Ane syr. doc, trad., p. il et suiv
Loin donc de nous faire remonter dans l'antiquité plus haut que l'histoire, la légende nous ferme plutôt le chemin de ce côté. — Mais, au moins, nous donne-t-elle dans Addaï, Aggaï et Palout des personnages réels, et ont-ils été vraiment les trois premiers évêques d'Edesse?
Le caractère historique de Palout ne fait pas de difficulté : il ressort suffisamment de ce qui a été dit plus haut. Pour les autres, c'est différent : M. Lipsius n'admet pas qu'ils aient jamais eu la dignité qu'on leur prête, ni même qu'ils aient jamais existé : Palout est le premier évoque d'Edesse ; Addaï et Aggaï ne sont qu'une fiction l.
Cette façon de traiter la légende me semble un peu radicale. Je suis porté, en ce qui me concerne, à regarder Addaï et Aggaï comme des personnages aussi réels que Palout, comme ses deux prédécesseurs sur le siège métropolitain de l'Osrhoène. — C'est ce qu'il faut établir.
Commençons par Aggaï.
Il est bien remarquable d'abord que son souvenir est localisé en un endroit très-précis. A la fin du iv" siècle ou au commencement du vr, quand s'écrivait la Doctrine dAddài, on montrait son tombeau « à l'intérieur de la porte du milieu de r église, entre les hommes et les femmes' ». Voilà un de ces détails que l'imagination n'invente guère : M. Zahn observe d'ailleurs 3 que toute celte histoire d'Aggaï porte un cachet prosaïque mal en rapport avec une création de pure fantaisie. — Ensuite, on peut demander s'il n'est pas vraisemblable qu'il y ait eu, avant Palout, un évoque à Édesse. Celuici, nous l'avons vu, était contemporain de Sôrapion. S'il a été réellement consacré par lui, il n'a pu gouverner cette Église avant 190. Le fait qu'il a eu pour second successeur
1. Die Edess. Abgs., p. 9; Die apocryph. Apostelgesch., II, 2e part., p. 19S et suiv. Dans son article Thadd.eus (Dict. of christ, biog., IV, p. 880), M. Lipsius admet cependant qu'Aggaï a peut-être été non pas le premier évèquc, mais le premier missionnaire d'Edesse. — M. Zahn, au contraire, croit au caractère historique des deux personnages {Tat. Diat., p. 381 et suiv.).