L'Egypte. — Souvenirs d'une architecture curviligne
Parmi les peuples de l'Est, les Égyptiens sont les premiers à considérer comme ayant eu avec les Hellènes les rapports les plus étroits. On ne met plus en doute que des relations commerciales ne se soient nouées entre les deux pays dès le second millénaire I. On a souvent supposé que directement ou indirectement l'Egypte avait transmis de très bonne heure à la Grèce des formes et des méthodes de construction. Il est certain que l'art monumental des Hellènes n'a pas été sans subir à quelque moment l'influence égyptienne. Mais il importe de préciser dans quelle mesure et à quelle époque celle-ci s'est exercée. Disons-le tout de suite, pendant toute la période primitive et archaïque nul indice ne laisse soupçonner un échange d'idées et de
I. Mallet, Les premiers établissements des Grecs en Egypte, Introd., p. li et suiv. ; De Morgan, Les premières civilisations, p. 384-
modèles architectoniques entre l'Egypte et l'Hellade. Gomme les autres peuples orientaux, dont nous parlerons plus brièvement, les Égyptiens ont donné à leur habitation, et à l'édifice qui en dérive, une forme absolument distincte de celle du mégaron, mais en revanche très analogue par certains traits à celle de la maison Cretoise.
Les plus anciens monuments de l'architecture égyptienne n'ont déjà plus rien de primitif. Ils témoignent d'un art déjà
FiG. 38.
Signe hiéroglyphique exprimant l'idée « maison ».
mûr, en possession d'une technique savante et de types développés. C'est indirectement que nous sommes renseignés sur les débuts de la construction.
Nous savons que les riverains du Nil ont d'abord édifié, comme tous les autres peuples, des habitations circulaires. La période curviligne prend certainement fin de très bonne heure, mais elle est attestée de plusieurs manières. L'alphabet hiéroglyphique dispose de plusieurs signes distincts pour exprimer l'idée maisons L'un d'eux, qui est sans doute le plus ancien, représente une cabane ronde en forme de coupole (fig. 38)^. Le bâtiment est figuré en coupe, de manière à laisser voir un pilier central fourchu qui soutient le sommet du dôme. L'usage de ce signe laisse supposer qu'à une époque postérieure à l'invention de l'écriture, les maisons rondes étaient encore au moins aussi nombreuses que celles de plan rectiligne. Pour élever ces coupoles minuscules, le limon argileux du Nil fournissait à profusion une matière excellente. 11 n'était pas besoin de façonner des briques et d'établir par assises régulières une voûte à encorbellement. D'après le schéma hiéroglyphique, il semble que la hutte ronde égyptienne avait une armature de bois ou de roseaux, soutenue par un pilier central. C'était une sorte de parasol à demi fermé, dont les branches cintrées