‹ Les origines de l'édifice hypostyle en Grèce, en Orient et chez les romainsChapitre 70 sur 218 · Durm, Bauk. d. Griechen, p. 53, fig. 3i · texte numérisé non relu

Durm, Bauk. d. Griechen, p. 53, fig. 3i

Nous n'avons pas besoin, et ce n'est pas notre dessein, d'entrer dans une description plus détaillée des palais de Knossos et de Phaestos. Ce qui nous importe, c'est de discerner dans leur architecture des éléments primordiaux et permanents. Voici, pour nous résumer, ceux qui nous semblent vraiment distinctifs de l'art monumental minoen : emploi du toit à terrasse; superposition des étages; forme très variable des espaces couverts; absence d'un type unique et traditionnel de salle, constituant, comme en Grèce le mégaron, le centre de l'habitation; disposition très particulière d'un modèle de hall à colonnes, spécialement Cretois, avec deux portiques en équerre; enfin, groupement dans un même édifice d'un nombre indéfini de bâtisses juxtaposées et communicantes.

Il faut mentionner avant tout le reste la forme horizontale du toit, car toutes les autres dispositions en sont un peu la conséquence. C'est parce qu'elle était couverte d'une terrasse que la maison Cretoise a pu facilement s'augmenter d'un ou deux étages, prendre les formes les plus diverses, se développer en largeur comme en longueur, s'ouvrir sur deux côtés consécutifs et non seulement sur ses façades. Seuls des bâtiments à toit plat peuvent se souder mur à mur, et s'unir comme les cellules d'un même organisme pour constituer un seul édifice capable de s'agrandir indéfiniment.

Tels sont les traits par où l'architecture minoenne est en opposition avec celle des Hellènes. Comme on le voit, il ne s'agit pas de différences superficielles. A vrai dire on n'imagine pas deux méthodes de construction plus divergentes. Dès l'origine, la maison Cretoise et la maison grecque sont dissemblables et se développent selon deux principes distincts. En ce qui concerne les ordonnances hypostyles, non seulement les architectes crétois ont leurs manières propres de disposer les colonnes, mais on remarquera aussi qu'ils montrent assez peu d'intérêt pour cette partie de la construction. Leur attention ne se concentre pas comme en Grèce sur une salle unique, que l'on veut rendre plus majestueuse et plus spacieuse en étayant les poutres de son toit par des supports. Les colonnes servent à établir des portiques, non pas à soutenir de vastes plafonds. Cette infériorité de l'architecture insulaire tient évidemment à la manière dont s'était constitué le plan de l'édifice. La maison primitive, composée d'une seule chambre, n'était pas obhgée de s'agrandir et de devenir hypostyle puisqu'elle pouvait juxtaposer autour d'elle

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d'autres bâtisses semblables en nombre indéfini. Non seulement la forme particulière du mégaron mycénien, mais l'idée même de la grande salle à colonnes demeure étrangère à l'art crétois. En revanche, c'était chose inconnue en Grèce qu'un édifice groupant en une seule masse des suites de chambres communicantes, de portiques, de corridors et de magasins.

Ce fait explique, et c'est le seul qui puisse expliquer, comment a pris naissance la légende grecque du Labyrinthe. Les Hellènes parlaient du Palais de la Hache comme d'un monument merveilleux, d'une complication telle qu'on y pouvait errer à l'infini sans trouver d'issue. Rien n'empêche de croire qu'on a fait ces récits à propos du palais découvert par M. Evans ou d'un édifice similaire. La ruine de Knossos ne nous paraît point d'une complexité prodigieuse, mais elle pouvait causer bien plus d'étonnement aux voyageurs anciens venus de Grèce. Il n'existait pas chez eux d'édifice comparable aux palais crétois^ dn moins pour l'étendue et la complication du plan. Rien n'était plus contraire à la tradition hellénique que de développer sur tant d'espace un réseau continu de murs s'entrecoupant. Les plus vastes manoirs mycéniens comprenaient bien moins de divisions et montraient une ordonnance bien plus claire. De là vient que les Grecs s'émerveillèrent en parcourant le palais de Knossos, ou seulement en en visitant les ruines. Nous verrons le Labyrinthe du Fayoum leur causer un pareil étonnement et pour les mêmes raisons.

III. La maison Cretoise et le mégaron continental. Rapports historiques des deux types de construction.

Dans toutes les applications de l'art et de l'industrie, les Crétois devancent les Hellènes d'au moins cinq ou six siècles. La civilisation que nous nommons mycénienne n'est qu'une bouture vigoureuse mais tardive de celle qui florissait à Knossos dès la fin du troisième millénaire. Tel est le fait général que nul ne songe à contester, mais que nous ne pouvons plus énoncer sans une notable restriction.

Comme l'a le premier signalé M. Noack, et comme on vient de le montrer par le détail, le mégaron grec n'est point une variété de la maison Cretoise. Les deux formes de logis ne

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doivent rien l'une à l'autre'. La première est adaptée aux climats froids ; elle a sa pareille exacte dans l'Europe centrale et en Scandinavie 2. Rien n'y dénote des influences méridionales. Dès leurs premiers essais dans l'art de bâtir, les habitants de la Grèce n'ont connu que cette manière d'aménager un logis; ils ont perfectionné leur maison primitive sans en modifier, au cours des siècles, aucune des dispositions importantes. Le mégaron ne reproduit pas un modèle d'édifice importé en Europe tout formé, à une date relativement basse, comme serait la maison Cretoise; il s'est dégagé peu à peu, par un progrès continu, de la hutte grecque néolithique.

Ce n'est pas à dire que les constructeurs de la Grèce continentale n'aient jamais fait nul emprunt à l'architecture Cretoise. L'influence de l'art minoen sur l'architecture grecque préclassique ne peut être tenue pour insignifiante, mais il importe d'en préciser la date et les limites.

Il n'en saurait être question avant l'époque mycénienne proprement dite. Rien ne la décèle encore, ni dans les ruines néolithiques d'Olympie, de Dimini et de Sesklo, ni dans celles d'Argos, de Troie et des Cyclades qui correspondent au premier âge du bronze 3. Pour en apercevoir les premiers indices, il faut descendre au moins jusqu'au milieu du second millénaire. Avant cette date, point de rapport entre les deux systèmes de construction. Au groupement complexe des bâtisses à toit plat, sans forme arrêtée, qui distingue l'architecture Cretoise, la Grèce oppose ses maisons oblongues isolées, a toits brisés. Je ne connais pas en Grèce, avant l'âge mycénien, une seule ruine dont le plan dénonce, à coup sûr, l'existence d'une toiture plate.

IV. Quelques emprunts au système crétols dans les palais mycéniens.

C'est seulement à l'époque tardive où s'élèvent les palais de Mycènes, d'Arné et de Tirynthe, qu'on peut reconnaître dans

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