‹ Les origines de l'épiscopat [microform]Chapitre 95 sur 163 · I. 6-7, 13; II. 7, 15, 20-21; iv. 7, 12-19: v · texte numérisé non relu

I. 6-7, 13; II. 7, 15, 20-21; iv. 7, 12-19: v

5. U SiuXenv à.e V Éptti^e aux Philippiens îait wn si large usage delà /" Êpîtrc de Pierre que les anciens historiens l'avaient déjà remarqué; cfr.Eusèbe, H. E., IV. 14. 9. — Le même Eusèbe (H. E., ÏII. 39. 16) atteste que Papias la connaissait.

infligées par les païens aux fidèles ont paru militer en faveur du règne de Domitien qui, le premier, procéda avec quelque méthode contre les chrétiens^ ; mais on exagère la portée de ces passages, quand on y voit des allusions à de véritables persécutions. Les souffrances dont il s'agit ont pu se produire sous tous les règnes.

C'est de Rome , selon toute vraisemblance , que sont parties ces paternelles exhortations. Déjà l'idée d'adresser une lettre collective aux « frères provinciaux » a un cachet tout romain; elle a dû germer dans le cerveau d'un chrétien de la capitale. On comprend difficilement qu'il subsiste des doutes sur le pays d'origine, alors que l'auteur lui-même à la fin de sa lettre écrit ces mots : àaTuàrsTat o;jia; -ô èv BaS'jXôjv. (TavexXôXTr, y.%\ Mâpxoç ô uiôç ;aou (v. 13). Comment admettre un seul instant qu'il s'agisse ici de l'ancienne Babylone, dont il ne subsistait plus que des ruines, où personne n'a jamais eu connaissance qu'il existât une communauté chrétienne d'une certaine importance, et qui, à l'époque romaine, n'avait aucune relation suivie avec les provinces d'Asie-Mineure? Babylone, pour les chrétiens de l'âge apostolique, c'est Rome, d'après le langage allégorique et apocalyptique, c'est le siège du pouvoir païen, la capitale du monde qui va finir.

1. L'application sévère de l'impôt du didrachme par le gouvernement de Domitien aux Juifs et à ceux « qui improfessi judaïcam viverent vitam » (Suétone, Doin., 12) permit à l'administration impériale d'établir une démarcation très nette entre les Juifs et les Chrétiens. — On sait que Domitien se montra rigoureux à l'égard des philosophes, des propagateurs de religions étrangères et de ceux qui étaient convaincus d'impiété (Suétone, Dom., 15; Dion Cassius, LXVII, 13 et 14; Eusèbe, H. E., III.. 17 et 18. 4), Tertullien aussi connaît un commencement .de persécution sous le règne de Domitien (ApoL, 5). — Cfr. Neumann, Der rœmische Staat und die aUgenieùie Kirche, I, p. 7 et suiv. — Il convient d'ajouter que les souffrances que l'auteur de / Pierre redoute pour ses coreligionnaires, sont des tracasseries, des moqueries, de mauvais traitements, des condamnations injustes, plutôt que les supplices des véritables persécutions.

C'est là que toute la tradition ecclésiastique ultérieure fixe la dernière période de l'activité apostolique de Pierre, alors que nulle part il ne se rencontre aucune trace sérieuse d'une mission de Pierre dans les juiveries de la Mésopotamie; c'est là que cette même tradition localise l'activité littéraire de Marc, qualifié ici même de « fils de l'apôtre' ». La dénomination symbolique de Rome, si familière aux chrétiens d'alors, est en complète harmonie avec l'ensemble de la situation telle que l'auteur se la représente. Les frères auxquels il écrit constituent « la race élue, royale, sacer- » dotale, le peuple saint, que Dieu s'est acquis pour qu'ils » annoncent l'excellence de celui qui les a appelés des » ténèbres à sa merveilleuse lumière (ii. 9); alors qu'autre- )) fois ils n'étaient pas un peuple, ils sont maintenant le » peuple de Dieu (v. 10) »; — en d'autres termes, les chrétiens ont pris la place du peuple d'Israël; la Nouvelle Alliance s'est substituée à l'Ancienne. Mais ce peuple, appelé à 'de si glorieuses destinées, est en exil jusqu'au jour du triomphe prochain; les chrétiens sont la SiaaTTopà, des étrangers au monde qu'ils habitent (i. 1); leur véritable patrie est le ciel. De même que l'antique Babylone a dispersé l'ancien peuple de Dieu, de même la nouvelle Babylone violente le nouveau peuple de Dieu; telle est la volonté de l'Éternel, pour un temps encore (rii. 15-22; Iventier)^

