‹ Les origines de l'édifice hypostyle en Grèce, en Orient et chez les romainsChapitre 20 sur 218 · Muchau, Ihid., p. 35 et suiv · texte numérisé non relu

Muchau, Ihid., p. 35 et suiv

■2. Dôrpfeld, Zweiter Brief aus Leukas- Ithaka, 1906. p. i3.

3. Cf. Les temples rupestres cités par Pausanias, ix, 3<), 3; vni, /ia, i ; 11, 23, I ; VII, 25, (■) ; x, 32, 2, /» ; cf. aussi Pauly-Wissova, Beal-Encycl., s. v. Antrum. On remarquera qu'il ne s'agit pas seulement de sanctuaires dédiés à des <livinités proprement chthonienues, mais de cultes comme ceux d'IIéraklès (Paus., vil, 25, G ; 2I), i) et d'Apollon {Ibid., x, 32, 4).

/(. Cf. Muchau, Ibid., p. 5o et suiv.

5. Oyid., Metam., I, 2 : « Domus entra fuerunl et densi frutices... »

26 l'édifice HIPOSTYLE

comme Vitruve \ se représentaient les premiers hommes vivant dans les antres des montagnes, à la manière des fauves.

Vil. La maison ahsidiale, copiée sur la caverne, est l'ancêtre

du mégaron.

En résumé, nous nous trouvons à l'origine en présence non pas d'un type unique, mais de deux types de construction : la hutte ronde et la hutte ahsidiale à front rectiligne. La première forme est imposée à l'homme, comme à certains animaux, par un instinct. La seconde lui est suggérée par le souvenir de la caverne, son premier logis.

C'est à la hutte ahsidiale que va se rattacher, par une série d'intermédiaires aujourd'hui connus, la maison grecque et l'édifice de l'époque classique. Au premier jour de son histoire, la maison grecque est une copie de l'abri rupestre ; elle ne cessera jamais complètement de lui ressembler. Au terme de son évolution, dans la cella du temple classique, elle gardera certains traits qui trahiront son origine souterraine. Ni le goût de la nouveauté qui se fait jour aux époques d'intense culture, ni les conditions renouvelées de la vie sociale ne prévaudront jamais tout à fait contre l'instinct d'imitation qui oblige le constructeur à répéter la leçon apprise de ses aînés. L'architecte du Parthénon n'a pas brisé le lien qui rattache l'art de son temps à celui des premiers bâtisseurs hellènes, lesquels n'étaient que les derniers des troglodytes. 11 se souvient encore inconsciemment de la première cabane, qui n'était qu'une caverne simulée. Bien que dégagée du sol, où elle demeurait d'abord emprisonnée, la maison en fer à cheval ne cessera pas d'être une galerie obscure et profonde, n'ayant de porte qu'en façade, et soigneusement close sur les autres côtés. L'idée ne viendra que fort tard de percer hardiment ses murs pour lui donner du jour. Le mot fenêtre est d'origine récente dans la langue grecque. Il manque totalement au dialecte homérique. Aucun indice ne justifie l'hypothèse de Chipiez suivant laquelle des baies auraient été percées dans les murs du mégaron mycénien. Sur les vases grecs de style récent, où l'on voit parfois représentées des fenêtres,

I. Vitruv., II, I, 2 : « Gœperunt in eo cœtu alii de fronde facere tecta, alii speluncas fodere sub montibus. »

LE MEGARON PREMYCENIEJÎ 27

elles sont étroites comme des meurtrières ou de simples lucarnes, bien que toutes les maisons n'eussent pas une cour intérieure par où les chambres pussent s'éclairer.

