il n'en est besoin dans le sens de la longueur, il faudra construire des chalcidica. Le chalcidicum appartient en propre au type hellénique. Placé sur le petit côté du monument, il désigne ce côté comme faisant fonction de façade. Il atteste donc qu'il s'agit bien ici d'une salle grecque, à front étroit i. Sur la question des basiliques, comme en beaucoup d'autres matières, le texte du De architectura, concis et résumé à l'excès, laisse entendre les choses plus qu'il ne les affirme. Vitruve ne parle pas d'éclectisme et ne distingue pas formellement deux sortes de basiliques, mais si l'on y prête attention, et si l'on est déjà prévenu de ce dualisme par l'étude directe des monuments, on constate que dans le cours du même chapitre il a présents à l'esprit deux modèles distincts. Ajoutons que, ne considérant jamais les formes monumentales du point de vue historique, il ignore que ces deux modèles sont d'origine et de nationalité différentes.

Basilique de Kremna^ ffig. lU). — Elle fut construite dans la première moitié du second siècle ap. J.-G. et porte une dédicace datée du règne d'Hadrien, Les ruines n'en ont pas été déblayées, mais elles émergent encore du sol moderne et permettent d'en relever le plan général.

Deux fois plus longue que large, elle occupait tout le côté Nord du forum de Kremna, grande place carrée entourée de colonnes sur ses autres faces. Comme dans la basihque iEmilia^ c'est un

1. Le schéma donné par Choisy de la basilique théorique selon Vitruve {Hist.de l'architect., I, p. 568, fig. 5, A C) est évidemment inexact. Le plan d'ensemble a une largeur supérieure à la moitié de la longueur, ce qui est précisément interdit par Vitruve, le bâtiment a pour façade un de ses grands côtés et des murs sans portes sur les petits, ce qui est contradictoire avec l'allusion faite par l'auteur au chalcidicum,

2. Lanckoronski, Villes de la Pamphylie,etc., II, p. i(38etsuiv.; p. 344, n. aSG (dédicace du monument).

des longs côtés qui est tourné vers le forum, mais c'est un des petits côtés, celui de l'Ouest, qui fait fonction de façade. Autant qu'on peut l'affirmer d'après le plan et la description de M. Niemann, la basilique proprement dite était précédée d'un chalcidicum, et aussi d'une sorte de prodomos, qui annonce le narthex de l'église chrétienne'. Peut-être aussi s'agit-il d'un chalcidicum redoublé. L'intérieur était divisé en trois nefs par deux rangées de colonnes qui couraient d'un petit côté à l'autre. A ces trois nefs correspondaient dans la façade trois grandes portes en plein cintre; sur la face postérieure, une abside occupait toute la largeur du grand vaisseau. Par une disposition singulière, qu'explique la situation du monument, il semble qu'il y eût sur la face latérale Sud non pas une simple porte de dégagement, mais une grande colonnade ouverte 2. Pratiquement cette colonnade représentait bien l'entrée principale de la basilique, à moins qu'elle ne fût barricadée par des panneaux ou des balustrades de bois. Mais, dans l'idée de l'architecte, la véritable entrée et partant aussi la façade se trouvaient à l'Ouest, sur le petit côté, opposé à l'abside, que décore un triple et majestueux portail. La basilique de Kremna est un exemple très caractérisé du type B, mais elle cumule les deux modèles de façade, le front étroit de l'édifice grec et le large front de rhypostyle oriental.

Les parties conservées des murs laissent voir que le vaisseau central dominait d'une grande hauteur les deux bas-côtés et formait un vaste lanterneau sur toute la longueur du monument.

Basilique d'Aspendos^ {fig. lU). — Cet édifice, dont on place la construction sous le règne d'Antonin le Pieux, est apparenté à celui de Kremna. La façade encore debout offre la même silhouette, et annonce au dehors la division de l'intérieur en trois vaisseaux. Elle est percée de trois grandes portes voûtées, dont

1. Dans l'ouvrage de Lanckoronski, ce prodomos est appelé racèdre, parce qu'il est question d'une cxedra dans l'inscription dédicatoire de la basilique. 11 n'y a pas là de quoi justifier cette appellation, qui doit concerner dans la dédicace une autre construction disparue.