1. Cfr. Eusèbe, H. E., II. 15, qui nous apprend que déjà dans l'antiquité chrétienne on interprétait « Babylone » au sens allégorique où nous le prenons.

, 2. L'auteur de I Pierre est familiarisé avec les descriptions apocalyptiques. Au eh. III. V. 19 et suiv., il connaît l'existence d'un séjour où les esprits rebelles d'avant le déluge attendent le jugement, suivant une conception qui se retrouve dans VApocali/pse d'Hènoch (chap. 25). L'eau du déluge est pour lui le symbole du baptême. On voit combien ce symbolisme manque de précision. La tournure symboliste des conceptions de l'auteur n'en est pas moins évidente. Voir, i. 10-12, la portée allégorique donnée par lui à toute l'histoire sacrée d'Israël ; le salut chrétien est considéré comme l'objet des investigations des prophètes qui

Cette conception est en quelque sorte intermédiaire entre celle cle Tapôtre Paul et celle de VÉpUre aux Hébreux. Pour Paul, l'Ancienne Alliance a été la préparation de la Nouvelle Alliance -en Christ, parce qu'elle a pi'ocuré à l'homme le sentiment intime de son impuissance à réaliser la justice par ses propres forces; la Loi, qui ordonne d'être juste sous peine d'encourir la condanmation divine, ne donne pas l'énergie nécessaire pour remplir les obligations qu'elle impose; la foi, au contraire, en unissant le fidèle au Christ de manière à le faire mourir au péché avec lui et renaître avec lui à la vie supérieure, fait de ce fidèle un être renouvelé, une nouvelle créature, en qui la grâce divine supplée à l'impuissance originelle. Le plan providentiel, d'après Fapôtre, procède par antithèse, aussi bien dans le drame intérieur de l'âme individuelle que dans le drame historique de l'humanité. Pour l'auteur de YÉpître aux Hébreux l'Ancienne Alliance en Israël a été aussi la préi)aration de la Nouvelle Alliance par Christ, mais simplement â titre de préfiguration, comme une expression matérielle terrestre, imparfaite, de la purification véritable obtenue par le sacrifice céleste, spirituel, parfait du Christ. Le processus par antithèse a fait place au processus par intégration progressive de la véritéV 11 s'est passé dans Thistoire ce qui se produit dans l'esprit individuel : l'intelligence encore incomplète ne saisit que l'image, la forme extérieure, l'enveloppe des choses, mais à mesure qu'elle se développe, à

recherchent à quel temps et à quelles circonstances se rapportait l'Esprit du Christ qui était en eux. — Sur la portée de l'expression -jiapETnor;p.ot(; StaffTTopôcÇj dans l'adresse (i. ï), voir plus bas la première note du chapitre consacré à VÉpître de Clément Romain aux Corinthiens, relative à i'£y.-/wÀT)a-'!a irapotxoùa-z.

1. Cfr. Eug. Ménégoz, La théologie de l'Épître aux Hébreux (Paris, Fischbacher, 1894), ch. vi, § 2; surtout p. 188-191 et p. 196-197, et les observations que j'ai présentées sur cet ouvrage dans Reçue de l'Hiscoire des Religions, t: XXX, p. 213 et suiv.

mesure que de « psychique » elle devient « pneumatique », à mesure aussi elle devient capable de saisir directement la vérité spirituelle, le sens intime, la réalité essentielle des choses.