Réduite à son expression la plus simple, telle qu'elle naît de la caverne et qu'on la trouve à Olympie, la maison absidiale annonce déjà le mégaron par ses proportions allongées et son unique porte frontale. Dans les navetas des Baléares, elle s'augmente d'un élément nouveau, le prodomos. Enfin, quelques tombes du même type nous laissent déjà voir qu'on la pouvait développer au moyen d'une rangée de colonnes intérieures. Il ne lui manque somme toute aucun des organes essentiels, aucun des traits qui définissent le mégaron comme type monumental. Pour en faire le bâtiment déjà imposant que nous allons voir à Hissarlik, à Arné, à ïirynthe, il suffira aux constructeurs d'apprendre à manier l'équerre et à Raisonner des murs butant l'un contre l'autre à angle droit. Ce ne sera point sans doute un médiocre progrès, mais c'est un progrès fatal que toute architecture suivant normalement sa croissance finit par réaliser à son heure. GVst une transformation qui affecte plutôt la technique que le type de la construction. Le modèle de la maison, plus généralement de l'édifice grec, est constitué une fois pour toutes, dès avant l'adoption du plan quadrilatéral.

Le tableau ci-contre (fig. 10) pourra mettre sous les yeux l'évolution qui fait peu à peu de la hutte en fer à cheval une maison rectangulaire à triple vaisseau. Tous les moments de ce lent travail sont aujourd'hui représentés par des ruines, les unes primitives et archaïques, les autres archaïsantes. Par ordre de complication et de perfectionnement, et apparemment aussi par ordre de date, les formes de bâtisses se succèdent comme il suit : I " hutte absidiale simple (Orchomène); 2" maison absidiale avec deux colonnes in anlis (Gonnoi, sékos d'époque dorienne, cf. p. 74); 3' maison absidiale avec prodomos (naveta de Minorque); 4" maison absidiale avec file de colonnes médiane (navela de Minorque et aile Sud du bouleutérion d'Olympie, cf. ci-dessous, p. 76); 5° maison absidiale de même type avec murs latéraux parallèles (aile Nord du bouleutérion d'Olympie); 6 salle absidiale à triple vaisseau (Kabirion de Samothrace, cf. ci-dessous, chap.VlI); 7° salle rectangulaire à deux vaisseaux (Troie VI, Sesklo, etc.); 8" salle rectangulaire à trois vaisseaux (Tirynthe, etc.).

3^ l'Édifice hypostyle

Le rapport historique de la hutte absidiale et du mégaron rectangulaire n'est d'ailleurs pas attesté par les seuls monuments de la Grèce primitive. Dans l'Europe septentrionale se montrent successivement les deux mêmes formes de bâtisse. La série des monuments commence par des urnes-cabanes, dont quelquesunes sont du type en fer à cheval i. Elle se poursuit par des habitations rectangulaires pareilles aux bâtiments mycéniens. En Prusse, près de Berlin, on a récemment relevé les traces de maisons remontant à l'âge du bronze, qui sont de véritables mégarons. Le même plan reparaît encore dans des constructions antiques reconnues près de Potsdam, qu'on rapporte à l'époque d'Auguste 2. Par contre, les pays où nous ne trouvons pas de huttes absidiales à l'origine, comme la Crète et l'Orient, sont ceux où la maison n'a jamais pris dans la suite l'aspect du mégaron mycénien.

VIII. Débuts de la construction- angulaire et rectiligne. Causes de cette innovation.

Vers te début du troisième millénaire la maison quadrilatérale commence à se substituer en Grèce à la cabane curviligne. Dans certaines régions ce progrès de l'architecture coïncide en gros avec l'apparition du bronze; dans quelques autres, comme la Thessalie, il lui est notablement antérieur.

Pour quelques préhistoriens il en faut chercher la cause dans des influences venues de l'Esté. Il est en effet hors de doute que les Hellènes, et en général les Européens, ne connurent le plan angulaire que bien longtemps après les Orientaux. En Egypte et en Mésopotamie, l'architecture curviligne primitive n'a laissé que des traces presque insignifiantes; la transformation de la hutte ronde en une maison quadrilatérale est un fait si lointain qu'il échappe à la chronologie préhistorique. Il n'est pas absurde de supposer qu'au temps où les Grecs firent leurs premiers essais du plan rectangulaire, des relations s'étaient déjà nouées entre eux et les peuples du Levant. Enfin, c'est une thèse aujourd'hui couramment admise que les différentes inven-

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