Mégaron de Tirynthe
3o l'édifice hypostyle
tions de la civilisation néolithique et aenéolithique se sont propagées de l'Est à l'Ouest dans l'Europe primitive.
Je ne la discuterai pas dans son ensemble, mais seulement en ce qui concerne l'adoption du plan rectiligne. Sur ce point tout au moins, elle est facile à contester. 11 faut d'abord poser cette règle générale que l'art de bâtir est celui qui se prête le moins aux exportations et aux échanges. Rien n'est moins variable chez un peuple que sa manière de construire, et rien n'est plus difficile à modifier. Nous aurons bien des fois l'occasion de le constater dans les pages suivantes. Autre chose était d'enseigner aux Hellènes la métallurgie du bronze et de les faire renoncer à un type d'habitation traditionnel. En imitant les produits importés de l'industrie orientale, les Européens pouvaient apprendre à forger des armes, à modeler des vases et des idoles d'argile. Mais on ne voit pas comment les vagues relations commerciales de cette époque reculée auraient suffi à propager vers l'Ouest une forme de logis créée dans le Levant.
Un autre fait se concilie mal avec la théorie précédemment énoncée. C'est qu'une fois en possession du plan quadrilatéral les Hellènes en tirent un tout autre parti que les Orientaux. Leur habitation demeure pour tout le reste identique à ce qu'elle était précédemment. Rien dans son plan et sa structure ne décèle un autre emprunt à l'architecture du Levant. Les Européens continuent d'ignorer les méthodes de construction orientales, ou du moins s'interdisent de les acclimater sur leur sol.
Enfin et surtout, il n'est pas besoin de recourir ici à l'hypothèse passe-partout des influences orientales, si nous trouvons que les types curvilignes évoluaient naturellement vers la forme rectangulaire. La hutte absidiale, à fond cintré et à front droit, est déjà toute proche de cette forme. Par le seul fait qu'elle s'allonge et s'étend en profondeur, elle redresse aussi ses faces latérales. Telle des maisons néolithiques de l'Altis a déjà de longs murs parallèles. Dans celle où la niche ronde est séparée de l'espace antérieur par une cloison transversale le plan rectangulaire est déjà tout dessiné. Le plus inhabile et le moins inventif des constructeurs était dès lors capable d'élever un mur rectiligne. Aussi bien le troglodyte qui fermait sa caverne par un rideau de branchages ou de pierres entassées, n'avait-il pas depuis longtemps résolu ce problème? La ligne droite apparaît déjà dans la maison absidiale, sur le côté opposé à l'abside. La
LE MÉGARON PRÉMYCÉ.MEN 3i
difficulté n'est pas pour le primitiCde tracer et d'élever un mur droit; mais de liaisonner solidement deux murs butant l'un contre l'autre à angle vif. La maison devient quadrilatérale avant de devenir quadrangulaire. Elle dessine un rectangle dont les coins sont arrondis. Ses murs s'alignent dans deux directions parallèles et s'opposent symétriquement deux à deux, mais ils restent liaisonnés par des quarts de rond. Ce type de bâtiment, qui marque la transition du système curviligne au rectiligne, est représenté en Grèce par les maisons préhistoriques de Thérai. Il nous montre que le rectangle n'a pas remplacé d'un seul coup le plan rond ou absidial, mais progressivement et laborieusement. Tout indique ici une évolution assez lente plutôt qu'une révélation soudaine. Les Orientaux, qui devançaient tous les autres peuples, ne s'étaient inspirés d'aucun modèle étranger pour tirer de la hutte ronde le type de la maison rectangulaire. Rien n'empêche d'admettre que les Grecs ont accompli ce progrès, comme eux, par leur propre effort 2.
IX. Les plus anciennes ruines de plan rectangulaire en Grèce. Les mégarons thessaliens de Sesklo et de Dimini.
Les ruines préhistoriques de Sesklo et de Dimini ouvrent la série des constructions quadrilatérales. Sur ces deux acropoles, il n'a été retrouvé, dans les couches les plus profondes du remblai, que des bâtiments à murs droits -î. En pleine époque néolithique, toute trace de plan curviligne a déjà disparu.