Ce système, auquel manquent et la profonde psychologie morale de saint Paul et le sens de sa foi mystique, implique assurément l'existence antérieure du paulinisme, mais rentre beaucoup plus directement que la théologie paulinienne dans les cadres de la philosophie judéo-alexandrine. De tous les écrits du Nouveau Testament il n'y en a pas de plus philonien que VÉpttre aux Hébreux \ Or, cette épître est adressée aux chrétiens d'Italie, c'est-à-dire évidemment en toute première ligne aux chrétiens de Rome, par un auteur inconnu qui devait appartenir à la communauté romaine. 'AaTràÇovxat ifjiaç o\ à'Ko t^ç 'iTaXtaç, écrit-il en prenant congé de ses lecteurs (xiii. â4), ce qui doit s'entendre de chrétiens originaires d'Italie*, adressant leurs salutations à leurs coreligionnaires demeurés dans ce pays, d'autant que l'auteur lui-même qui transmet ces salutations est, comme eux, éloigné des siens. Ne demande-t-il pas, en effet, aux destinataires de prier pour lui afin qu'il leur soit plus tôt rendu (xiii. 19)? Tel est le sens le plus correct de ces passages. Que si l'on préfère^ néanmoins, traduire o\ ành -c^ç 'i-caXt'aç par : « les frères qui sont en Italie, » alors l'Épître émane d'un auteur temporairement retenu en Italie, et très

1 . Voir l'étude analytique de ces rapports dans C. Siegfried, Philo Eoii Alcxandria als Ausleger des Alteii Testaments (lena, 1875), p. 321 à 330.

2. 01 àirô TTJi; 'l^aÀla; signifie: « ceux qui sont originaires d'Italie, » et non : « ceux qui sont en Italie, » de même que ô à-Ko NaÇaptO (Matth., XXI. 11) signifie : « celui qui est originaire de Nazareth. » Cfr. Clavis N. T., s. V. oLTzô. Dans Actes, x. 23, les chrétiens de Joppé sont dits xtvsç xôjv àôsXtfwv xtï)v à-jTo 'Iôtt-ît'/jç, parce qu'ils quittent cette ville avec Pierre pour se rendre auprès du centenier Corneille. La préposition àmô implique toujours une idée de séparation ou de dérivation.

vraisemblablement à Rome même, écrivant à des destinataires inconnus. De toute façon, VÉpître aux Hébreux est un document qui se rapporte à des communautés occidentales, soit qu'elle ait été adressée par un chrétien d'origine romaine à des coreligionnaires romains, — ce qui est de beaucoup le plus vraisemblable, — soit qu'elle ait été écrite de Rome par un chrétien prisonnier en cette ville. Cette provenance occidentale est confirmée par le fait que l'Épître fut connue à Rome dès la plus haute antiquité et que, tout en étant lue fidèlement par les chrétiens occidentaux, elle eut beaucoup de peine à s'y faire accepter comme document apostolique. On y avait conserve le souvenir qu'elle émanait d'un personnage qui n'était pas apôtre, tandis qu'en Orient, où l'on était moins bien renseigné sur sa provenance, elle passa de bonne heure pour l'œuvre de saint Paul\

Comment dater un document rédigé en termes aussi généraux et si complètement étranger au monde des réalités concrètes ? Il émane certainement de la seconde ou même de la troisième génération chrétienne % mais il est antérieur à la

1. \JÉp. aux Hébreux semble avoir été connue de Clément Romain. Il ne la cite pas, mais il se rencontre avec elle sur un grand nombre de points et a de nombreuses expressions en commun avec elle ; cfr. l'index, p. 146 et 147, de l'édition de Clément Romain de Gebhardt et Harnack (Patrum apostolicoram Opera^ I. 1). Clément Romain implique l'Épiire aux Hébreux comme celle-ci implique l'existence antérieure du Paulinisme. — Elle manque dans le Canon de Muratori, ainsi que / Pierre. Tertullien l'attribue à Barnabas. En Orient, au contraire, Clément d'Alexandrie déjà y voit une lettre de Paul et Origène l'œuvre d'un disciple de Paul. — Voir les introductions des Commentaires, les articles des Encyclopédies théolo'giques et Ménégoz, O. c, p. 65 et suiv.

