‹ Les origines de l'Église de Paris [microform]; établissement du christianisme dans les gaules; Saint Denys de ParisChapitre 3 sur 48 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

JLa. ppédicntion de l'Évangile dans les Gaules n'a pas, au premiei* siècle, été signalée par l'établissement d'une Église à Hiutèee, eliez les Parisiens.

Dieu, qui ne fait rien à la légère, a, dit Bossuet, ses vues marquées sur les hommes et sur les peuples; il entrait tlans les desseins de la sagesse éternelle de disposer en Gaule, comme partout ailleurs, au moyen de la domination romaine, des voies mieux ouvertes à l'établissement et à la propagation de la foi chrétienne. Si l'aspect physique des nouvelles provinces récemment annexées à l'empire par Jules César ne s'était pas profondément modifié, si les différents peuples de la Gaule avaient conservé leurs habitudes de vie solitaire, égoïste, indépendante-, si les institutions politiques et religieuses denos ancêtres étaient demeurées telles que nous les présentent les écrivains latins, serait-il téméraire de croire que la prédication de l'Évangile, dépourvue de tout secours humain, eût rencontré des obstacles bien difficiles à surmonter? Sans doute la parole de Dieu n'est pas enchaînée; mais le champ du père de famille est vaste comme le monde; et si le divin laboureur jette sa semence en son temps, n' appelle- t-il pas aussi les ouvriers à son heure? Notre pays eut son tour. Auparavant, il fallait préparer le sol, qui devait bientôt, sous l'action fécondante de la grâce, se couvrir d'une magnifique moisson

— sodé fleurs et de fruits. C'était là l'œuvre de la conquête, et chacun la voyait s'accomplir. Détruire le pouvoir des druides, renverser leur puissant institut ; abolir les sacrifices humains; enserrer mille peuples divers dans les mailles d'une organisation qui les enchaînât par des relations nécessaires et multiples ; fonder des centres de i-éunion pour faciliter le commerce des hommes et développer le mouvement des affaires; soumettre des esprits fiers et ombrageux à des règles d'un droit moins arbitraire, plus sûr (!t plus équitable ; percer des routes de communication à travers les bois et les marais, afin de relier en un seul faisceau les villes, les peuples et les provinces : telle fut la mission des Romains dans les Gaules avant l'établissement du christianisme; et pour la mener à bonne fin, ils avaient reçu du ciel la force et la patience, deux auxiliaires qui ne manquèrent jamais d'assurer le succès de leuz'S entreprises. Instrument aussi puissant que docile entre les mains de Dieu, le peuple-roi servait sans le savoir une cause dont il . se montrait le j)lus cruel ennemi.

De plus, la bonne volonté des nations conquises vint encore seconder les vues de la Providence ; « car, dit M. Thierry (1), la Gaule, une fois qu'elle eut accepté sa destinée, travailla à devenir promplement romaine. Quelques monuments encore debout et des débris sans nombre qu'on peut rapporter au premier et au second siècle de notre ère, témoignent de l'ardeur avec laquelle les têtes et les bras s'appliquèi*ent à cette œuvre de transformation. » Ainsi dirigée par un concours de circonstances toutes favorables, l'action des Romains dans les Gaules ne s'arrêta

(i) Am. Thierry, Eist. de la Gaule, \. I, cb. 1.

pas au monde matériel; elle s'étendit principalement sur les intelligences. La connaissance seule de la langue latine avec sa littérature, sa susbtitution à tout autre idiome dans les actes de la vie civile, puis son usage ordinaire, qui finit par prévaloir, au moins dans les cités, aurait suffi pour ménager peu à peu dans l'esprit des Gaulois un libre accès à la parole de Dieu. Car, on l'a souvent remarqué, la diversité du langage est sans contredit l'une des difficultés les plus sérieuses qui viennent, en pays étranger, paralyser le dévouement dé l'apôtre chrétien. Ce n'est pas assez du temps et de la patience qu'exige de lui l'étude des éléments d'une langue qu'il n'arrive à grand'peine qu'à bégayer, mais encore en quels efforts, trop souvent stériles, ne doit-il pas se consumer pour (aire concevoir à ses néophytes les notions premières d'une l'eligion toute spirituelle, aux dogmes abstraits et mystérieux auxquels rien ne répond dans leur idiome ?