A Sesklo, dans le plus ancien des gisements explorés (1" période thessalienne), des cabanes rectangulaires avaient
1 . Fouquc, Santorin et ses éruptions, p. 98 ; Tsountas-Manatt, Mycenaean Age, p. 2'4'j; cf. aussi à Paros, 'Ecpr,[x.àp/atoA., 1898, p. 170 et suiv.
2. Cf. aussi les remarques de Pfuhl,dans Athen. MitteiL, 1906, p. 335 et suiv., sur les liiesenstaben du Nord de l'Europe et les huttes néolithiques de Grossgarlach. Il est certain que rarchitcclurc mégalithique des dolmens et des Uiesenstuben devait conduire nécessairement à l'adoption du plan rectangulaire. Sur les vestiges de maisons quadrangulaires retrouvés à Grossgarlach, cf. Schliz, Das !SteinzeUliche Dorf Grossgartach; S. Reinach, dans Anthropologie, 1901, p. 704; J. Décheletle, Manuel d'archéologie préhist., I, p. 35<j et suiv.
3. Dans le grand mégaron de Dimini, si la paroi postérieure est légèrement incurvée, c'est que le bâtiment s'adosse à un mur d'enceinte de tracé curviligne.
laissé quelques traces i. Ces constructions n'ont sans doute pas le très grand âge que leur attribuait d'abord M. Tsountas (début du quatrième millénaire). Elles restent néanmoins antérieures à toutes les ruines grecques de même plan. 11 n'en subsiste même pas des fondations, mais seulement des mottes d'argile provenant de murs abattus. En examinant de près ces débris, M. Tsountas a pu reconnaître les restes d'une encoignure coudée à angle vif et d'une toiture déversée. Notons ce fait dont nous aurons plus loin à nous souvenir : la première cabane grecque rectangulaire est déjà couverte d'un toit à versants.
A la dernière période de 1 âge de pierre thessalien (seconde période préhistorique dans la chronologie de MM. Wace et Thompson 2) appartiennent des constructions plus complexes et bien mieux conservées. M. Tsountas a pu lever le plan de deux citadelles ayant chacune son enceinte et son logis seigneurial. Par beaucoup de traits ces ensembles d'architecture présentent encore un caractère primitif. Mais le bâtiment principal de l'habitation, si grossièrement établi qu'il soit, contient déjà toutes les parties essentielles du mégaron mycénien.
Le grand mégaron de Dimini (fig. Il) est une construction oblongue environ deux fois plus profonde que large 3. Il s'adosse à l'enceinte circulaire de l'acropole, qui lui tient lieu de mur postérieur. Sur ses trois autres faces, il est isolé des constructions voisines, qui toutes d'ailleurs sont de moindre importance et plus grossièrement bâties. Une cloison transversale, légèrement oblique, le divise en deux chambres de superficie presque égale. Les deux murs latéraux, prolongés comme deux antes en avant de la façade, forment devant la première chambre une sorte de prodomos ou de prostyle. Entre ces antes se dressaient deux colonnes de bois, assez rapprochées l'une de l'autre. Les fûts étaient fixés à leur base dans deux trous circulaires, larges de o'^-o et o'"65, profonds de o°'8o eto"55. L'un des trous, celui de l'Est, le plus profond des deux et le plus large, contenait parmi de la terre calcinée de menus ossements d'animaux, quelques tessons de vases et une hache de silex. Des pierres plates, disposées le long des parois, semblaient avoir servi de cales pour le fût de la colonne. Dans la première chambre (celle que M. Tsountas
I. Tsountas, ripoi<TTop. àxpoTcoXei;, p. 82, fig. 16 ; Wace-Thompson, Prehistoric Thessaly, p. 63 et suiv.