2. Voir II. 3 et 4 (le salut a été annoncé par le Seigneur^ puis transmis à l'auteur et à ses contemporains par ceux qui ont entendu le Seigneur); X. 32 (rappel des souffrances endurées à l'origine de la communauté romaine); xiii. 7 (rappel des premiers conducteurs qui ont souffert pour leur foi). Rien de tout cela n'aurait pu être dit avant l'an 70. — La grande raison mise en avant pour assigner à l'épître une date antérieure à la destruction de Jérusalem et du Temple, c'est que l'auteur parle des

Lettre de Clément Romain. Il doit donc appartenir au dernier quart du second siècle et être à peu près contemporain des Actes et de / Pierre. Il n'est guère possible de préciser davantage. Mais il importe de saisir le lien qui existe entre ce groupe d'écrits, afin de bien saisir les conditions différentes qui présidèrent à l'évolution première des églises chrétiennes en Occident et spécialement à Rome.

Caractère de la plus ancienne chrétienté romaine.

Sous des différences individuelles très marquées on reconnaît néanmoins dans ces divers écrits un fonds commun, qui trahit leur parenté originelle ou qui dénote tout au moins la provenance d'un même milieu. Leurs auteurs sont également universalistes. La question qui a si profondément troublé la mission paulinienne, n'existe même plus pour eux, sinon comme une question vidée dont il y a lieu, tout au plus, de rappeler quelques incidents, pour bien montrer que dès l'origine tous les apôtres ont été unanimes à admettre la vocation des païens comme des Juifs. Pour les uns comme pour les autres la crise qui a définitivement séparé le

sacrifices lévitiques comme s'ils étaient encore célébrés de son temps. Cette raison n'a aucune valeur pour ceux qui se sont familiarisés avec la manière de penser des judéo-alexandrins. La réalité concrète, pour eux, est chose secondaire; la vérité abstraite est seule intéressante. Les apologètes chrétiens, les rabbins juifs ont continué à discuter sur la valeur des institutions rituelles du judaïsme, après la destruction de Jérusalem, comme si elles étaient restées en vigueur. — Voir mon article déjà cité dans la Reouc de l'Histoire des Religions, t. XXX, p. 216-

christianisme du judaïsme est terminée. En d'autres termes, ils opèrent sur un terrain qui a été déblayé par saint Paul. De même, ils ont tous connaissance de la théologie paulinienne; ils ont hérité d'elle une conception du christianisme où la prédication, la vie terrestre, l'enseignement de Jésus ne tiennent pour ainsi dire aucune place, où l'œuvre salutaire du Christ commence à sa mort pour se révéler pleinement dans sa résurrection et s'accomplir dans le ciel. A cet égard, ils procèdent d'une inspiration nettement distincte de celle qui a produit les documents syro-palestiniens tels que la, Didachê ou VEpître de Jacques-, lesquels se rattachent directement à l'évangile galiléen de Jésus. Mais, s'ils ont comme antécédent commun l'évangile paulinien, il saute aux yeux qu'ils n'en ont saisi ni la haute valeur psychologique, ni la saveur mystique. Assurément, ils enseignent le salut par la foi, mais cette foi, comme nous avons déjà eu l'occasion de le constater dans la/^® Épître de Pierre et dans XÉpître aux Hébreux, est une simple adhésion de l'esprit à l'oeuvre rédemptrice du Christ; elle n'est pas le don de soimême à Christ, de manière que l'esprit du Christ se substitue à celui du pécheur impuissant et que dès lors le fidèle vive dans la communion intime avec son Seigneur. Tandis que l'apôtre Paul est préoccupé avant tout d'initier ses disciples à sa propre expérience du salut en Christ, tandis que toute son argumentation, exégétique ou psychologique, est inspirée par le désir intime de rendre sensible à leur âme le comment et le pourquoi de la régénération de l'humanité pécheresse par Christ, substituée à sa purification par la Loi de Moïse et le ritualisme juif, les épigones qui ont recueilli

