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PÉRIODE DES CHAPELLES A FAUSSE PORTE EN BOIS

La nécropole de Reqaqnah, fouillée et minutieusement étudiée parGarstang au cours de sa campagne de 1901-1902, a fourni une série de tombes de valeur historique inestimable, en ce qu'elles prennent place immédiatement après le groupe de Bêt-Khallâf (Noutirkha et Sanakht), se laissent ranger chronologiquement avec certitude et fournissent ainsi une substance de faits à une période intermédiaire qui jusque-là, historiquement, était vide. La succession des tombes a été établie par Garstang' de telle manière

1. Tflinhs of the Third Egyptian Dynasty, 1904. La succession des monuments est basée sur les caractères archéologiques ainsi que sur les détails de position relative et les autres particularités de situation.

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qu'on ne voit rien à y reprendre ; il est même certain, comme nous le verrons un peu plus loin, qu'il n'a pas commis d'erreur en attribuant à la série entière une durée s'étendant de la IIl'^ a la V dynastie, bien que le groupe soit, au point de vue archéologique, très cohérent, très uniforme dans ses caractères, et que la dernière tombe ne soit pas très éloignée de la première au point de vue de la constitution architecturale.

Nous ferons la description et l'histoire de l'évolution de ces tombes au chapitre suivant. Il suffira ici de rappeler que la nécropole de Reqaqnah comprend en un premier groupe, celui du sud, de grandes tombes (R 1, 2, 40) du type et de l'époque même de Bêt-Khallâf, etque le groupe du nord, qui vient ensuite, comprend' trois grandes tombes rectangulaires et de nombreux tombeaux de dimensions moindres; vient d'abord, chronologiquement, le grand tombeau R 75, puis un groupe de tombes secondaires dont 88 oi!i fut trouvée la stèle de Sameri que nous allons voir, puis un autre groupe de tombes secondaires, puis la rangée oii Ton trouve les n"* 62 à 64, à chapelles ménagées dans la maçonnerie de briques : 64, tombeau de Soutenshepses, possédait une fausse porte en bois; puis le grand tombeau 50, puis enfin la grande tombe 70 qui renfermait une inscription de la IV® ou de la V*^ dynastie. Au point de vue épigraphique, il n'y a rien à trouver là, pour nous, que la stèle de Sameri et la chapelle de Soutenshepses.

Stèle de Sameri, à Reqaqaah.

Le tombeau, R 88 A, est une petite chambre rectangulaire du groupe accolé au grand tombeau R 75 et immédiatement postérieur à lui [Tliird Dynasty^ pi. XXI); la stèle en pierre, de forme rectangulaire, était debout dans un coin de la chambre (phot. pi. XXIV). Cette stèle, on le voit, n'est pas encore incorporée à la muraille comme on aura l'idée de le faire un peu plus tard; elle se rattache en

1. Plau général du groupe du nord dans Garstaug, Tîiird Dynasly, pi. XXI.

rùalitù, non à la fausse porte des chapelles dontla péi-iode va commencer, mais aux stèles isolées, en pierre^ qui se trouvaient en si grand nombre dans les cellules formant les dépendances desgrands tombeaux d'Abydos de l'époque du deuxième groupe (Den-Azab-Semerkha-Qa). Par contre, au point de vue épigraphique, c'est bien avec les monuments de la période des chapelles que la stèle de Sameri est apparentée'.

La reproduction de Garstang [loc. cit., pi. XXVII 1) montre en effet que nous avons là, grossièrement exécuté, comnie un premier essai du tableau que réalisent certains des panneaux de Hesi et celui, moins chargé d'écriture, du panneau de Merab au Louvre : le défunt debout, porteur des insignes de sa fonction, ses noms et titres au-dessus de sa tète et devant lui, une petite liste des offrandes principales.

Le personnage qui nous occupe est face adroite; l'inscription au dessus de sa tête, en signes de dimensions irrégulières et groupés comme au hazard,

donne : 4 .,„^^ ^ | ^ \ *^^ H^ « l'huissier [imkhtou?) royal, Sameri ». La petite liste d'offrandes comprend certainement, en bas, l'oie préparée et la cuisse; plus haut, les signes sont de forme très intléterminée; il

semble qu'on ait trois vases à libation suf le support, ^q, et un certain nombre de pains. On voit qu'il doit exister,

1. Pour bien constater l'analogie de disposition matérielle et la profonde dissemblance épigraphique, rapprocher la slèle de Sameri et celle de Sabouf (époque do Qa), la plus moderne de toutes celles qui sont sorties des tombeaux de Tépoque du deuxième groupe.

ailleurs que sur les plaquettes d'Abydos, peu d'exemples de listes d'offrandes plus sommaires.

