Ludov. <li- Dieu, op. inf. cit.. p
'j. Ed. Ludov. de Dieu, Lugduni Batav., 1649, p. 354 el suiv.
Enfin nommons encore., pour être moins incomplet dans un sujet où ou l'est nécessairement, — chez les Arméniens, l'auteur ou L'interpolateur de la Géngraphie attribuée à Moyse de Khorène [Saint-Martin, Mémoires hist'tr. et gêogr.
Cette simple énumération peut donner une idée de la diffusion de la légende d'Abgar. Cette diffusion s'explique par l'intérêt qui s'attache naturellement aux acles de la vie de Jésus-Christ, par l'admirable thème que la légende fournissait aux amateurs de merveilleux, et aussi par les circonstances qui, dans les guerres contre les Perses et les luttes du nestorianisme, attirèrent sur Édesse l'attention de l'Empire et de l'Église. La relation qui s'établit entre la résistance opposée par la ville aux efforts des Perses et la lettre de Jésus à Abgar dut en particulier avoir une influence décisive sur la diffusion de la légende dans le monde byzantin. — Mais voyons ce qu'elle nous dit des origines de l'Église d'Édesse.
£ II. — Le contenu de la légende
Les deux principaux textes de la légende d'Abgar sont celui d'Eusèbe et celui de la Doctrine d'Addaï syriaque. Entre eux seuls peut se poser la question de plus grande ancienneté, car tous les autres dérivent plus ou moins directement de l'un ou de l'autre l. C'est donc de ces deux textes uniquement que je présenterai ici l'analyse, réservant à un autre paragraphe l'indication des principales variantes et des principaux développements que les rédactions postérieures y ont apportés.
Après avoir parlé, 1. I, ch. 12 de son Histoire ecclésiastique, de quelques disciples du Sauveur, et avoir nommé Thaddée, Eusèbe revient sur ce dernier au ch. 13, et raconte ce qui suit :
sur l'Arménie, Paris, 1818, t. II, p. 369); et la Géographie attribuée à Vartan, et que Saint-Martin {op. cit., p. 406 et suiv., p. 431 et suiv.) croit être plutôt de sou disciple Pardserpertsi (fin du xme siècle) ; — et les vieilles rédactions anglaises, suédoises, allemandes, saxonnes et néerlandaises signalées par Nestlé (Theol. LiteraturzeiL, 1877, n° 4), et dont on a des spécimens dans les textes publiés par Mûller (Collect. anglo-saxon, Havuiae, 1835), et par G. Stepheus, Abgarus Legenden paa Old-Engelsk, avec une traduction anglaise, Copenhague, 1853.
1. Il y aurait peut-être une exception à faire, suivant M. Lipsius, pour le texte de la lethv d'Abgar à Tibère contenu dans le Transitas Mariw \>. J'y reviendrai plus tard.
Le bruit des miracles de Jésus se répandant partout, et attirant à Jérusalem des gens de nations étrangères et fort éloignées, Abgar ("Aêvapoç), roi des tribus placées au delà de l'Euphrate, et affligé d'une maladie incurable, lui envoya par un courrier des lettres pour le prier de venir le guérir. Jésus ne condescendit pas à sa demande, mais lui répondit par lettre (ir.'.s-z'/.r,; S'oSv kùtov ;.5(x; xaxa^ioî) qu'il lui enverrait un de ses disciples, qui, à la fois, le guérirait, et lui annoncerait la parole du salut. C'est ce qui arriva peu après. Car Jésus étant ressuscité et remonté au ciel, Thomas, l'un des Douze, par une inspiration divine, dirigea vers Édesse Thaddée (QaBSatov), un des soixante-dix disciples, et par le ministère, de ce dernier s'accomplit la promesse du Sauveur. « On a encore le témoignage écrit de ces événements, continue Eusèbe, tiré des archives (Ypa^a-rofuXaxetwv) d'Édesse, ville alors gouvernée par des rois. Là donc, dans les actes publics (Stç^cgioiç yi?-y.:;) qui contiennent les anciens faits et ceux d'Abgar, on trouve, conservés depuis lors jusqu'à présent, ceux dont nous parlons. Mais il faut entendre les lettres ellesmêmes tirées par nous (ou pour nous, ifjjjtfv àvaXr^ôeiawv) des archives (cc-b tôv àpxeuov), et [que nous avons] traduites mol à mot (xj"J.: p-^aciv) de la langue syriaque, de la manière suivante. »
Ici Eusèbe donne le texte des deux lettres, d'Abgar à Jésus, et de Jésus à Abgar.
