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CHAPITRE V Les édifices

Au cours des chapitres qui précèdent nous avons été conduits, de plus en plus fréquemment, à introduire des considérations de technique architecturale dans les questions de classification historique, et cela, principalement à partir du moment où les empreintes de cylindres cessant de se rencontrer dans le tombeau, à la fin de l'époque de Noutirkha-Zosir, il nous fallut suppléer par la continuité de la série des édifices au manque de relations évidentes entre les inscriptions des derniers cylindres et les inscriptions des premières chapelles. Nous avons enregistré de la sorte, aux §§ I, IV et V du précédent chapitre, des notions déjà étendues sur la configuration des tombeaux de la plus ancienne époque memphite (postérieurement à Noutirkha) et du début de la IV*" dynastie. Il s'agit maintenant de reprendre cet examen d'une manière spéciale, en co,mplétant les renseignements acquis et les étendant dans la direction de l'amont, de manière, à obtenir un tableau de la naissance du tombeau égyptien et de son développement continu jusqu'aux types classiques du mastaba memphite tout en pierre.

Les tombeaux ordinaires ne sont point d'ailleurs les seuls édifices qui nous restent des périodes les plus lointaines ; nous avons encore les pyramides royales, celles de Snofrou à Meidoumet Noutirkha-Zosir à Saqqarah, et plus haut, des temples, notamment ceux d'Abydos et d'Hierakonpolis, qui remontent aux premiers temps de la période pharaonique. L'étude de ces derniers édifices, toutefois,

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sort en grande partie du domaine chronologique que nous avons à explorer ici, et sera plus à sa place lorsqu'on s'occupera de l'histoire des deux premiers groupes royaux [V^ dynastie) et de la période antérieure; nous ne dirons donc rien des temples, moins instructifs d'ailleurs que les tombeaux et plus difficiles à expliquer dans leurs détails parce que l'œuvre de toutes les époques s'y superpose et tend à se confondre. Par contre, nous ne pourrons nous dispenser d'étudier les pyramides, principalement celle de Noutirkha-Zosir, dont la construction a présenté jusqu'ici, dans la disposition générale et dans les détails, tant de choses imparfaitement expliquées, et sur laquelle l'organisation des tombeaux contemporains va nous permettre de projeter quelque lumière.

Les Tombeaux.

A. — Période des chambres à toiture plate en charpente recouverte de terre ou de maçonnerie.

Les origines du tombeau cubique en briques sèches de la période thinite apparaissent lorsqu'on étudie les diverses formes de tombeau et de sépulture fournies, aux époques préhistorique, « prépharaonique » et « protopharaonique», par certaines nécropoles, notamment par celles de Kawâmil et de El Amrah*. Le type le plus ancien auquel on remonte consiste simplement en une cavité de plan arrondi, puis ovale, puis rectangulaire, creusée dans le sol pour recevoir le corps du défunt pourvu de quelques ustensiles et objets divers. Dans un premier stade, le trou creusé dans le sol est comblé ; ensuite, on imagine de disposer la cavité rectangulaire pour durer et de la couvrir d'une sorte de toiture à fleur de sol ; dès ce moment, le mort a une

1. R. Maciver, El Amrah, p. 11-12 ; cf. Garstang, Tliird Dynasty, p. 45-46,

chambre, et comme dans beaucoup de cas le terrain naturel n'a pas assez de résistance pour que des parois verticales y puissent se maintenir sans revêtement, on les protège au moyen d'un parement périphérique en briques crues.

En vertu de la loi générale de persistance des formes, ces divers types très simples se rencontrent en grand nombre aux temps ou des tombeaux plus déve-loppés ont déjà pris naissance, et nous aurons à y revenir, lorsque nous décrirons plus loin, avec Garstang, la nécropole de Reqaqnah-nord. Pour le moment, il suffira de remarquer qu'une fois réalisé le principe de ce caveau, il ne dut pas tarder à s'agrandir en plan et en profondeur de manière à s'approcher des dimensions des chambres habitées par les vivants; qu'il prenne un peu plus d'ampleur encore et qu'à l'édifice construit en excavation on ajoute une superstructure visible au-dessus de la surface du sol, nous aurons alors, sous sa forme la plus simple, le t3'pe du tombeau de la « P'^ dynastie ». Dès l'époque pharaonique la plus ancienne, ce type se manifeste à nous dans un état de développement déjà très avancé, au double point de vue de la construction proprement dite et de l'art du décor; on le veiTa dans un instant par les monuments d'Ahou à Negadah et de Zet à Nezlet Batran; mais il convient d'étudier d'abord l'édifice à l'état simple, d'après les spécimens nombreux fournis par la nécropole thinite d'Abydos et par celle, découverte en dernier lieu, de Naga ed Dèr.

Dans la nécropole d'Abydos, bien connue depuis les fouilles de Pétrie (plans d'ensemble dans RT I, LIX et, meilleur et plus complet, RT 11, LVIll), voici d'abord le quartier B (plan spécial, RT II, LIX), qu'on peut attribuer tout entier aux deux premiers rois du premier groupe, Ahou-Menes et Narou-Mer. Trois tombes, ali<2:nées à l'extrémité sud-ouest, sont plus vastes que les autres : blocs rectangulaires d'une dizaine de mètres de longueur sur six de large, murs de 2 mètres d'épaisseur; on manque de renseignements sur la position en hauteur du sol extérieur primitif par rapport au fond de la chambre; Pétrie

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n'indique {RTU, p. 7 8) que la profondeur totale jusqu'à la crête de ce qui reste des murs, en moyenne 4 mètres. Des renseignements plus complets sur le profil résultent de l'examen des édifices analogues mis à jour à Naga ed Dêr, parmi beaucoup d'autres, par Reisner'. Ce sont de petites chambres moins importantes que celles d'Abydos qu'on vient de décrire, et dont l'une, par exemple, 1501 de la nomenclature de Reisner, longue de 1",50 sur 0™,75 de large, a des murs épais de 0™,40, une hauteur de 1 m. sous toiture, cette toiture étant constituée par des madriers recouverts d'une couche de 0™,70 de briques dont la surface supérieure affleure le sol naturel ; toutes ces chambres sont entièrement en excavation avec leurs toitures-, A Naga ed Dêr, ce type de tombeau se maintient sans doute jusqu'à la « 11'^ dynastie' »; il est, en tout cas, celui du tombeau 1604, où fut trouvé un cylindre du temps de THorus Den*.

Le poids énorme des briques qui chargeaient la toiture en rondins ou en madriers condamnait cette couverture à une destruction rapide, et rendait très vicieux un système de construction qui devait être seul employé jusque vers le règne de FHorus Qa. On comprend que partout à Abydos, sauf dans la grande tombe du temps de Zet dont nous parlerons tout à Iheure^ la partie supérieure de l'édifice ait complètement disparu, et l'on admire qu'à Naga ed Dêr on puisse en retrouver des traces. Notons immédiatement l'existence, à Naga ed Dêr, de tombes contemporaines de celles du type précédent (d'Ahou à Zet), très analogues à elles par l'épaisseur des maçonne-

1. George A. Reisner, The Early dynastie cinieteries of Naga ed Dêr, part I, 1898, Uiiiversity of California Publications, Egyptian archaeology, vol. II (publ. eu 1908).

2. Reisner, ih., p. 15-23; les spécimens les plus caractéristiques sont 1531, p. 16, 16'+7, p. 19, et 1501, p. 22.

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