CHAPITRE IV
Inscriptions non datées (statues et tombeaux) de l'époque comprise
ENTRE LA FIN DU QUATRIÈME GROUPE (nOUTIRKHA-SANAKHt) ET LE DÉBUT DE LA IV® DYNASTIE.
liiiniédiatement après l'époque des tombeaux de Bèt Khallâf, qui est celle des Horus Noutirkha et Sanakht, des modifications importantes se produisent dans les usages de la sépulture. Non que l'on constate aucun trouble dans l'évolution architecturale du tombeau, qui se poursuit dans le sens d'une séparation de plus en plus complète des chambres souterraines inaccessibles et de l'édifice supérieur spécialement réservé au culte funéraire; mais dans les chambres souterraires de ces tombeaux on cesse, à un moment donné, de déposer des offrandes effectives dans des jarres à bouchons coniques revêtus d'empreintes de cylindres, de sorte que brusquement, les documents que constituent ces empreintes viennent à nous faire défaut. Les derniers cylindres de provenance funéraire que nous possédons sont, comme on Ta dit en résumé au début du précédent chapitre, des règnes de Noutirkha et Sanakht; postérieurement, on rencontre bien encore des bouchons avec empreintes, mais en petit nombre, et seulement sur les sites des temples de cette époque ; on trouve réunies là des empreintes aux noms de Khasekhmoui, de Noutirkha, d'un Horus Khaba encore mal connu qui est sans doute le prédécesseur de Nibmat-Snofrou, de Snofrou lui-même et de plusieurs rois de la période memphite.
La disposition des empreintes de cylindres des tombeaux ouvre une période de documentation épigraphique très
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réduite, au cours de laquelle le tombeau donne l'impression d'avoir été, avec tout le mobilier qu'il renfermait, anépigraphe. En réalité, c'est tout le contraire qui avait lieu. La suppression des oil'randes effectives n'est ex{)licable qu'en admettant qu'à cette époque on commençait à remplacer, dans le tombeau, l'objet ofl'ert par son image, par son nom inscrit sur les parois de l'édifice; et en eltet, nous savons que les parements des superstructures de briques, à partir du moment qui suit l'époque de Bôt-Khallâf, étaient crépis en blanc et portaient des inscriptions en peinture sur l'enduit*. Ce dernier, malheureusement, est tombé partout, et la tombe est devenue muette : elle ne commence à conserver ses inscriptions architecturales qu'un peu plus tard, lorsqu'elles prennent la forme de basreliefs sculptés dans un coin de l'édifice aménagé de manière à les recevoir, une chapelle en matériaux résistants encastrée dans la masse de la maçonnerie de briques. Cette chapelle n'est pas arrivée du premier coup à être la belle chambre en pierre qui s'ouvj-e au flanc des mastaba de Meïdoum et d'Abousir, à la fin du règne de Snofrou et sous celui de Kheops. Il y eut d'abord, au flanc du tombeau, un simple retrait ménagé dans le parement de brique, une sorte de niche dérivée, par amplification, des rainures verticales en plan indenté auxquelles l'emploi de la brique se prête bien et qui décoraient, dans nombre de cas, les grandes faces massives des tombeaux thinites; puis le retrait devint une chambre, par étranglement de l'accès en forme de porte, et c'est alors seulement qu'on s'avisa d'encastrer dans la paroi de briques, au fond de cette chambre, une stèle avec l'image, les noms et titres du défunt. La stèle funéraire inscrite était en usao-e. nous le savons, depuis les temps déjà lointains de la « I '^dynastie », mais jamais encore on ne l'avait fait entrer dans la constitution d'une architecture. Dans cette nouvelle adaptation on ne sut se servir, tout d'abord, pour les encastrer dans
1. Garslaug, The Third Ej^yplian Dynasty, p. ol el ailleurs, pour la période de Reqaqnah.
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le parement de briques, que de grands panneaux de boisj mais bientôt apparaît la stèle de pierre, qui s'amplifie ensuite de manière à couvrir toute la paroi du fond de la chambre. Celle-ci, d'autre part, n'a cessé de gagner en étendue et a reçu à un moment donné, probablement de bonne heure, une toiture : que cette toiture vienne à être faite de dalles de pierre, au-dessus desquelles la superstructure de briques pourra s'élever, et que le revêtement en pierre s'étende du fond de la chambre aux parois latérales, nous aurons alors la chapelle en pierre dont le plan s'est arrêté, à une certaine époque, à la forme symétrique d'une croix.
Cette évolution n'a pas marché avec une égale rapidité dans toutes les localités de l'Egypte, et Ton commettrait de graves erreurs si l'on voulait classer historiquement les tombeaux d'après leurs caractères architecturaux. Le développement des inscriptions, seul, fournit des caractères chronologiques généraux et permet d'affirmer, par exemple, que Khabiousokari à Saqqarah est antérieur à Nofirmat à Meïdoum. Comme le tombeau de Khabiousokari n'a encore qu'une grande stèle de pierre au fond de la niche centrale de la chambre en briques, tandis que la chambre de Nofirmat est tout en pierre, on voit qu'à Saqqarah et à Meïdoum l'évolution s'est produite de manière à peu près uniforme ; mais à côté de ce parallélisme, que d'exemples de survivances de formes anciennes, de prolongations locales, parfois isolées, à travers les types normaux d'une époque, de types architecturaux normalement disparus! C'est, à Saqqarah, la tombe à panneaux de bois de Hesi qui est contemporaine des plus anciens tombeaux à stèle de pierre; à Saqqarah encore, ce sont plusieurs tombeaux qui appartiennent à la IV *^ dynastie et présentent tous les caractères architecturaux d'une époque bien antérieure. A Reqaqnah, des tombeaux du même type que ces derniers doivent être également attribués à la IV*^ dynastie, et à cette époque, à Reqaqnah, le type normal de Saqqarah, tombeau entièrement en pierre avec chambre en pierre, est ignoré de la manière la plus complète. Il semble
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d'ailleurs que l'architecture funéraire, à Reqaqnah, a évolué avec une particulière lenteur, car un tombeau d'un très ancien type, dans cette localité, avec chambre funéraire à peine réalisée et stèle en bois, est du règne de Snofrou; il est extrêmement probable que celte chapelle rudimentaire est postérieure àdes monuments d'un développement beaucoup plus avancé, à Saqqarah et ailleurs. Aussi la classification suivante, dans laquelle nous ferons rentrer les monuments étudiés au présent chapitre, ne doit-elle être considérée, au point de vue chronologique, que comme une indication générale, avec toutes possibilités de chevauchement et de confusion locale des périodes; nous les démêlerons, lorsqu'il en sera besoin, dans chaque cas particulier :