3. Ni le plan ni le texte de Niemann ne sont très clairs sur ce point. « La ^basilique se terminait au Nord par un mur, au Sud par des colonnes », Ibid., p. 171.

3. Lanckoronski, Ibid., I, p. io3 et suiv., fig. 68, 7Ô; Wilting, Anfûnge chrisU. Architektur, p. iG, fig. lo.

294 l'édifice hypostyle

la plus haute, au centre, correspond au vaisseau médian surélevé, les deux autres aux bas-côtés i. Devant cette façade se dressait encore une sorte de chalcidicum. La basilique tout entière était quatre fois plus longue que large (26 X io5 m.). Elle se terminait en arrière par un mur plein recreusé d'une abside. Le bas-côté de droite, sur une partie de sa longueur, était flanqué extérieurement d'une sorte de nef supplémentaire, sans pendant sur la face opposée. L'unique description qu'on ait faite du monument ne mentionne pas de portes latérales, ouvertes dans les longs côtés.

Basilique d'Otricoli 2, — Cette ruine, relevée jadis par Guattani, est aujourd'hui détruite ou recouverte, et les divers problèmes qui se posent à son sujet risquent fort de rester sans solution. Le monument, c'est tout ce qu'on peut dire de son âge, datait de l'époque impériale. Sa destination de basilique peut être tenue, sinon pour certaine, du moins pour très vraisemblable.

Les murs dessinaient en plan un rectangle à peine plus profond que large. Dans l'un des petits côtés s'ouvrait un portail, dans l'autre une abside. A l'extérieur cette abside était rendue invisible par deux chambres carrées qui la flanquaient de droite et de gauche. Une sorte de cryptoportique entourait tout l'ensemble. La salle principale, exactement carrée ( 1 8 X 1 8 m . ) soutenait sa toiture au moyen de six colonnes, disposées par deux files de trois.

Guattani dans sa coupe restaurée imaginait un comble d'une seule volée, sans lanterneau au-dessus du vaisseau central. Zestermann, sans aucune raison, supprimait la toiture de ce vaisseau. M. K. Lange, qui tient à tort le lanterneau pour un élément indispensable du type basilical, suppose que la grande nef dominait les bas-côtés. La question, d'ailleurs secondaire, reste discutable, mais quelque réponse qu'on lui donne, l'édifice d'Otricoli se classe sans contestation parmi les basiliques de la série B.

1. D'après Niemann, il y avait peut-être des colonnes sur le petit côté postérieur, devant l'abside.

2. Guattani, Monumenii ant. ined. per l'anno i78U, p. 27 et suiv. ; Hirt, Gesck. d. Baukunst hei d. Alten, pi. XI, fig. 12; Zestermann, Basil. y pi. VI, 7. Mesmer, Urspr. d. Basil., p. 82 ; Guhl-Kohner, D. Leben d. Griechen und Rômer, I* éd., II, p. i4i ; Lange, Ihid.^ p. 282 ; Mau, dans Pauly-Wissow^a, Real-Encycl.j s. V. Basilica,

Basilique de Sigus ^ . — Bien que non déblayée, la ruine est d'une clarté suffisante. D'après le style des colonnades et les procédés de construction, elle apparaît comme antérieure au Bas-Empire. Les dimensions, l'arrangement intérieur, les bases de statues honorifiques qu'on a retrouvées parmi les débris, mettent hors de doute qu'on se trouve en présence d'un édifice civil et non d'une église chrétienne.

