II. Klose, Ibid., p, 190, fig. 12; Bulle, Ibid., fig. i
l^2 l'édifice hypostyle
ont été dégagés des restes de bâtiments rectilignes i. Les fouilleiirs ont pu distinguer, sous l'amas des déblais et des ruines plus récentes, les assises d'un long mur d'enceinte contre lequel butaient d'autres fondations. On dirait un réseau de clôtures, des compartiments découverts, plutôt qu'une habitation. D'un côté cependant les murs ruinés dessinent un long rectangle régulier et fermé, qui peut avoir été une sorte de mégaron. Ce premier dépôt de ruines remonte à la première moitié du troisième millénaire.
La seconde Troie, plus jeune de quelques siècles, est représentée par de plus vastes débris 2. Ses édifices sont à la fois en retard et en avance sur ceux des acropoles thessaliennes. Le progrès s'y manifeste dans la technique, dans le tracé plus régulier, l'appareil mieux établi des murs. La largeur considérable du grand mégaron dénote un art plus hardi et plus sûr de luimême. En revanche, l'absence totale de colonnes, là même ©ù le secours en eût été précieux, accuse chez les bâtisseurs d'Hissarlik une certaine infériorité. 11 n'en faut pas conclure avec M, Noack qu'ils ignoraient même le principe de la colonne, mais que la matière ou l'habileté leur manquait pour en faire un fréquent usage.
Le plan des mégarons parallèles de la seconde Troie (Jig. iU) est assez connu pour qu'on nous dispense de le décrire longuement >^. Observons seulement que ce logis troyen se ramène au même schéma que le mégaron thessalien et que la hutte primitive en fer à cheval. C'est toujours la même bâtisse allongée, développée en profondeur et n'ayant d'ouverture qu'à l'un de ses petits côtés. Ici, les murs latéraux se projettent bien en avant de la façade et dessinent un vaste prodomos in antis sans colonnes de soutien pour le toit. La première salle où l'on pénètre après ce vestibule est la principale du logis; elle abrite comme en Thessalie un foyer central. Elle se prolongeait en
1. Dorpfeld, Troja u. llion, I, p. U2 etsuiv. Pour la date de ce gisement, cf. ea dernier lieu Fimmen, Zeit u. Dauer der Kreiisch-Mykenischen Kultar, Berli^D, 1909, p. 21, et le tableau synoptique; Brûckner (Troja u. llion, I, p. 24/i) rapportait la première ville de Troie à l*àge de pierre; Vollgraff (Bull. corr. hell,, 1907, p. Sa) la place dans la période aînéolithique.
2. Dorpfeld, Jbid., I, p. 86 et suiv.; Noack, Studien zur grieck. Architeklur, dans Arch. Jahrb., X, 189G, p. 211 et suiv. ; Perrot-Chipiez, VI, p. 196, fig. hS; Fimmen, Ibid.
3. Noack, Homer. Pal., p. 161, fig. 8; Springer-Michaelis, p. G9, fig. i55; Durm, Bauk. d. Griechen, p. 45, fig. 26; Dussaud, Civilis. préhelléniques, p. 99 et suiv., fig. 24.
LE MEGARON PREMYCENIEN
arrière, dans le plus vaste des mégarons, par une autre chambre dont les dispositions et la longueur ne se laissent plus déterminer. Tout à côté du grand mégaron, séparé de lui par une étroite ruelle, s'allonge une autre bâtisse de même forme, mais moins large encore pour sa profondeur. En face de ces ruines, dans le mur de la citadelle, était percée une sorte de poterne.
FiG. i4.
Groupe de mégarons dans Troie IL
établie sur le même plan que les maisons. Ce n'est autre chose qu'un petit mégaron dont on a fait un simple passage en abattant le mur de fond. Tant il est vrai que les constructeurs hellènes n'imaginent qu'une manière de couvrir un espace donné. Cette poterne couverte d'Hissarlik est l'ancêtre d'une belle lignée de monuments : les propylées des sanctuaires, qui ressembleront au temple comme elle ressemble au mégaron.
A une époque un peu plus basse que la seconde Troie se place la bourgade prémycénienne explorée par M. Vollgraff sur l'Aspis d'Argos i. On y distingue des fondations de maisons rectangulaires, allongées. Les unes se composaient d'une chambre
I. Vollgraff, dans Bull. corr. helL, 1907, p. i3y et suiv., pi. V; pour la date de ces ruines, Fimmen, Ibid., p. 21.
44 l'édifice HIPOSTTLE
unique, les autres de plusieurs pièces, placées comme à Sesklo les unes derrière les autres et divisées par des cloisons transversales. Détail à retenir, tous ces bâtiments, comme ceux d'Hissarlik, sont isolés les uns des autres. Si rapprochés qu'ils paraissent, ils n'ont jamais de murs mitoyens.
Aux temps prémycéniens, ou du moins à la culture prémycénienne, il faut encore rapporter le plus récent des mégarons découverts à Sesklo* (Jig. 15). Ses ruines sont superposées à
FiG. i5.
