CONCLUSION
l'instruction et l'édification au détriment des charismatiques ou des inspirés, prophètes et didaskaloi, qui sont considérés comme un élément de désordre.
Les fonctions épiscopales ont été, au contraire, à l'origine, des fonctions administratives. Elles sont dès le début distinctes des fonctions presby térales quoiqu'elles aient été souvent, peut-être le plus souvent, exercées par des presbytres. Les épiscopes, dont les diacres sont les assistants et en quelque sorte les agents, ont été d'abord les administrateurs financiers, les intendants de la communauté, chargés du contrôle des services et de l'exécution des délibérations prises par la communauté souveraine, soit directement, soit bientôt sur proposition du conseil presbytéral, quand celui-ci était constitué en conseil directeur de l'association.
Mais dans des collèges essentiellement voués à la vie spirituelle, comme les églises chrétiennes, le contrôle administratif impliqua bientôt le contrôle disciplinaire. Les épiscopes sont ainsi les gardiens de la discipline et, aussitôt qu'elle Commença à se former, les gardiens de la tradition constitutive de l'association, — tradition doctrinale, morale, rituelle. En même temps, par le fait même du conflit qui existe entre leur mission et l'activité des charismatiques ou des gnostiques, ils sont amenés comme les presbytres à assumer les fonctions de l'enseignement. Aussi plus la lutte entre la tradition récente et le gnosticisme ou l'individualisme prophétique est vive, plus les pouvoirs de l'episkopos tendent à s'accroître.
Tandis qu'à l'origine il semble y avoir eu presque partout pluralité d'épiscopes dans chaque communauté, dès le début du second siècle l'épiscopat devient uninominal dans les églises d'Asie-Mineure. Ici l'episkopos, sans avoir encore de caractère catholique, devient de plus en plus le représentant de l'unité ecclésiastic[ue locale, la personnification de sa communauté, le porte-drapeau de la fidélité au Christ et à Dieu. Néanmoins il tient son autorité de la communauté
qui le nomme et il ne peut l'exercer qu'en harmonie avec le conseil presbytéral, dont il est en quelque sorte le pouvoir exécutif.
Ce type de Tépiscopat monarchique fait son apparition dans les Épîtres d'Ignace d'Antioche, mais il s'y présente à l'état de devenir plutôt que comme une réalité déjà établie. L'épiscopat uninominal n'existe pas encore en Occident, où les principes caractéristiques du système ecclésiastique catholique se développent tout d'abord à Rome sans qu'il y ait encore d'episkopos unique dans cette ville.
Tel est le squelette de l'organisme. Il ne devient vivant que si l'on replace ces diverses fonctions successivement dans les divers milieux où elles se développèrent. C'est à la distinction toujours plus nette de ces foyers primitifs du christianisme que les historiens doivent consacrer toutes leurs forces.