REVUE DE L HISTOIRE DES RELIGIONS
seule chose qui l'intéresse, c'est de justifier pour l'esprit ce qui dans l'eucharistie, telle qu'on la pratique parmi les disciples du Christ, paraît le plus difficile à concilier avec les principes de la théologie dans laquelle il veut couler la tradition chrétienne ; et il le fait de cette façon voilée, sous cette forme enveloppée et lucide qui lui sont familières.
Le premier fait qui frappe le lecteur, c'est que le quatrième évangéliste non seulement ne mentionne pas ri?îstitution de r Eucharistie par Jésus, la veille de sa mort, mais passe même complètement sous silefice la Cène de Jésus et de ses apôtres. Il agit ainsi de propos délibéré. On a surabondamment établi, en effet, qu^il a connu la tradition des synoptiques. Luimême décrit (ch. 13) un repas pris par Jésus avec ses apôtres, immédiatement avant son arrestation et avant la fête de Pâque, au cours duquel Jésus annonce la trahison de Judas, tout comme dans la version des synoptiques. S'il ne relate pas la Cène, c'est qu'il n'a pas voulu le faire. Nous n'avons pas à discuter ici pour quelles raisons.
Ce n'est pas qu'il ignore l'existence de l'eucharistie, ni parce qu'il ne la rattache pas à Jésus. Au contraire, il en fait l'objet d'un des chapitres les plus importants de son évangile (ch, 6) et lui fait donner par Jésus lui-même une consécration plus éclatante que dans aucun des synoptiques. Mais il la rattache au miracle de la multiphcation des pains. Dès l'antiquité on a reconnu que le discours de Jésus aux Juifs après la multiplication vise expressément l'eucharistie : tout le développement sur « manger la chair et boire le sang » du Christ n'a de sens que dans cette acception. Ce miracle est un signe (aoi^-eiov, 6. 14), ce qui implique dans la langue de l'évangéhste qu'il faut en chercher le sens caché et la valeur profonde. L'emploi réitéré du terme sùxaptaroaaç (6. H, 23), le fait que le repas de la foule a lieu aux approches de Pâque (v. 4)*, le soin avec lequel on recueille les morceaux
1) Même si les mots xb izâaxa. sont une glose introduite dans le texte, l'exprossion ^ êopTr) tûv 'louSaîwv suffit à désigner clairement la fête par excellence