‹ Les origines de l'édifice hypostyle en Grèce, en Orient et chez les romainsChapitre 79 sur 218 · Ihid., p. 3^0 et siiiv., p. /J07 et suiv · texte numérisé non relu

Ihid., p. 3^0 et siiiv., p. /J07 et suiv

LA CKETE

assez clairement de tout ce qui a été dit dans notre premier chapitre.

Il est contestable que le climat de la Grèce continentale eût obligé ses habitants à modifier profondément les dispositions de la maison crétoise au cas où ils l'auraient voulu transporter chez eux. La différence de latitude ne nécessitait nullement un changement aussi radical dans les méthodes de construction. Les peuples du Péloponnèse pouvaient s'accommoder d'un modèle de logis qui suffisait aux Cretois. Pas plus que les continentaux, les Cretois ne devaient se dispenser de chauff'er leur habitation pendant l'hiver et d'y installer un foyer permanent. Si nous ne trouvons plus trace de ce foyer dans les ruines des palais minoens, c'est sans doute qu'il était placé dans une des salles du premier étage, aujourd'hui écroulées. Par contre, les restes en sont bien reconnaissables dans la maison crétoise de Chamaizi-Sitia et dans celles de Pseirai. La Grèce et la Crète appartiennent l'une et l'autre à cette région moyenne où se peuvent acclimater divers types d'habitation. Aujourd'hui encore la maison européenne à toit pointu, lointaine héritière du mégaron, y voisine avec la maison à terrasse des pays chauds. Si la cabane primitive est en Crète d'un type méridional, en Grèce d'un type septentrional, ce n'est pas la différence presque nulle des deux climats qui rendra compte de ce fait. C'est que la grande île a reçu du Sud et de l'Orient sa civilisation primitive, peut-être sa population, tandis que la péninsule hellénique était ouverte aux influences et aux invasions venant du Nord.

Somme toute, il ne resterait à M. Mackenzie qu'un moyen de faire prévaloir, contre tant d'objections, sa théorie sur l'origine du mégaron. Ce serait de démontrer qu'il ne s'est produit dans l'Europe primitive aucune migration de race ou d'influence dirigée du Nord vers le Sud. Si l'Europe avait reçu exclusivement du Sud et du continent africain sa population et sa première culture, à cette condition peut-être pourrions -nous admettre (mais à cette condition seulement) que le mégaron est une maison des pays chauds, adaptée aux climats froids. Quoi qu'on pense de la théorie générale de M. Mackenzie sur l'origine africaine de la civilisation préhellénique, il faut cependant bien admettre que des mouvements de peuples se sont produits en sens inverse. Il n'est guère possible de contester la

I. H. B. Seager, Pseira, p. iG; pi. 1, i4, i5 (chambre n" i).

réalité historique de ces invasions successives, venues du Nord, dont les Grecs avaient confusément gardé le souvenir. La mer Egée était le lieu de rencontre des vagues humaines qui déferlaient de l'Afrique et de l'Europe centrale. Si faible que soit l'apport des races septentrionales dans la civilisation hellénique, c'est lui qui éclaire, mieux que tout autre fait, l'origine du mégaron. Du moment où il est constaté que les habitants de la péninsule se rattachent au moins pour une part aux populations européennes, nous savons d'où vient cette maison aménagée pour les climats froids. 11 n'est plus besoin d'y voir un type de construction méridional, adapté par les Hellènes au climat de leur pays.

YII. La frontière des deux architectures dans la mer Egée. Phylakopi et Théra.

Les deux modèles de construction dont l'un était traditionnel chez les Cretois, l'autre chez les Grecs du continent, se sont

Fitt. 37.

Plans de maisons à Phylakopi.

A, Type crétois. — B, Type mycénien.

trouvés en contact et en concurrence dans TArchipel. Les îles du Nord n'ont guère connu que le second; les îles du Sud, longtemps fidèles au premier, ne l'ont désappris qu'au déclin de la puissance minoenne.

A Phylakopi de Mélos, on voit des maisons à mégaron succéder à des logis du type crétois ï fjîg. 37). Mais ce changement,

I. Excavat. at Phylakopi, p. 4o et suiv., pi. II; Mackenzie, Cretan Palaces, lYy p. 270; Dussaud, Civil, préhellén., p. 80.

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qui dénonce l'invasion ou l'infiltration des tribus achéennes, paraît se produire ici notablement plus tôt qu'en Crète. Au second établissement de Phylakopi, qui se classe par les trouvailles de céramique avant la fin du minoen moyen, appartient déjà un vrai mégaron avec prodomos et couloir latéral (jig. 37'') i. Beaucoup d'autres habitations du même temps rappellent celles de Pseira et de Gournia, ce qui laisserait supposer, au lieu d'une prise de possession rapide, une occupation partielle de l'île par les continentaux. Dans le troisième établissement de Phylakopi, contemporain du minoen récent, l'édifice principal, le palais du maître de la ville, est un grand mégaron sans colonnes, pareil à ceux d'Arné^. C'est à la même époque que la maison achéenne s'acclimate en Crète, à Gournia et à Haghia ïriada.

A Théra, les ruines de maisons préhistoriques qu'on a retrouvées sous la couche de ponce n'ont aucune analogie avec celles de la Grèce continentale 3. La forme carrée des salles, le groupement des bâtisses, la présence de larges fenêtres et celle, au moins une fois constatée, d'un premier étage sont autant de traits connus qui rattachent ces constructions à l'architecture Cretoise^.

Très caractéristique à cet égard est la ruine dégagée par Mamet et Gorceix au bord de la falaise d'Acrotiri^. Au fond d'une cour rectangulaire, qui rappelle bien moins Vaulé irrégulière du mégaron que la cour de la maison égyptienne, s'ouvrent deux salles mitoyennes, à peu près carrées. Les portes ne sont pas placées au centre, mais, selon la mode Cretoise, près des angles du bâtiment, et toutes deux sur le plus long côté. Dans le tracé du plan et l'arrangement intérieur, il n'a été tenu aucun compte des axes. Entre les deux pièces principales sont ménagées deux sortes d'alcôves assez larges, mais sans profondeur.

Dans une autre maison de la ville préhistorique^ le squelette de la toiture s'était en partie conservé sous la ponce. Les poutres engagées par un bout dans les murailles posaient par l'autre sur un poteau central. Relevées légèrement vers le centre par la tête

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