Cella du temple D, à Sélinonte
le vase François. On la donne de préférence aux édifices sacrés non périptères, petits temples ou trésors; mais on la voit aussi se combiner avec la péristasis, par exemple dans le temple d'Assosi.
3° Gella comprenant trois chambres communicantes, un prodomos, un doma, un adyton. Nous avons déjà constaté une semblable division du bâtiment oblong dans les grands mégarons de Sesklo et de Dimini ; on la restitue avec vraisemblance
1. Springer-Michaelis, p. i54, fig. 3o4; rare dans la Grèce propre, cette forme est commune parmi les temples siciliens.
dans la maison homérique. Nous la retrouvons à Thasos, dans le sékos tout récemment exhumé d'Apollon Pythios, à Locres (premier état du temple), à la soi-disant basilique de Paestum, à Sélinonte dans le temple G i. Le ôaAay^oç qui faisait suite à la chambre principale, dans la maison thessalienne et dans celle d'Ithaque, devient ici Tadyton, réduit sacré qui est proprement l'habitation du dieu (fig. 31).
4° Vient enfin la cella avec prodomos et opisthodomos, qui peut être considérée comme le modèle normal du sanctuaire grec. L'opisthodomos se distingue de l'adyton ou du thalamos par ce fait qu'il ne communique point avec la chambre principale, avec la cella proprement dite, et qu'on y pénètre directement du dehors, par un portique ouvert sur la face postérieure de l'édifice, exactement semblable à celui du prodomos. Il reste fort douteux qu'on ait jamais donné cette disposition au mégaron mycénien ou prémycénien. Dans une habitation, elle serait particulièrement incommode; nulle raison ne pouvait obliger à isoler de la sorte deux pièces contiguës du logis. Elle est visiblement, dans le temple archaïque, la conséquence du plan périptère. Entouré de toutes parts d'une colonnade, le mégaron a dû s'isoler de toutes les constructions voisines; il est devenu, dans les ensembles d'architecture, un motif central dont l'aspect seul invite à faire le tour. On n'a pas voulu qu'il présentât de trois côtés une muraille close. Par souci de la symétrie, on a donné un pendant à la façade principale et au prodomos. Dans la Grèce continentale, c'est ce type de naos à deux façades qui a presque partout prévalu.
Muni d'une péristasis et d'un opisthodomos, le temple issu du mégaron est un édifice noble, simple et bien ordonné. On ne cherchera pas à en compliquer le plan davantage. Les exigences spéciales de certains cultes pourront apporter à ce plan des modifications accidentelles; les théoriciens chercheront parfois pour la colonnade extérieure des combinaisons nouvelles. Le modèle du temple est maintenant trouvé ; il vivra ce que vivra le paganisme, doublement défendu contre les innovations par l'esprit conservateur des artistes grecs et par la permanence des usages religieux.
Quant à la colonnade intérieure, nous la verrons se simplifier plutôt que se développer. Un grand temple n'est pas forcément,
I. Durm, Ibid., p. 3G/i, fig. 35G ; Choisy, Ibid., I, p. /jsy, A.
98 l'édifice hypostyle
comme un grand mégaron, un édifice hypostyle. Les proportions du sékos ne seront presque jamais telles qu'elles nécessitent au dedans l'emploi de supports isolés. Ce fait tient aux conditions des principaux cultes helléniques. La maison du dieu n'est pas un lieu de réunion fait pour contenir à certains jours une nombreuse assistance. A la foule sont destinés les portiques de la péristasis. Même réduit à un seul vaisseau, le sékos suffît à remplir son office; c'est au contraire la péristasis qu'on aura besoin de rendre toujours plus spacieuse et qui va s'agrandir à ses dépens. Par rapport à la largeur de l'ensemble, la largeur du sékos ira diminuant. Les colonnes intérieures, conservées comme des ornements plutôt que des organes utiles, se rapprocheront des deux murs latéraux jusqu'à les toucher. Dans des édifices aussi importants et somptueux que le Didyméion, on se résoudra même à les supprimer tout à fait.
Pour cette raison, nous aurons peu à nous occuper du temple dans la suite de ce travail, qui porte sur l'histoire de la construction hypostyle. Nous prêterons plus d'attention aux grands édifices profanes ou sacrés que leur destination obligeait à enclore plus d'espace, et dont les architectes devaient viser à accroître toujours la contenance. Il importera de voir comment s'y ordonnait la colonnade intérieure, laquelle n'était plus une parure, mais une nécessité. A cette catégorie de monuments appartiennent les grands halls servant de lieux d'assemblées, de magasins, d'arsenaux, et aussi les temples de certaines divinités dont le cuite comportait une initiation. Dans ce dernier cas, en effet, la forme habituelle du sanctuaire périptère, à sékos étroit, n'avait plus sa raison d'être. La foule des fidèles devant se réunir à l'intérieur de l'édifice, on pouvait supprimer la péristasis, mais, par contre, il était nécessaire d'élargir le sékos. La conception primitive et la forme du temple évoluaient ainsi vers celles de la basilique hypostyle.
