Furtwângler, Ant. Gemmen, pi. IV
3. Perrot-Chipiez, VI, p. 363, fig. 118; p. 367, fig. 120, etc., Durm, Bauk. d. Griechen, p. 76, 78.
LE MEGARON MYGEMEN
L'énorme dalle triangulaire qui surmonte la Porle des lions n'est elle-même autre chose qu'un tympan décoré de sculptures ^ . Oubliant la destination primitive de cette pièce triangulaire, on l'a, transportée, à titre de simple ornement, sur une porte d'enceinte. Dans l'architecture classique, le motif du fronton grec surbaissé aura un sort analogue et sera souvent détourné de son sens originel pour servir de couronnement à une baie monumentale encadrée. Il est probable qu'on ne donnait pas au toit mycénien un angle aussi aigu que celui de cette imposte. Mais peut-être devons-nous l'imaginer beaucoup moins aplati que
FiG. 23.
Tombe rupestre de Mycènes. Coupe.
celui du temple classique. Le bâtiment qu'on voit figuré sur une intaille (fîg. 22) supporte un pignon fort élevé pour sa largeur. Dans une tombe de Spata, où le plafond de la chambre souterraine est taillé sur le modèle d'un toit à deux versants, le profil est beaucoup moins surbaissé que dans le fronton grec 2.
Je n'ai pas encore mentionné ces tombes rupestres rectangulaires de Nauplie, de Spata, de Mycènes (fîg. 23)^. Peut-être aurons-nous formulé contre les partisans de la terrasse l'objection
I . Dans la colonne, surmontée de plusieurs têtes de rondins, que flanquent les deux lions, Chipiez voulait reconnaître l'image abrégée d'un palais mycénien à terrasse (Perrot-Chipiez, VI, p. 800 et suiv., p. 823). Les découvertes et les études ultérieures sur le culte du pilier ont enlevé toute vraisemblance à cette hypothèse.
2. Cf. aussi une tombe rupestre de Kamyros, dont le plafond forme un angle très aigu, Revue archéol., 1893, II, p. i88; les façades rupestres de Phrygie et les sarcophages de Clazomène, où le pignon s'élève très franchement.
3. 'Epritx. 6.ùyjxi.o\., 1888, p. iBa; 1904, pi. 2; Perrot-Chipiez, VI, p. 374, fig. 126; p. 370; Tsountas-Manatt, Mycenaean Age, ^. 70 et suiv. 0{. Phylakopi, p. 235, n. 7 et i3; Journ. Hell. Stad,, 1899, p. 179, fig, 5o; Annual of the Brit. School, Vllf, pi. 18. Cf. en Chypre, Ohnefalsch Richter, Kypros, pi. 189, flg. i.
62 l'édifice hypostyle
décisive, si nous les conduisons, au bout du dromos souterrain, dans ces caveaux évidemment copiés sur des habitations de plein air et qui si souvent ont un plafond à deux pentes. Devant cette évidence, il ne suffît plus d'admettre que la terrasse n'a pas été le seul mode de couverture pratiqué par les Mycéniens. « 11 est possible, dit M. Perrot, qu'il y ait eu, autour des citadelles, des cabanes à faîtes triangulaires, habitées par des esclaves ou des paysans ^ » Les chambres funéraires dont nous parlons n'imitent certainement point des masures d'un type anormal. Ce sont de moins grandioses mausolées que les tholoi, mais encore des tombes d'anactes et nullement des sépultures d'esclaves ou de paysans. Si le pic des ouvriers a donné cette forme au caveau qui devait recevoir la dépouille d'un chef, c'est qu'aux yeux du peuple de Spata ou de Mycènes, l'édifice à pignon était un type de logis national et traditionnel, c'est que de son vivant ce chef avait habité un mégaron ainsi couronné. La tombe rupestre, ou l'édicule funéraire, n'imite pas une construction quelconque, mais la maison normale, l'édifice par excellence, dont la forme définit la manière de bâtir propre à une race et à une époque. Si l'on admet, comme tout porte à le croire, que dans les cités mycéniennes les deux modèles de toiture étaient également représentés, ce n'est pas aux plus humbles logis qu'il faut attribuer le comble à versants, mais au pavillon principal de l'habitation ou du palais, en un mot au mégaron.
Comme on l'a remarqué, l'emploi du toit à deux pentes peut se combiner avec celui de la terrasse; les deux systèmes ne sont pas exclusifs l'un de l'autre^. On a quelquefois superposé le comble angulaire à une terrasse horizontale de terre pilonnée, pour la défendre contre l'action des eaux et permettre par là même d'en réduire l'épaisseur. C'est ce que montrent certains tombeaux lyciens^. De là vient que dans les édifices à pignon, comme le mégaron mycénien et le temple dorique, l'ornementation de l'entablement figure parfois de grosses têtes de poutres massives et rapprochées. Ainsi se peut parfaitement concilier avec les observations précédentes la si judicieuse théorie de Benndorf sur l'origine des deux ordres grecs ^ L'édifice dorique