Voir plus haut, p. 205 à
qui est authentiquement chrétien de ce qui ne l'est pas. Et comme cet appel à la fidélité et cette glorification théorique de la tradition apostolique, — ici nécessairement paulinienne,
— ne les rassurent qu'à moitié, ils réclament des presbytres et des épiscopes qui offrent des garanties, qui soient capables de veiller au dépôt sacré, en qui l'on puisse avoir confiance,
— jusqu'à ce que, peu d'années plus tard, paraisse un énergumène, un intransigeant enthousiaste et sans mesure, pour préconiser, comme remède suprême au désordre de l'Église, la soumission pleine et entière au gouvernement épiscopal.
Les délégués apostoliques.
Dans les communautés chrétiennes de l'Asie hellénique auxquelles sont adressées les Pastorales, les missionnaires itinérants, tels que les apôtres et les prophètes de la Didachê, n'ont plus la même importance que dans les églises syro- palestiniennes de la même époque. S'il n'y avait pas d'autre témoignage que celui des lettres à Timothée et à Tite, on pourrait même supposer que cette espèce de prédicateurs nomades et de colporteurs d'inspiration y a complètement disparu. Il est vrai que dans ces chrétientés envahies par le gnosticisme le rôle des didaskaloi, dés sophistes, rhéteurs et philosophes de tout ordre, est beaucoup plus considérable que celui des prophètes, et que, dans
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ces églises déjà pourvues d'un gouvernement régulier et d'une organisation complète, les dignitaires locaux ne laissent plus volontiers à des hôtes de passage la charge de transmettre les enseignements chrétiens. Mais on ne doit pas perdre de vue que les Épîtres pastorales sont par excellence ce que les théologiens allemands appellent « Tendenzschrift », c'est-à-dire des documents mis au service d'une certaine tendance. Leur but est de faire prévaloir partout une organisation ecclésiastique régulière, locale, qui se , constitue gardienne de la saine tradition. Par conséquent, il ne faut pas s'attendre à y trouver des renseignements sur l'activité indépendante des inspirés et des missionnaires, .qui sont aisément des éléments de désordre dans des églises déjà constituées. Il y en avait cependant. Nous avons déjà vu par une des lettres de Y Apocalypse, que dans la communauté de Thyatire il y avait une prophétesseV La seconde Épître à Timothêe nous fait connaître l'existence à^évangélistes'^; enfin, il est fort probable que les goètes chrétiens qui racontent des histoires absurdes, bonnes tout au plus pour les vieilles femmes, ou qui s'insinuent dans les maisons auprès des femmelettes chargées de péchés et tourmentées par leurs désirs, pour leur enseigner des recettes de purification, étaient en grande majorité des itinérants ^ Seulement, au lieu d'être, comme dans la Didachê, les inspirateurs par excellence de la foi chrétienne, tous ces prédicateurs de passage sont considérés dans les Pastorales comme des êtres dangereux.
Les seuls dont la tâche soit exaltée, ce sont les destinataires mêmes des épîtres. Ils ne se rattachent à aucune église locale; leur autorité est générale. Ce sont donc
1. Apoc, II. 20 (à noter l'expression dédaigneuse : \ Xl^ouo-x sauxïjv TTOocp-^T'-v) ; voir plus haut^ p. 210.