Tomheau de Soutenshepses, à Reqaqnah.

Gomme on a vu d'après le résumé chronologique fait ciavant, c'est peu de temps après les tombes du groupe 88- 89 que furent construits les petits édifices delà rangée 61 62-63-64 [loc. cit.. pi, XXI), dont les trois derniers sont des mastaba pleins sans chambre intérieure, avec puits ouvrant au centre de la plate-forme. Deux d'entre eux, 62 et64, possèdent une chapelle de petite dimension, ouvrant sur la face principale par une porte étroite; le fond de la chambre de 62, en face de la porte (phot. pi. XVI), s'approfondit simplement en la forme bien connue du tracé à redans, tandis que dans la chambre de 64, au fond, la niche à redans ménagée dans la maçonnerie est remplacée par une fausse porte toute en bois, avec niche centrale (pi. XXV, XXVIII, XXIX).

Nous avons déjà observé que la niche à redans ménagée dans une façade de briques existait avant les chapelles des tombeaux 62 et 64; rapprocher notamment, de la chapelle anépigraphe de 62, la niche de la face intérieure du grand couloir de 75 (pi. XXI) et surtout celle de la façade du petit tombeau 54 (pi. XXI, XXII), toutes deux un peu antérieures. Toutes les petites lombes du groupe dont 54 fait partie avaient leur façade ornée d'une ou deux niches de ce genre, vers les extrémités; l'innovation, lors de la construction de 62 et 64, consista seulement à transformer la niche en chambre par le resserrement de l'entrée. C'était une innovation plus importante, cependant, qui était essayée au même moment dans 64 : la stèle en bois encastrée dans la paroi du fond de la chambre.

Cette niche de bois est malheureusement toute mangée des vers et si détériorée que les sculptures ont en grande partie disparu (pi. XXVIII, XXIX). Sa composition est extrêmement simple. Au fond de la niche, le défunt, représenté exactement comme sur la stèle de Sameri, debout, face à droite, en mains la massue et la grande canne ; immé-

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diatement au-dessus de sa tête, le tambour cylindrique. Ce fond de niche et le tambour qui le surmonte sont encadrés par les petits montants qui avancent fortement en avant, ainsi que le linteau qu'ils portent, et l'ensemble

des petits montants et du linteau est enchâssé, enfin , dans les grands montants qui avancent encore un peu plus. Le tout a environ 1 mètre de largeur.

Linteau, tambour et fond de niche, au-dessus de la figure debout, ne présentent plus aucun vestige d'inscriptions; celles-ci ne subsistent, en partie, que sur les montants intérieurs et extérieurs. Le nom de Soutenshepses se lit au bas

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des quatre montants; l'inscription du montant intérieur de

gauche semble donner les titres ^"^^^ \ J ^ ^^ .^^"^^^

f 1 ^^ « le préposé [au service?] d'Hâthor (?)... chci

des bestiaux ». Immédiatement au-dessus du nom propre,

aux trois autres montants, subsiste U titre f^ ou pi| i-rri' a scribe ».

La sépulture de Soutenshepses était intacte, une petite chambre où ron accédait par le puits central du tombeau à une profondeur de 4 mètres. Parmi les rares objets qui avaient été déposés avec le corps se trouvait un vase