1. Les dépendances littéraires, contestables à notre avis, que Ton a signalées entre ces écrits syro-palestiniens et ceux du groupe que nous appelons occidental, n'infirment pas notre appréciation. Si elles sont fondées, elles prouvent que les auteurs des uns ont connu les autres ; mais cela n'empêche pas que la genèse de leurs conceptions respectives du christianisme ne soit entièrement différente.

son héritage, sans avoir reçu en partage son génie, se proposent surtout de montrer par l'interprétation des livres sacrés juifs que la substitution d'un nouveau peuple de Dieu au peuple juif, d'une Nouvelle Alliance à l'Ancienne, d'un nouveau culte et bientôt même (chez Clément Romain) d'un nouveau sacerdoce au ritualisme et au lévitisme juifs, est conforme au plan de Dieu. Sans doute, Paul déjà n'a pas négligé cet élément formel de sa thèse; on sait à quel point il abuse des interprétations allégoriques et avec quelle hardiesse il puise dans l'arsenal de la méthode judéo-alexandrine. Mais ce qui, chez Paul, n'est qu'un moyen pour défendre une vérité religieuse expérimentale, est devenu chez ses successeurs la thèse essentielle.

Les caractères distinctifs du groupe d'écrits que nous étudions se retrouvent déjà dans les Actes des Apôtres, mais à un moindre degré que dans I Pierre, VÉ pitre aux Hébreux et la I^^ Épttre de Clément Romain. L'auteur des Actes, en effet, a un sens historique plus développé, une notion plus claire des réalités concrètes ; il a travaillé sur des documents et se propose de narrer des faits plutôt que de faire des dissertations. Cependant prenez-le dans les parties de son œuvre qui lui appartiennent en propre, les discours des Aciîes; constatez les dispositions qu'il applique à la mise en œuvre de ses documents. N'y retrouve-t-on pas les caractères que nous venons de signaler : l'uni versalisme paulinien présenté comme un fait acquis et accepté par tous les apôtres dès l'origine; le paulinisme éinoussé et dépouillé de sa saveur propre ; l'ignorance de l'hébreu et l'exégèse judéo-alexandrine employée d'une façon continuelle pour montrer dans l'Ancien Testament la préfiguration du Christ et de son œuvre'' ?

1. Ces mêmes caractères se retrouvent dans le troisième Évangile, œuvre du même auteur. Comme le. dit M. Sabatier (art. Luc, dans Encuclopèdie des sciences religieuses, t. VIII. p. 410) : « Chez Luc, le » messie juif devient le sauveur du monde, le second Adam qui » recommence et renouvelle la vie de toute -l'humanité. » Voir encore:

Toutefois, comme l'origine romaine du troisième Évangile et des Actes de.9 Apôtres n'est garantie par aucun témoignage de quelque valeur, il vaut mieux les laisser de côté ici, et limiter notre argumentation aux écrits dont la provenance occidentale est mieux attestée et où les caractères que nous avons dégagés se dessinent avec toute la netteté voulue. La P^ Épître de Pierre et VÉpître aux Hébreux, destinées l'une et l'autre à affermir la fidélité de chrétiens découragés par les souffrances, en leur montrant qu'ils sont bien sûrement le peuple de Dieu selon la Nouvelle Alliance, supérieure à TAncienne, procèdent l'une et l'autre des mêmes prémisses, et attestent l'existence, à Rome, dans le dernier quart du premier siècle, d'une chrétienté d'un type particulier, auquel se rattache également la Lettre de Clément Romain aux Corinthiens. Voilà ce qu'il importe de bien saisir.