IX. Conséquences des invasions doriennes. Similitude des types
mycéniens et doriens.
Continuité dans le développement de l architecture.
Nous sommes maintenant en mesure de répondre à la question énoncée plus haut : quelles ont été, dans le domaine de l'architecture, les conséquences des invasions doriennes?
LES TEMPS DOIUENS 99
La période qui suit l'époque approximative de ces migrations comprend en fait de ruines se prêtant à des observations précises : i" des bâtiments curvilignes d'un caractère primitif, très analogues à ceux de l'âge prémycénien; 2° des bâtiments rectangulaires pareils au mégaron mycénien. A ces derniers, on donne fréquemment le plan à double nef, avec colonnade médiane, que déjà les Mycéniens délaissaient pour le plan à trois nefs, avec double rangée de colonnes.
Après l'arrivée des Doriens et la ruine de la culture mycénienne l'art de bâtir est donc brusquement arrêté dans sa croissance, et semble même subir un véritable recul. Il retourne pour un moment à des types primitifs, ou à des formes de construction moins développées que celles de l'âge mycénien.
Mais d'autre part, lorsqu'après un temps d'arrêt il se reprend à progresser, c'est pour suivre la voie où il s'était engagé en Grèce dès les origines. Ni les constructions curvilignes des Doriens, ni leurs constructions quadrilatérales ne nous montrent aucune forme nouvelle. En un mot, dans l'histoire de l'architecture, les invasions doriennes marquent une date importante, mais non pas une révolution. Les nouveaux venus n'ont pas introduit dans la péninsule un modèle particulier d'habitation. Us n'ont fait que continuer, après quelques tâtonnements, l'œuvre des peuples qu'ils refoulaient devant eux.
On se demandera pourquoi l'architecture dorienne reproduit si exactement les types de l'âge antérieur, tandis que les peintres et les décorateurs de la même période rompent avec le passé et ne conservent rien du style et des motifs mycéniens. Le style ornemental qui apparaît en Grèce au lendemain des invasions est en contraste absolu avec celui du second millénaire. D'où vient qu'à la même époque les formes monumentales ne se sont pas pareillement renouvelées? Le fait paraît singulier au premier abord. On en peut, je crois, trouver l'explication.
Les Doriens, avant de se répandre dans la péninsule, bâtissaient déjà selon les mêmes principes que les premiers Hellènes. Leur architecture, bien qu'encore primitive, était étroitement apparentée à celle des Mycéniens et Prémycéniens. S'ils avaient eu, avant leur migration, un type d'habitation national différent du type mycénien, nul doute qu'ils ne l'eussent imposé et acclimaté dans les régions conquises. Rien n'est moins changeant dans l'histoire d'une race que sa manière de bâtir. Si nous les voyons, aux premiers temps de la période archaïque, édifier des
lOO L EDIFICE HTPOSTYLE
mégarons pareils à ceux des peuples soumis, c'est que ce type architectural était déjà conforme à leur propre tradition. Des pays du Nord ils apportaient donc en Grèce un modèle de logis semblable, dans ses dispositions essentielles, à celui des Mycéniens, qui procédait de la même origine et qui se développait selon les mêmes lois. A Tépoque des invasions, cette maison dorienne n'en était encore, au moins chez quelques tribus, qu'à l'étape de la hutte absidiale, tandis que les premiers occupants de la péninsule savaient déjà bâtir de véritables palais. De là vient que nous assistons à une renaissance momentanée de la construction curviligne et que nous trouvons en Étolie, en ïhessalie, en Eubée des bâtisses en fer à cheval. On ne peut d'ailleurs mettre en doute que, dès le même temps, d'autres tribus doriennes n'aient appris des Achéens à bâtir des maisons rectangulaires.
Le mégaron dorien, au début du premier millénaire, n'était pas encore identique au logis mycénien, mais il s'acheminait vers la même forme. Il y aurait abouti naturellement, même sans le secours des modèles que les constructeurs doriens trouvaient dans les cités conquises. L'influence de ces modèles ne peut être tenue pour négligeable. Mais elle ne pouvait suffire à déterminer la forme de la maison dorienne et elle s'exerça d'autant plus facilement que l'architecture dorienne connaissait déjà des formes d'habitation très voisines, et déjà évoluait vers le type du mégaron.
Dans le domaine de la peinture et de Tart ornemental, rien d'étonnant à ce qu'il n'en allât pas de même. Le style appelé mycénien n'était pas d'origine hellénique et continentale, mais Cretoise. C'est à l'école de la Crète que s'étaient formés les décorateurs achéens. Avec ce style décoratif importé, l'art des tribus doriennes n'avait ni parenté ni analogies. Les nouveaux venus n'étaient pas préparés à goûter des ouvrages si inattendus pour eux et si contraires aux tendances de leur race. Ils ne recueillirent rien ou presque rien de cet héritage. Ils cultivèrent et développèrent le style géométrique aux motifs inventés qu'ils apportaient du Nord et qui était commun à tous les peuples de l'Europe centrale.