en pierre grossièrement inscrit au nom de ^^ l^::-^ jj^, Snofrou (pi. XXV); il faut donc admettre que cette sépulture d'aspect archaïque appartient effectivement au règne de Snofrou. Cela signifie-t-il que ce règne a été assez long pour que l'évolution ultérieure des tombeaux à chapelle, jusqu'au type de Méïdoum, pût y trouver place ? Gomme on Ta indiqué plus haut, la vérité est simplement que cette évolution était considérablement retardée, à Reqaqnah, par un accident local. On s'attend bien, en effet, à ce qu'après l'expérience du tombeau de Soutenshepses, il se passe un certain temps jusqu'à ce que la coutume d'une stèle inscrite, au fond d'une chambre, soit définitivement établie, mais ce qui étonne, c'est qu'à Reqaqnah, nulle expérience du môme genre n'est plus jamais tentée. On voit tout d'abord reparaître avec persistance la niche à redans ménagée dans la façade, largementouverte en avant et sans stèle au fond. Dans la rangée dont 64 (Soutenshepses) fait partie, la tombe immédiatement postérieure et voisine, 63, est à niche simple, et la suivante, 62, à chambre avec paroi du fond en forme déniche; puis vient, dans l'ordre chronologique, la grande tombe à couloir 50, dont le mur intérieur du couloir possède une grande niche à redans, au centre, et deux petites niches de part et d'autre; puis un peu plus tard, la grande tombe 70, à double couloir, dont le plus' profond présente cette particularité que sur sa face intérieure, une niche à redans très développée et une autre

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niche moins vaste sont placées, vers les deux extrémités, vis-à-vis des deux entrées, et que le long du même parement de maçonnerie sont encore réparties cinq autres petites niches à simple tracé rectangulaire. Rien, comme on voit, dans ces grandes tombes 50 et 70, qui rappelle en aucune manière les chapelles décorées de l'époque memphite* ; et l'on a tendance, au premier coup d'œil, à considérer comme invraisemblable l'appréciation de Garstang qui place la plus récente, 70, au temps de la V dynastie, sur la foi d\in montant inscrit de cette époque qui se trouvait dans une des entrées de la tombe. Que cette attribution chronologique, cependant, soit exacte, cela est entièrement confirmé par l'existence de plusieurs tombes du même type architectural à Saqqarah, où certaines, nettement datées par leurs inscriptions, possèdent encore une simple stèle en bois au fond de la chambre. C'est ce dont il importe de nous assurer avant d'aller plus loin.

Tombeaux de Sitou et de Khouni, à Saqqarali (IV^^ dyn.).

Le tombeau de Sitou, grand édifice entièrement bâti en hviques {Mastaba, p. 97-98), présente avec ceux du groupe de Reqaqnah cette analogie frappante que les réduits intérieurs s'ouvrent sur un long couloir parallèle à la façade principale, et comme on le verra plus en détail au chapitre suivant, les dimensions transversales du couloir et du mur en avant sont les mêmes dans ces divers édifices. Chez Sitou, cependant, le plan s'approche déjà beaucoup plus de ceux des mastaba memphites ordinaires, car au lieu de simples niches en redans s'ouvrent sur le couloir une petite chambre à entrée étranglée, à un bout, etau milieu, au centre d'une petite façade légèrement en retrait, une galerie perpendiculaire qui aboutit, à 3 mètres de profondeur, à une galerie transversale disposée entête de T. Au fond de cette chambre se trouvaient, au milieu, une stèle en bois détruite, et à droite et à gauche, deux stèles en

1. Les murs des grands couloirs étaient crépis et portaient sans doute des inscriptions peintes ; v. ce qui est dit à ce sujet dans Garstanp;, Third Dynasty, p. 31-32, notamment eu ce qui coucerno la tombe quelque peu antérieure 75.

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pierre ; en avant de chacune des deux stèles, à terre, un support circulaire en calcaire.

La comparaison des plans montre que ce tombeau de Saqqarah est surtout apparenté avec 70 de Reqaqnah. Or Sitou appartient à la IV dynastie : les deux stèles en pierre qui encadraient le panneau de bois central sont celles des n°' 883 et 1043 du Caire et l'une d'elles, reproduite plusieurs fois par Maspero {Guide du ^>isite.ur^ 1883, pi. III, cf. pp. 209, 214; Histoire, 1, p. 316; etc.), se manifeste au premier coup d'œil comme contemporaine des tombeaux connus du début de la IV dynastie, particulièremeat de ceux du temps de Khephren. C'est la même stèle bizarre, presqû'entièrement anépigraphe, en forme de façade de maison avec Tornement caractéristique formé de deux boutons de papyrus noués ensemble. Le panneau en bois détruit, entre les deux stèles décoratives pareilles, portait le tableau principal, le mort assis deva^it le repas funéraire, vis à vis de sa femme, sans doute, comme il est souvent représenté à cette époque, et le tout était extrêmement analogue à l'ensemble disposé de même, mais entièrement en pierre, qui formait le linteau d'une grande niche au tombeau de Sheri'. Ce dernier tombeau, comme nous l'avons déjà dit et comme il sera expliqué plus loin-, appartient également au règne de Khephren.