a Copie de la lettre écrite par le toparque Abgar à Jésus, et envoyée à ce dernier par le courrier Ananias (5'.' 'Avavia -.zyyîpi\izu), à Jérusalem.
a Abgar1, toparque d'Édesse2, à Jésus, bon Sauveur, qui a paru au pays de Jérusalem, salut. J'ai ouï parler de toi, et
1. Un grand nombre de mss. et la version de Hufin présentent : Abgar Ouchamâ (Ruf. : Abgarus Urbanise filius ; quelques mss. en deux mots : o-j/ ajxa) ; la traduction syriaque d Eusèbe (Curetou, Ane. syr. doc., texte, p. 2) et la Doctrine d'Addaï offrent également celte leçon. Elle a dû se trouver dans le texte original d'Eusèbc. — Je parlerai plus loin de ce surnom d'Abgar.
2. Ce dernier mot manque dans Ilufin, la traduction syriaque et dans Ja plupart des mss.
des guérisons opérées par toi, sans remèdes et sans plantes médicales. Car, à ce que l'on dit, tu fais voir les aveugles, marcher les boiteux, tu purifies les lépreux, tu chasses les esprits impurs et les démons, tu guéris les maladies invétérées, et tu ressuscites les morts. Apprenant donc tout cela de toi, je me suis mis dans l'esprit que de deux choses l'une, ou tu es Dieu (s ôsoç) qui, descendu du ciel, fais ces choses, ou bien tu es le fils de Dieu (î) utoç et wu 8sou) qui opères ces [merveilles]. C'est pourquoi donc je t'ai écrit, pour te prier de [prendre la peine de] venir vers moi, et de guérir le mal dont je souffre. Car j'ai appris que les Juifs encore murmurent contre toi et veulent te faire du mal. Je possède une ville très petite, [c'est vrai,] mais belle, qui suffira pour tous deux l.
« Réponse de Jésus, par [V intermédiaire du] courrier Ananias au toparque Abgar.
« Heureux [es-tu] d'avoir cru (Maxapioç S wiorefaoç}1 en moi sans m'avoir vu. Car il est écrit de moi que ceux qui m'auront vu ne croiront point en moi, afin que (x» ;.'va) ceux qui ne m'auront point vu croient et vivent. Quant à ce que tu m'as écrit de venir à toi, il faut que j'accomplisse [d'abord] ici tout ce pour quoi j'ai été envoyé, et après l'avoir accompli, que je remonte ainsi vers celui qui m'a envoyé. Et après y être remonté, je t'enverrai un de mes disciples, afin qu'il guérisse ton mal, et te procure la vie à loi et aux tiens (coi xal --J.;
(7UV ffOl). »
« Ces lettres, ajoute Eusèbe, étaient accompagnées (tocu™ gj7?;"s) de ce qui suit, aussi en syriaque » ; et il continue son récit que j'analyse. Après l'ascension du Sauveur, Judas, appelé aussi Thomas3, envoie donc vers Abgar Thaddée, un des soixante-dix disciples. Celui-ci, arrivé à Édesse, loge d'abord chez Tobie, fils de Tobie, et commence à guérir les
1. Ici se place, dans l'édition de Valois, une transition qui n'est point d'Eusèbe.