Sauf l'abside et le chalcidicum, qui font ici défaut, le plan reproduit tontes les dispositions caractéristiques du type B. La façade est notablement moins longue que les murs latéraux : l'entrée principale consiste en un vaste portail à trois baies. A l'intérieur, deux rangées de dix piliers carrés, courant dans toute la longueur du bâtiment délimitent un vaisseau central et deux bas-côtés. Deux portes de dégagement étaient percées aux deux extrémités du mur postérieur; une troisième au côté droit. Une sorte de long corridor, débouchant dans le bas-côté de gauche, non loin du front, mettait la basilique en communication avec un autre bâtiment. Dans l'arrangement de la colonnade, on remarquera une innovation qui va devenir constante dans les édifices chrétiens. Les huitièmes piliers, à partir de la façade, dans chacune des deux rangées, sont beaucoup plus puissants que tous les autres et soutenaient trois grands arceaux jetés au-dessus des trois nefs. C'est déjà et très exactement l'arc triomphal des basiliques constantiniennes. Le bâtiment était couvert d'une toiture en bois, surélevée au-dessus du vaisseau central.

Basilique de Tipasa {fig. lUy. — Elle est fort analogue à celle de Sigus et d'une date apparemment voisine. Deux fois plus profonde que large, elle s'ouvre en avant par un semblable portail. Point d'abside non plus, à l'extrémité du vaisseau central, mais devant la façade une sorte de prodomos, étroit et fermé, véritable narthex qui déborde légèrement à droite et à gauche sur les murs latéraux. La nef centrale portait une toiture charpentée ; il y avait peut-être des voûtes sur les deux bas-côtés. Au-dessus des colonnes dont les bases sont encore en

1. Delamare, Exploration scientifique de l'Algérie, pi. 5o; fig. 2 et 3; pi. 5i, fig. I ; Gsell, Momim. ant. de l'Algérie, I, p. lay et suiv., fig. 87.

2. Gsell, Mélanges d'archéol. et d'hist.y 189/i, p- 335 et suiv., fig. 0, Z. Monum. ant. de V Algérie, I, p. i32. fig. 38; Witting, Anfànge christl. Arehitektur, p. 18, fig. II.

296 l'édifice hypostyle

place se dressait un second ordre, de moindre module, qui surélevait toute la partie médiane du comble.

Basiliques de Thibilis^ et de Gigthis^. — Ces deux ruines, encore incomplètement dégagées, semblent différer à peine de la précédente. A Thibilis, l'édifice présente vers le forum son front étroit, percé de deux grandes baies voûtées. Entre les bascôtés et la nef médiane s'alignent deux colonnades faites de deux ordres superposés. A Gigthis on distingue à l'extrémité du grand vaisseau les restes d'un tribunal rectangulaire.

Basilique de Trêves^, — Ce monument bien connu, qu'on rapporte au règne de Constantin, nous montre l'édifice du type B complètement débarrassé de supports intérieurs. C'est une salle, pourtant très vaste, environ deux fois plus profonde que large, avec une abside dans son mur de fond. De la division classique en trois nefs il ne reste qu'un souvenir: le triple portail de la façade. Le lanterneau, supprimé du même coup que la colonnade, était remplacé par de grandes fenêtres ouvertes dans les murs latéraux. Un chalcidicum s'étendait sur toute la largeur du front. Au-dessus de l'unique vaisseau étaient jetées pour soutenir la toiture des poutres de 27 mètres, les plus longues, à notre connaissance, qu'aient jamais maniées des constructeurs anciens.

Basilique de Maxence et de Constantin, premier état^. — On a déjà vu comment cet édifice, transformé plus tard par l'addition d'un nouveau portail à son grand côté, avait d'abord été conçu comme une salle à trois vaisseaux, à front étroit, exactement conforme au type B.

Basilique de Chaqqâ {fig. 71)^. — Malgré les singularités qui font d'elle une œuvre si curieuse, elle se classe dans la présente

1. Ravoisié, Explor. scient, de l'Algérie, II, p. 12, pi. xi ; Gsell, Moniim. ant.^ I, p. 127.

Page 1