The Doct. of Add., trad., p. 50, note
6. V. Nôldeke, Liter. Centralbl., 1876, n° 29, p. 938; Nestlé, Tlieoloçj. Literatuvzeit., 1876, n° 25, p. 644.
7. Ane. syr. duc, trad., p. 13. Les Actes de Barsamyâ n'eu parlent pas.
150 ou 100, c'est-à-dire à l'époque précise à laquelle l'histoire bien authentique nous prouve l'existence d'une chrétienté dans l'Osrhoène, 120 ou 130 ans plus tard que ne le suppose la légende.
La venue d'Addaï à Édesse immédiatement après l'Ascension du Sauveur et la qualité de disciple qu'on lui donne sont donc une fiction, aussi bien que la correspondance d'Abgar et de Jésus.
On objectera peut-être à cette conclusion que la liste épiscopale sur laquelle nous nous appuyons a des lacunes, et qu'il faut introduire de nouveaux noms entre Addaï et Palout, ou entre Palout et Barsamyâ. — L'objection est absolument gratuite. Si les auteurs de la Doctrine d'Addaï et des Actes de Barsamyâ avaient connu ces noms, ils les auraient signalés. La tradition édessénienne affirme que Palout est contemporain de Sérapion d'Antioche, et Barsamyâ contemporain de Fabien de Rome ; mais elle n'affirme pas moins énergiquement (et ce second témoignage est peut-être plus ancien que le premier) que Palout est le disciple d'Addaï, et Barsamyâ le disciple de Palout '. Il faut renoncer à un système de défense qui ne se fonde sur rien.
11 faut renoncer, par conséquent, aussi à trouver une Église organisée dans l'Osrhoène avant le milieu du nc siècle. L'histoire, en nous apprenant l'existence certaine de cette Église vers l'an 170 environ, ne nous interdisait pas de remonter plus haut par des inductions solides, et de rechercher l'origine de cette chrétienté au commencement dunc'et même dans la seconde moitié du r1 siècle. Ces inductions trouvaient une base dans les conditions spéciales du pays. Édesse était un point avantageux, qui devait naturellement attirer l'attention des missionnaires chrétiens. Elle ouvrait à
1. Ane syr. doc, trad., p. 13. Dans la Doctrine des Apôtres (Ane. syr doc, trad., p. 34), Aggaï est bien aussi le disciple d'Addaï ; dans l'addition à la Doctrine d Addaï (trad., p. 50), Palout est bien le successeur immédiat d'Aggaï ; et dans ce même document (trad., p. 33), connue dans les Actes de Scharbil Inc. syr. doc, p. 431, Barsamyâ est bien le disciple et, l'on peut ajouter, le second successeur de Palout.
leur prédication la haute Mésopotamie, comme Alexandrie ouvrait l'Egypte. On y rencontrait à la fois l'élément grec et l'élément barbare; sa langue était à peu près celle des apôtres ; et enfin la présence, dans cette ville, de Juifs nombreux, si elle pouvait apporter de sérieux obstacles aux progrès de l'Évangile, pouvait aussi les favoriser, en permettant aux nouveaux chrétiens de se dissimuler quelque temps dans leurs rangs1. — Ces considérations et d'autres encore étaient de nature, je le répète, à nous faire admettre l'existence probable d'une Église organisée à Édesse bien avant le milieu du second siècle. L'étude de la légende vient renverser celte induction. Le commencement vrai de l'épiscopat d'Addaï se place précisément vers le milieu du second siècle', et Addaï est bien, la tradition édessénienne tout entière l'affirme, le premier apôtre d'Édesse. 11 tient dans la liste épiscopale le premier rang : avant lui , on ne connaît que Jésus-Christ et l'apôtre saint Thomas : des cent vingt ans qui l'en séparent on n'a conservé aucun souvenir, aucun nom. — Bien plus, l'infidélité du fils d'Abgar, meurtrier d'Aggaï, n'est-elle pas un souvenir de l'infidélité même de sa capitale? Les Actes de Scharbîl supposent que le paganisme y était encore, sous Trajan et Abgar VII (108-1 15), la religion officielle. 11 y a donc eu, d'après la légende, une interruption dans la vie chrétienne delà ville. La légende ne pouvait éviter cet aveu. Une fois, en effet, Addaï et Aggaï rattachés aux apôtres, le vide qui existait avant eux se retrouvait de nouveau. On le constate à demi, en faisant des successeurs d'Abgar le Noir des païens, et en supposant que, pendant ce temps, l'Église chrétienne a continué de vivre, entourée de la persécution. Mais le souvenir de Palout est trop intimement lié à celui de Sérapion. L'hiatus réapparaît : on a bien pu le rapprocher de quarante ans : on n'a pu le supprimer.
1. La présence du juif Tobie de Palestine dans la Doctrine d'Addaï est ici caractéristique.