Cette chrétienté romaine procède du libéralisme judéoalexandrin plus directement encore que du libéralisme pauiinien. Sans doute, l'action libératrice du grand apôtre s'y est fait sentir. Mais elle ne semble pas s'être exercée à Rome dans les mêmes conditions que dans les communautés proprement pauliniennes d'Asie-Mineure et de Grèce. Lorsque l'apôtre écrit son Epître aux Romains, il existe déjà une communauté chrétienne dans la capitale de l'Empire. La teneu]' de l'épître montre c[ue, là comme partout ailleurs,

Bibl. de l'École des Hautes Etudes, section des Sciences rel., t. I, p. 228, un mémoire du même auteur intitulé : V auteur du livre des Actes des Apôtres a-t-ii connu et utilisé dans son récit les Épîtres de saint Paul? « La théologie du livre des Actes est, en efîet, bien éloignée » de celle des épîtres. Le paulinisme qu'on y retrouve a perdu son carac- » tère spécifique. Les angles ont été émoussés, il se réduit à un pagano- » christianisme neutre, un peu banal, où flottent des idées parfois de » provenance contraire, sans lien logique intérieur et vivant... Encore » une fois, Luc qui connaît et admire si fort le grand missionnaire, » ignore avec une candeur parfaite l'écrivain, le polémiste et surtout le )) théologien. »

la grosse question autour de laquelle pivotent les destinées dn christianisme naissant, est rémancipation à l'égard des prescriptions légales du judaïsnie\ Mais la solution libérale que Paul fit prévaloir dans les églises fondées directement par lui, résultait logiquement déjà des principes du judaïsme allégorisé et spiritualisé de la Dispersion ; nous Tavons montré plus haut ^ Elle pouvait se dégager sous l'action du nouvel élément introduit dans la combinaison religieuse judéo-alexandrine par le christianisme^ sans que ce nouvel élément se présentât sous la forme spécifique de la théologie individuelle de Paul. Or, celui-ci a-t-il jamais pu exercer une action personnelle prolongée à Rome? Nous ne savons rien sur sa destinée à partir du moment où il arriva dans cette ville, en dehors de ce que rapporte la maigre notice par laquelle se termine le livre des Actes : « Paul resta deux ans entiers dans une demeure qu'il avait » louée et il recevait tous ceux qui venaient vers lui (-coù; eU- » TTopEuofjiÉvûix; Tipôç auTov), prêchant le royaume de Dieu et en- )) seignant, sans entrave, avec toute franchise, ce qui con- )) cerne le Seigneur Jésus-Christ. » Il semble bien ressortir de ces paroles que Paul n'était pas libre d'aller où il lui plaisait, tnais qu'il était en quelque sorte interné, soit qu'il attendît son jugement, soit qu'il eût été condamné à ne plus causer de troubles parmi les Juifs par des prédications publiques.

1. Cfr. Weizsâcker, Das apostoUsche Zeitalier, p. 402 et saiv. — Il nous parait évident que toute l'argumentation de l'£/)f<!reaMa;i?omams suppose des lecteurs familiarisés avec l'Ancien Testament; par conséquent, s'ils sont en majorité d'origine païenne, comme le veut M. Weizsâcker (p. 420), ce doivent être du moins d'anciens jaaïens ayant déjà passé par le judaïsme en qualité de aEêôfjLevot -uov Srsôv. — La communauté à laquelle Paul écrit n'est plus un parti chrétien dans une synagogue juive. Elle a une existence distincte en tant qu'association chrétienne; elle comprend des fidèles dont l'émancipation à l'égard des observances juives est inégalement avancée; c'est le principe même de la nécessité d'une Loi quelconque pour le salut que l'apôtre cherche à combattre.

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