Mégaron de l'âge du bronze à Sesklo.
celles des constructions néolithiques étudiées plus haut. Elles affleurent à ce niveau du gisement qui correspond au premier âge du bronze thessalien. Étant donnée la longue durée de la période néolithique dans cette province, on a des raisons de placer assez tard dans le second millénaire la date de cette construction. L'état actuel de la ruine laisse restituer sans peine le plan du mégaron. C'était une salle deux fois plus longue que large, sans prodomos et sans divisions intérieures, avec une porte unique à son petit côté. Une rangée de colonnes courait à l'intérieur, sous la faîtière, et tombait exactement dans l'axe de cette ouverture. Deux cavités profondes et coniques marquent encore dans le sol la place des deux premiers fûts. La position et la forme de ces cavités en décèlent très clairement l'usage. Il ne saurait être question ici de bothroi, et l'exemple certain de cette colonnade de bois aux fûts engagés en terre donne encore plus de vraisemblance aux restitutions de M. Tsountas, précédemment discutées.
Le mégaron de Lianokladi, le plus récent peut-être des
I. Tsountas, llpoiaxop. àxpoTi., p. 102 et suiv. ; plan III, 2/1, A, 2 ; pour la date du gisement, IbicL, p. 871.
LE MÉGAROX PRÉMYCÉNIEN 45
mégarons thessaliens (4^ période), présente une disposition plus simple, mais se conforme toujours au même type (fig. 16). Comme le second bâtiment de Dimini, il est divisé en deux chambres par une cloison transversale. Les fondations en sont plus mal alignées que dans aucune autre des ruines précitées et
Fig. i6.
Mégaron de Lianokladi.
d'une technique fort primitive. Et cependant nous descendons avec lui jusqu'en plein âge mycénien. A l'époque où s'élevait cette bâtisse, à Lianokladi, la civilisation et l'art mycéniens n'avaient pas encore pénétré jusqu'en Thessalie, mais ils avaient déjà produit à Orchomène des monuments comparables à ceux de Mycènes et de ïirynthe.
Xn. Formes d'habitations exceptionnelles en Thessalie, à répoque néolithique.
Les peuples de la Grèce primitive n'ont-ils jamais su donner à leur logis d'autre plan que celui du mégaron étroit et profond t^ Nous avons aujourd'hui la preuve du contraire. Quelques ruines dénotent une méthode de construction entièrement différente, mais elles sont en fort petit nombre et elles ne marquent pas le commencement d'une tradition. A l'origine le mégaron n'était pas le seul type grec d'édifice clos, mais presque le seul; il dominait dans toutes les régions de la Grèce continentale et les 'formes de bâtisse qu'on lui opposait exceptionnellement chez certaines tribus n'ont pas tardé à disparaître devant lui.
l\6 l'édifice hypostyle
C'est en Thessaiie, et seulement pendant la première période thessalienne, que nous rencontrons ces plans exceptionnels. A Sesklo, au plus profond du remblai, M. Tsountas a dégagé la fondation en pierres d'une cabane plus large que profonde, dont la porte était placée, semble-t-il, non pas au milieu, mais au côté droit de la façade i.
A Tsangli, les fouilles anglaises ont mis à découvert des maisons néolithiques très anciennes d'un type absolument singuliers. Chacune dessine en plan un carré parfait, ou très peu s'en faut. La porte occupait le milieu d'un côté. A l'intérieur, les parois étaient étayées par de courts refends faisant office de contreforts. Dans la mieux conservée et la mieux construite des habitations, ces contreforts sont disposés à raison de deux pour chaque face du carré. De robustes pieux, enfoncés dans le sol, s'alignaient sur une file parallèlement à la façade, divisant l'intérieur du logis en deux espaces à peu près égaux. Ils peuvent avoir servi d'armature pour une cloison, plus probablement de soutien pour les poutres du toit. Dans d'autres maisons les refends sont moins nombreux et disposés sans symétrie.
Cet arrangement intérieur reste sans autre exemple dans l'histoire de l'architecture préclassique. A Hissarlik, nous avons déjà vu étayer un mur par des contreforts, mais il s'agissait d'un mur d'enceinte, non d'une habitation. On avait supposé que ces refends faisaient office de colonnes, pour soutenir le toit d'un appentis. Tel n'est certainement pas le cas pour les maisons de Tsangli. Ici, les constructeurs n'ignoraient pas le principe du support isolé, puisqu'ils alignaient dans les mêmes bâtisses des files de colonnes de bois. Ici comme à Hissarlik, les refends ont avant tout pour rôle de consolider des murs peu résistants et souvent ébranlés par les tremblements de terre.
Le plan carré de Tsangli et l'ordonnance intérieure qui l'accompagne sont inconciliables avec le principe du mégaron. Cette bâtisse à large front, sans doute couverte d'un toit pyramidal, ne peut être rattachée à la hutte absidiale, étroite et profonde. Deux types de construction essentiellement divers ont donc un moment coexisté dans la Thessaiie primitive, mais le second, celui que les fouilles de Tsangli nous ont révélé,
1. Tsountas, ITpoïaTop à/.poTi., p. 80 et suiv. ; VVace-Thompson, Prehistoric Thessaly, p. 64 et suiv.