LES TEMPS DORIENS lOI
X. Conclusion générale sur Varchitecture grecque de la période préclassique. Uniformité des monuments depuis les origines jusqu'au vr siècle. Unité de race des populations qui nous les ont laissés.
Le VI* siècle, où nous sommes parvenus, marque dans l'histoire de l'architecture grecque la fin de la période préclassique. C'est ici que nous devons clore le chapitre des origines. Avant de poursuivre plus avant et d'étendre nos recherches hors de l'Hellade, il ne sera pas inutile de jeter un rapide coup d'oeil en arrière. Des trouvailles qu'on vient de passer en revue quelques conclusions très nettes se dégagent. Elles n'intéressent pas seulement l'historien de l'art. L'ethnologie, ce semble, en doit désormais tenir quelque compte.
Dans le domaine de l'architecture, la production des Hellènes se ramène tout entière, ou très peu s'en faut, à une étroite formule. Tous les monuments dont il vient d'être parlé préparent, développent ou perfectionnent un même modèle de construction. Ce modèle doit être défini comme il suit : c'est une salle oblongue, à front étroit, dont le toit peut être soutenu par une ou deux rangées de colonnes intérieures ; son mur de fond dessine parfois une abside, souvenir non douteux du bâtiment curviligne dont elle est sortie
A aucun moment de sa croissance, l'architecture hellénique ne s'écarte de ce modèle et n'est détournée de ses tendances originelles. Le temple et la maison des Doriens sont semblables à la maison mycénienne. Celle-ci reproduisait fidèlement une forme de logis antérieure à l'âge du bronze, et déjà contenue en germe dans la hutte primitive. Unité et continuité dans le développement de l'art, tel est le fait qui ressort clairement des pages précédentes.
11 reste à le concilier avec cet autre fait que la Grèce n'a pas été peuplée d'un seul coup par une même race, mais par des vagues successives. 11 faut admettre que ces divers peuples ne connaissaient qu'un seul type d'habitation. Pélasges, Mycéniens, Béotiens, Achéens et Doriens ont apporté dans la péninsule la même forme de logis, obéissant dans leurs constructions aux mêmes tendances instinctives, et ayant subi, semble-t-il, à l'origine les mêmes influences. Aucun de ces peuples n'a marqué sa venue par une innovation véritable. Les Doriens eux-mêmes, à
leur arrivée dans l'Hellade, étaient moins habiles à bâtir que les Achéens, mais se conformaient au même principe. Leurs constructions sont comme leur dialecte, qui semble le frère puîné des autres dialectes grecs. Les monuments de l'architecture laissent donc supposer une affinité d'origine entre les diverses races helléniques.
Voici enfin un caractère de cette architecture primitive, sur lequel il est temps d'appeler l'attention : elle est nettement septentrionale. Un type d'habitation tel que le mégaron n'a pu se constituer que sous un climat froid et pluvieux. Étroit et profond, avec son foyer central, son unique ouverture, son antichambre, le mégaron garde l'apparence d'un logis souterrain. C'est un bon refuge pour l'hiver. Sa toiture à versants le met à l'abri des pluies les plus violentes. Dans la péninsule hellénique, où l'hiver est peu rigoureux, où pendant six mois de l'année le ciel peut rester sans un nuage^, on s'accommodait facilement d'un logis moins bien protégé contre le froid et l'eau. La preuve en est qu'on y acclimata d'assez bonne heure la maison à terrasse, propre aux races de l'Orient et du Sud. Le mégaron a dû naître sous un plus rude climat.
Ce n'est certainement pas le fait d'une coïncidence fortuite, si l'habitation germanique et Scandinave se montre souvent pareille à lui. M. Meitzen a depuis longtemps appelé l'attention sur cette similitude i. M. Noack en a tiré les conclusions qu'elle comporte et auxquelles je souscrirai sans aucune réserves. Par son architecture, l'Hellade préhistorique se rattache à l'Europe. La maison préhellénique, qui devient le palais mycénien, n'est pas à proprement dire un produit de son sol. Elle s'est développée et perfectionnée en Grèce, mais la hutte qui en contient le germe y avait été importée par des races venues de l'Europe centrale. Elle décèle à la fois la parenté et l'origine septentrionale des peuples qui ont occupé la péninsule depuis l'âge néolithique jusqu'aux temps doriens^.
1. Meilzcn, Siedelung und Agrarwesen, HP, p. 5o2 et suiv. ; l'erreur, maialenant évidente, de ce savant est de croire à une transmission de ce type de logis, du Sud vers le Nord, par l'intermédiaire des colons grecs établis sur les rives de la mer Noire (cf. Oelmann, Arch. Jahrb., 1912, p. 5i),