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de pain après le repas {vXàa^iMxa^ v. 13, même expression que dans la Didaché) sont autant d'indications discrètes pour mettre le lecteur sur la bonne voie. Il est probable, d'ailleurs, que déjà avant la rédaction du IV^ Évangile il y avait dans la tradition évangélique une tendance à assimiler la multiplication des pains à un repas eucharistiques
Voyons donc quel est ce discours de Jésus, dans lequel l'évangélisle expose sa conception de l'eucharistie et la justifie^ Il est très clair, à la condition que l'on se reporte à la théologie de l'époque et que l'on veuille bien faire abstraction de toutes les doctrines que les éghses chrétiennes ont échafaudées sur ces textes, bien des siècles plus tard.
La foule rassasiée (6. 12), impressionnée par le miracle, est portée à reconnaître en Jésus le Messie et à le faire roi. Mais il se soustrait à ces hommages (vv. 14 et 15). Elle le
des Juifs, la. Pâque. Il faut bien que l'évangélisle ait une raison de mentionner ce détail, qui n'a aucune relation directe avec le récit.
1) La relation entre le récit de la multiplication dans le IV» Évangile et dans les synoptiques est évidente. Jean, 6. 10, indique le même nombre de participants que Matth., 14. 21 et Marc, 6. ii, Luc, 9. i4. De part et d'autre le récit de la marche sur les eaux est intercalé dans celui de la multiplication. Jean, 6. 30 la foule, après la multiplication (1), demande à Jésus un miracle tout comme dans Matth., 16. 1 et Marc, 8. 11. — Or déjà dans les récits des synoptiques il y a comme des invitations à interpréter le repas miraculeux dans le sens d'un repas eucharistique : Matth., 14. 19, Jésus « ayant pris les cinq pains et les deux poissons leva les yeux au ciel (ce qui correspond à une prière), les bénit (sOxéyoo-ev), les rompit (xXâo-ac) et les donna aux disciples et ceux-ci [les distribuèrent] à la foule. » Les disciples jouent ici le rôle des diacres dans les communautés chrétiennes. Cfr. Matth., 15. 36; H'Iarc, 6. 41 et 8. 6 sqq. (où il y a même le mot eû-/apto-Tr|(7aç), Luc, 9. 16-17. — Il est dit aussi que ceux qui mangèrent étaient au nombre de cinq mille hommes environ, sans compter les femmes et les enfants {Matth., 14. 21; 15. 38). D'après le traité Berakiujt (7. 2), mentionné plus haut, les femmes, les esclaves et les enfants ne comptent pas pour l'appréciation du nombre des convives qui prennent part au repas religieux chez les Juifs.
2) Les autres passages du IV» Évangile, où l'on a voulu voir des allusions à l'eucharistie : 4. 10, 13, 14 (l'eau qui procure la vie), 32, 34 (la nourriture du Christ est de faire la volonté de son Père), 15. 1 et suiv. (le cep et les sarments) n'ont pas de relation directe avec cette pratique. Ils doivent être évoqués cependant comme preuves de la valeur perpétuellement symbolique du langage de l'évangéliste.
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rejoint à Capernalim et lui demande par quel nouveau miracle il se trouve dans cette bourgade (v. 25). Suivant le procédé habituel de l'évangéliste Jésus ne répond pas à la question, mais amorce l'interprétation eucharistique du repas surnaturel qu'il leur a procuré la veille :
(v. 26) « Vous me cherchez, non pas parce que vous avez vu des miracles (signes), mais parce que vous avez mangé de ces pains et que vous avez été rassasiés, (v. 27) Procurez-vous, non pas la nourriture qui périt, mais la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que le Fils de l'homme vous donne ; car c'est lui que Dieu a marqué de son sceau ». (v. 28) Ils lui dirent donc : Comment faire les œuvres de Dieu * ? (v. 29) Jésus répondit et leur dit : « C'est ici l'œuvre de Dieu, que vous ayez foi en celui qu'il a envoyé ». (v. 30) Ils lui dirent donc : « Quel miracle (signe) fais-tu donc, toi, pour que nous voyions ce que tu fais et que nous ayons foi en toi? (v. 31j Nos pères ont mangé la manne au désert, selon ce qui a été écrit : « il leur donna à manger du pain venant du ciel ».
