Shiri
La grande niche du musée de Gizeh dont on trouve une photographie dans Maspero, Guide du visiteur (1883), planches (cf. p. 213), Maspero, Histoire, I, p. 237 et Woermann, Geschichte derKunst, 1, p. 114, et une reproduction en dessins dans Mastaba, p. 92-94, apparaît au premier coup d'œil comme incomplète en ce qu'elle est privée du tableau carré avec représentation du repas funéraire qui surmontait obligatoirement le linteau droit. Or, la niche de Gizeh se compose de trois blocs superposés à joints horizontaux : le bloc inférieur, le plus volumineux, a fourni toute la hauteur de la fausse porte, le deuxième, celle de l'énormetambour cylindrique, le troisième enfin, de dimensions plus modestes, seulement le linteau. Au-dessus encore, les blocs du registre du tableau carré existaient bien primitivement, mais ils n'étaient déjà plus en place au temps de Mariette. Ils ne sont pas perdus cependant; enlevés à une époque fort ancienne, dans le courant du XVIP siècle, de nombreux fragments du tombeau sont aujourd'hui dispersés dans plusieurs collections européennes', et deux tableaux carrés^ en particulier, un à
1. A Oxford, Florence et Aix-en-Proveuce, comme nous allons voir.
DE ZOSIH A SNOFKOr 331
Oxford et un à Florence, peuvent se disputer la prérogative d'avoir surmonté la niche du Caire. Les chances sont en faveur du tableau d'Oxford', parce que son état de conservation est aussi beau que celui de la niche. C'est une admirable stèle de l"',oO de largeur, qui reposait en partie, de chaque côté, sur les maçonneries encadrant la niche, large seulement de 0"s95 ; mais le tableau carré proprement dit n'occupe de cette largeur qu'environ 0™,80; le reste, soit 0"',25 de part et d'autre, sur la hauteur totale du bloc qui est de0'°,60, porte un décor en façade de maison complète, avec les encadrements, les larges rainures et les ornements en fleurs de lotus nouées dont nous avons signalé les particularités plus haut. Quant au tableau lui-même, il est très simplement composé, avec Shiri et sa femme Khentikati, bien connus par les inscriptions de la niche, assis vis à vis l'un de l'autre de chaque côté de la table et au-dessus d'eux, les courtes légendes que nous sommes habitués à voir à cette place, sur une même ligne horizontale, orientées en sens opposés à partir du milieu et séparées par un trait vertical.
Le tableau carré de Florence* est très analogue à celui d'Oxford, de même hauteur (0™,54) mais de largeur moindre (0™,55 au lieu de 0™,80) ; la pierre, très détériorée, ne porte que le tableau carré lui-même, et s'il y avait à droite et à gauche, comme pour le tableau d'Oxford, des panneaux décorés en façade d'édifice, ils couvraient des blocs séparés que nous n'avons plus. La composition est exactement la môme que dans l'autre cas, mais les légendes un peu plus sommaires; les légendes divergentes de la ligne horizontale supérieure sont disposées et séparées tout à fait de même.
Bibliogr. réunie dans Maspero, Histoire, I, p. 236, n. 3. Pour l'époque de la première démolitiou du tombeau, v. le mémoire de Devéria dont nous parlerons un peu plus loin, Bihl, égyptologique, IV, p. 226-227.
1. Mannorn Oxoniensia, 1763, Ile partie, pi. I, n° 5 (rapporté d'Egypte et donné par Robert Huntinglon en 1683); Lepsius', Auswahl, pi. IX.
2. Berend, Principaux monuments du Musée Egyptien de Florence, p. 61 (n°2554); Schiaparelli, Museo archeologico di Firenze, p. 230-232; Phot. Pétrie, Turin Séries, n° 1,
332 11= ET Ille DYNASTIES ÉGYPTIENNES
L'existence de ce second tableau carré démontre que le tombeau possédait au moins une deuxième niche, probablement plus détériorée que celle du Caire. Ce n'est toutefois pas à cette autre niche, mais à quelque portion des parois courantes de la chambre qu'il faut attribuer le fragment de tableau, en deux dalles verticales contiguës, que possède le musée d'Aix-en-Provence et dont nous avons à parleren dernier lieu. Devéria et Wiedemann ' décrivent le monument d'une manière quelque peu différente, et l'on serait assez embarrassé pour se le représenter si l'on n'avait pas les anciens et très mauvais dessins de Millin en 1808*; disons simplement ici qu'on y voit reparaître les noms et titres caractéristiques de Shiri et de plusieurs de ses descendants.
De cette description résultent les données suivantes relatives aux caractéristiques d'époque définies plus haut:
Plan. Il y avait une chambre en pierre entièrement décorée, et dans la grande paroi du fond, deux niches complètes avec tableau supérieur. On n'a pas le droit d'affirmer qu'il n'y avait pas plus de deux niches, mais cela paraît probable.
Ornementation. A droite et à gauche du mieux conservé des deux tableaux carrés, panneaux en façade de maison, décor habituel, comme nous savons, au temps du règne de Khephren. Remarquer, d'ailleurs, l'analogie particulière qu'il y a entre le registre de ce tableau carré et le registre correspondant de la grande niche de Teti que donne Auswahl, YIU : ce dernier monument est un des plus nette-
1. Devéria, Monuments Egyptiens du Musée d'^/.r, dans Gibert, Catalogue général du Musée d'Aix, p. 7-8, nos 1-2; réimprimé dans Devéria, OEuvres diverses^ ï (6//;/. égyptologirjue, IV), p. 225-227. — Wiedemann, On a monument of the First Dynasties, dans Proc. S. B. J,, IX, p. 180-
2. Millin, Voyage dans les Départements du Midi etc., Atlas, pi. XLV; cf. t. III, p. 347-348. Wiedemann (v. note précédente) a trouvé des dessins de Devéria au Louvre, et Devéria, dans le catalogue précité du musée d'Aix, cite toute une série de dessins anciens qui se trouveraient au département des estampes, à la Bibl. nationale; mais les cotes indiquées par Devéria sont fausses.
bE ZOSIU A SNOFROU 333
ment datés de tous ceux qu'on possède de l'épo(|ue de Khephren.
Tableau carré. Il suffira de se reporter à ce qu'on a vu, plus haut, de la composition de ce tableau et de son évolution, pour se rendre compte que nous avons ici tous les caractères de l'époque de Khephren. Les tableaux les plus analogues sont chez le Teti précité à'Auswahl^ VIII (Khephren), et, peu de temps auparavant, chez Tenti de Saqqarah, Mastaba, p. 88-89.
Conclusion : Shiri appartient au règne de Khephren. Il n'arien de commun, quoique la mention du culte de Sendi dans ses inscriptions ait pu faire croire, ni avec la 11^ dynastie, ni même avec la III®. On le placera, d'ailleurs, tout au début de Kephren, le plus près possible de la belle période épigraphique qui précède, parce que la facture de ses basreliefs, l'attitude des personnages, la beauté et la régularité des hiéroglyphes tendent à apparenter son tombeau avec ceux de la fin de la période de Meïdoiim et celui de Merab, au temps de Kheops.