De la même époque est aussi, selon toute apparence, le tombeau de Khouni, à Saqqarah [Mastaba, p. 98), mastaba en briques à couloir longitudinal apparenté avec le précédent par la disposition des deux puits ou serdab par rapport à l'extrémité du couloir. Nulle chambre proprement dite, cependant, ne s'ouvre sur le couloir, seulement deux larges niches rectangulaires au pied desquelles furent trouvés divers disques et tables d'offrandes. Le couloir s'élargit, à l'autre extrémité, en un espace carré, et immédiatement au delà s'ouvre à l'extérieur sans se couder :

1. Fragment d'Oxford; Lepsius, Auswahl^ pi. 9. Cf. n. suivante.

2. Ci-avant, chap. I, § V, et discussion complète plus loin, même chap IV, §V.

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disposition analogue à celle du grand tombeau relativement ancien 75 de Rcqaqnah. D'autres détails de construction du couloir, notamment quatre petites niches à redans sur la face intérieure, l'apparentent avec le couloir R 70'. L'une des tables d'offrandes trouvées dans le tombeau est inscrite et a fourni le nom AViow/^Mu défunt ; c'est celle du n" 880 du Caire (^Nlaspero, Guide du visiteur, p. 207) et elle est attribuée à la V" dynastie.

On voit, en résumé, qu'à l'époque même où se bâtissaient à Gizeh et à Saqqarah, sous Kheops et ses premiers successeurs, les mastaba tout en pierre, avec chambre en pierre, dont on connaît de nombreux spécimens, un type de tombeau ancien persistait à Saqqarah, en briques, parfois sans chambre, parfois avec chambre décorée de panneaux de bois, analogue par tous ses caractères architecturaux aux tombeaux de Reqaqnah, qui suivent immédiatement ceux du règne de Zosir. A Reqaqnah, d'autre part, le tombeau memphite proprement dit avec chambre en pierre est inconnu jusqu'à la fin de la période de cette nécropole, où le type ancien persiste seul jusqu'en pleines I V^ et V^ dynas-

1. On connaît encore un troisième tombeau de Saqqarah que ses dispositions architecturales apparentent avec les deux précédents; c'est celui de Hatiti {Mastaba, p. 99). Dans la façade d'un mastaba en briques s'ouvre une galerie perpendiculaire aboutissant à une galerie transversale en tète de T, c'est-à-dire parallèle à la façade : plan comparable, comme on voit, à celui du tombeau de Sitou vu plus haut, sauf que la galerie d'accès, chez Hatiti, s'ouvre à l'air libre au lieu de partir d'un long conloir parallèle à la façade. De plus, au lieu des stèles du fond de la chambre, chez Sitou, on ne trouve chez Hatiti qu'une niche à redans, ménagée à l'extrémité de gauche de la paroi de briques. IV' dynastie, sans doute, comme le tombeau de Sitou.

A la même famille architecturale appartient, enlln, un petit mastaba de Meïdoum (Pétrie, Medum, n° 22, p. 19, pi. VII) que ses {ieintures et inscriptions (li., pi. XXVIII) permettent d'attribuer certainement à la même époque que le reste de la nécropole ; entièrement construit en briques, façade orientale protégée par un mur formant couloir, le couloir ouvert au nord; sa paroi intérieure est décorée de trois petites niches à redans, et à l'extrémité sud s'ouvre l'entrée d'une chambre rectangulaire ménagée dans la maçonnerie, au fond de laquelle est encore une petite niche.

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tiea. La coexistence de deux traditions architecturales aussi différentes, à Saqqarah, est singulière au prime abord, et nous aurons l'occasion d'y revenir plus directement au chapitre suivant; elle explique, en tout cas, les niches à panneaux de bois de Hesi et de Merab à l'époque où la stèle du fond de la niche était déjà constituée, en règle générale, par une dalle en pierre. Ces tombeaux à panneaux de bois, qui dans l'esprit de notre classification technique provisoire devraient être décrits au présent paragraphe, avec ceux de Soutenhepses et de Sitou, trouveront leur place véritable plus loin, à côté de la stèle aux inscriptions analogues de Tetiankhni.

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