‹ Les origines de l'édifice hypostyle en Grèce, en Orient et chez les romainsChapitre 7 sur 218 · La construction curviligne primitive · texte numérisé non relu

La construction curviligne primitive

On ne s'étonnera pas que nous remontions jusqu'au temps de la construction curviligne primitive. L'aspect futur de la maison et de l'édifice se laisse déjà deviner dans les humbles bâtisses de cet âge. Mais la hutte ronde ou arrondie n'a pas pour nous le seul intérêt d'être la cellule originelle d'où sortira peu à peu un organisme plus complexe. A ce début de l'art appartient un

a L EDIFICE IIYPOSTYLE

motif d'architecture qui se conservera tel quel dans bien des constructions postérieures. C'est le motif de l'abside. L'abside semi-circulaire de certains temples, la niche arrondie qui abrite le tribunal dans maintes basiliques romaines et qui deviendra le presbyteriam de l'église chrétienne, n'est pas une addition tardive au plan de l'édifice oblong. Elle lui rend au contraire sa forme primitive. Elle apparaît aujourd'hui comme une survivance de la plus ancienne manière de bâtir.

C'est un fait assez connu que l'architecture prend naissance avec des constructions curvilignes. Il en va de la sorte pour la Grèce comme pour toute autre contrée i. De même que les animaux bâtisseurs, Fhomme primitif est inhabile à tracer des lignes droites et des contours angulaires 2, Il commence par des plans ronds ou arrondis, soit qu'une sorte d'instinct lui impose cette forme, soit qu'un de ces raisonnements rudimentaires, dont les animaux eux-mêmes sont capables, la lui fasse préférer comme la plus simple et la plus commode à tracer. En règle générale, on doit admettre que le bâtiment curviligne précède le bâtiment angulaire et que le second dénote un état de culture plus avancé. Les exceptions à cette loi ne sont telles qu'en apparence. En Thessalie par exemple, à Dimini et à Sesklo^ les constructions circulaires font presque entièrement défaut dans les couches néolithiques. Elles abondent au contraire dans les

1. Cf. Déchelette, Manuel d'archéologie préhistorique, I, p. 3A8 et suiv.

2. Nous disons l'homme tout court; peut-être serait-il plus exact de dire l'homme néolithique. Nous faisons débuter ici l'histoire de l'architecture avec les huttes néolithiques ; à vrai dire, ces constructions primitives ne marquent pas un commencement, mais déjà un recommencement. L'homme paléolithique n'avait pas ignoré l'art de bâtir, et, si ses habitations n'ont pas laissé de traces sur le sol, on en reconnaît parfois l'image dans les peintures rupestres. L'étude de ces documents, qui en est encore à ses débuts, fournira bientôt à l'histoire de la maison la matière d'un nouveau chapitre sur la hutte paléolithique. Or, les signes tectiformes relevés dans les peintures rupestres (notamment dans la caverne de Font-de-Gaume) laissent supposer l'existence de constructions rectilignes, angulaires, de types assez particuliers. Entre les deux civilisations de la pierre éclatée et de la pierre polie, les différences sont si profondes qu'on tend aujourd'hui à les expliquer par l'apparition d'une race nouvelle. On ne peut donc pas affirmer que l'homme paléolithique ait obéi dans ses premiers essais de construction aux mêmes tendances que les primitifs de l'âge suivant. 11 est entendu, quand nous parlons de l'habitation préhistorique, que nous laissons en dehors de nos recherches les temps paléolithiques. Nous considérons l'histoire de la maison à partir du moment où l'homme se fait agriculteur et où commence pour lui la vie sédentaire. Alors seulement prend naissance cet art qui deviendra l'architecture et avec lequel l'abri léger, construit pour un jour par les peuples chasseurs, n'avait en somme presque rien de commun.

LE MEGAROX PREMYCEMEN O

gisements de l'âge du bronze ' . Il n'en faut pas conclure que l'architecture a suivi sur ce point une marche opposée à celle qu'on vient de dire. L'anomalie s'explique aisément par ce fait que les ruines néolithiques sont celles d'un bourg important, tandis qu'à l'époque suivante on ne trouve sur les acropoles thessaliennes que d'assez pauvres logis, peut-être de simples cabanes de bergers 2. Là où la civilisation subit pour quelque temps un recul, il arrive fréquemment qu'on voit reparaître la maison circulaire. Le plus frappant exemple de ce fait s'observe pendant les premiers temps de la période dorienne, après la ruine de l'art mycénien. Plusieurs siècles après l'achèvement des beaux palais de Mycènes et de Tirynthe, nous trouvons en Etolie, en Thessalie, en Eubée toute une série d'édifices curvilignes 3 . Mais dès que la civilisation et l'art de bâtir reprennent leur marche en avant, le plan quadrangulaire reparaît, et avec lui le type de logis familier aux architectes mycéniens. Dans toute la Grèce, les formes curvilignes ne reculent que très lentement devant la construction à murs droits. Elles font sur certains points une très longue défense. Aujourd'hui même elles sont loin d'avoir disparu. Dans la plaine béotienne et dans toutes les régions montagneuses, les pâtres construisent encore pour l'hiver des huttes rondes ou ovales de pierres sèches et d'argile .

L'idée avait un moment trouvé créance que dans certaines contrées, en Orient par exemple, le plus ancien type d'habitation était de forme quadrangulaire^. Cette opinion ne résiste pas à un examen minutieux des monuments. L'on n'a pas de peine à retrouver en Orient les traces d'une architecture primitive curviligne. Dans ses dernières recherches sur les palais crétois, M. Mackenzie me paraît admettre, sans toutefois l'affirmer nettement, une simultanéité d'origine de la hutte angulaire et de la hutte ronde 5. On verra plus loin combien de faits probants viennent à l'encontre de cette théorie.

1. Tsountas, Al upoc'atop ixal àxpoTroAsi; AtfXYjvtou xa\ I.iav.'kov, Athènes, 1907, p. 117 et suiv.

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