Néanmoins, nous trouvons dans la plupart des Eglises, et surtout dans celles des Gaules, des croyances qui tendent à rapporter leur fondation aux apôtres eux-mêmes, ou du moins à leurs successeurs immédiats. Ces traditions, si nous en exceptons quelques-unes dont se glorifie ajuste titre la Narbonnaise, ne sont malheureusement fondées que sur des documents d'une antiquité relative ou bien d'une authenticité plus que douteuse ; il en est qui reposent sur des actes écrits à la vérité dans des temps reculés, mais modifiés de la façon la plus étrange, interpolés par des mains des plus maladroites ; quelques-unes ne doivent leur existence qu'à des légendes populaires inspirées trop souvent par le désir de rendre son saint plus illustre et

ses autels plus vénérables par droit d'ancienneté. Pour peu que lacritique s'arrête un moment à faire passer ces origines par l'épreuve d'un examen attentif, elle constate sans peine que l'empressement avec lequel ces diverses

croyances ont été acceptées fut plutôt l'effet d'un senti-

ment pieux que le résultat d'une connaissance historique affermie sur des données sérieuses.

Nous aimons à le reconnaître, ce mouvement procède d'un excellent principe; il a sa racine dans le profond respect dont nous environnons tout ce qui rayonne directement des apôtres. Sans doute, quelle que soit l'époque à laquelle un peuple est appelé à la connaissance de l'Évangile, ce don précieux a toujours la même valeur intrinsèque, et les Églises qui se fondent de nos jours, presque sous nos yeux, n'en sont pas moins apostoliques, fermement établies sur le roc de l'unité catholique, en communion avec Rome, et vraiment rattachées par des liens indissolubles au principe même du salut; chacun sait cela. Cependant, lorsqu'une Église, remontant le cours des âges par une suite non interrompue d' évoques, peut relier le premier anneau de cette longue chaîne au pied de l'arbre de la croix par un des témoins oculaires de Tœuvre de notre rédemption, n'a-t-elle pas le droit de s'honorer de ces origines, et ne lui est-il pas permis de s'enorgueillir de son antiquité, la plus auguste assurément et la plus glorieuse? C'est là une noblesse que la religion a bénie, que les siècles ont consacrée, et qui ne ressemble en rien à celle qu'il est facile aux rois de conférer en un instant par des titres, des décrets ou des chartes. Nous ne nous étonnons donc nullement du respect qui protège ces souve-

nirs, de raOection qui les enveloppe, du zèle ardent qui les défend et qui s'attache à les maintenir, alors même qu'ils ne sont pas fondés sur des monuments d'une autorité incontestable.

Un grand nombre de nos Églises revendiquent chacune pour soi ces illustres origines. Il ne nous paraît pas indifférent d'en dresser ici le tableau, avec le nom des apôtres que l'on présente, au premier siècle de notre ère, comme les fondateurs du christianisme sur tous les points à la fois des quatre provinces des Gaules (1).

GADLE NAUBONNAISE.

Marseille. — Saint Lazare, l'hôte et l'ami de Notre -Seigneur.

Arles. — Saint Trophime, des soixante-douze disciples, envoyé dans cette ville par saint Paul.

Aix. — Saint Maximin, des soixante-douze disciples.

ïarascon. — Saint Maximin, aidé de sainte Marthe et de sainte Marie-Madeleine.

Fréjus. — Saint Maximin.

Gap. — Saint iVIaximin.

Vienne. — Saint Crescent, disciple de saint Paul, accompagné de Zacharie et de Martin, ses successeurs. Le premier aurait apporté la nappe qui servit à la cène, le second aurait été témoin de la passion du Sauveur.

(l) Pour composer ciHte liste, nous avons recueilli les dillérentes traditions rapportées par les BoUandisles; par Longueval, Hist. de l'Eglise gallicane, t. 1, 1. i ; par Severlius, Chronol. hist. Lugdun. , et par les histoires particulières.

Narbonne. — Le proconsul Sergius Paulus, converti par l'apôtre' saint Paul.

Avignon. — Saint Rufus, fils de Simon le Cyrénéen.

Orange. — Saint Eutrope, Égyptien d'origine, des soixante-douze disciples.

Tricastinum (Saint-Paul-Trois-Châteaux) . — Saint Restitut, l'aveugle-né.

Toulouse. — Saint Saturnin, des soixante-douze disciples, envoyé par saint Pierre.

Béziers. — Saint Aphrodise ou Afradoce, l'Égyptien qui donna pendant sept ans l'hospitalité à la sainte Famille, et qui devint disciple de saint Pierre.

Apt. — Saint Auspicius, disciple de saint Pierre.

Lodève. — Saint Flour, des soixante -douze disciples.

Saint-Papoul. — Saint Papoul, disciple de saint Pierre.

La partie de la Narbonnaise qui comprend le Roussillonavec Perpignan, et s'étend au pied des Pyrénées, aurait été évangélisée par saint Paul allant en Espagne.

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