D'après V Exode (16. 4 et 15), en effet, la manne était du pain que Dieu avait fait tomber du ciel. Cette idée était familière à la piété imsQ [Psaumes, 78. 24; 103. 40). La théologie judéo-hellénique l'avait naturellement allégorisée et voyait dans la manne le symbole du Logos ou du Verbe, par lequel Dieu nourrit les âmes', Cest cette doctrine à laquelle l'évangéliste rattache les déclarations suivantes de Jésus. Le vrai pain du ciel, ce n'est pas la manne matérielle que Moïse donna aux Israélites^ pas plus que ce n'étaient les pains dont la foule s'était rassasiée la veille — nourriture périssable — le vrai pain du ciel, celui qu'il faut chercher parce qu'il demeure en vie éternelle (v. 27), c'est le Verbe de Dieu, et comme dans la théologie de Tévangéliste Jésus est le Verbe fait chair, le vrai pain du ciel c'est le Christ lui-même, qui est
1) L'explication de cette expression est sans intérêt pour notre enquête. Voir mon livre sur Le. IV" Évangile^ p. 177 (174 de la 1''^ édit.).
2) Voir Philon, Il Leg. ail., 21 fin ; IH Leg. ail., 59, 61; Quod det. pot. ins., 31; Quis rer. div. haer., 15 et 39; De profugis, 25; De migrât. Abrahami, 5. — D'autre part les rabbins affirmaient que le Messie devait renouveler le miracle de la manne. Voir mon iV" Évangile, p. 178(175 de la 1" éd.).
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venu du ciel et que l'on ne peut s'assimiler qu'en ayant foi
en lui (c'est-à-dire en reconnaissant qu'il est effectivement le
Verbe de Dieu, vv. 27 et 29).
(v. 32) Jésus donc leur dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain venant du ciel, mais c'est mon Père qui vous donne le pain venant du ciel, le véritable; (v. 33) car le pain de Dieu, c'est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde ». (v, 34) Ils lui dirent donc : « Seigneur, donne-nous toujours ce pain-là ». (v. 35) Jésus donc leur dit : « C'est moi qui suis le pain de vie; celui qui vient vers moi n'aura plus jamais faim et celui qui a foi en moi n'aura plus jamais soif; (v. 36) mais je vous l'ai dit :
vous avez vu et vous n'avez pas eu foi » (v. 40) «Voici quelle est la
volonté de mon Père, que tout homme qui contemple le Fils et a foi en lui ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour ».
Les Juifs, entendant ces paroles qui leur paraissent étranges de la part d'un homme dont ils connaissent le père et la mère, commencent à murmurer (vv. 41 et 42). Jésus leur répond que ceux-là seuls peuvent venir à lui qui sont attirés vers lui par le Père (v. 44), et il continue ainsi :
(v. 47) « En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui a foi a la vie éternelle, (v. 48) Le pain de vie, c'est moi. (v. 49) Vos pères ont mangé la manne au désert et ils sont morts, (v. 50) Le pain qui est descendu du ciel, le voici, afin que si quelqu'un en mange, il ne meure point, (v. 51) C'est moi qui suis le pain vivant qui est descendu du ciel; si quelqu'un mange de ce pain, il vivra pour l'éternité, et le pain que je donnerai [notez ce futur] c'est ma chair pour la vie du monde* ». (v. 52) Les .Tuifs donc se querellèrent entre eux, disant : « Comment celui-ci peutil nous donner sa chair à manger »? (v. 53) Jésus donc leur dit : « En vérité, en vérité, je vous dis, que si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'avez pas de vie en vous. (v. 54) Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi je le ressusciterai au dernier jour; (v. 55) car ma
■1) Le Sinaïticus porte î Ka\ ô apToç Se ov Èyca StiuM ÛTcàp t^ç ttoO x6(T[j.ou !îwriç ■q ffdcpÇ [1.0V ÈffTtv. Le Vaticanus, la Vulgate, la version syriaqne de Cureton, etc.
ont : ov éyà) ôwcrto -q aap? \).ov èatlv U7i:èp t, t. y.. Çm-7|Ç. Cette construction est
mieux attestée que Ja précédente, mais elle est plus tourmentée que ne l'est en général le style de l'évangéliste. La pensée est la même dans les deux cas ; le pain que je donne est ma chair; ce pain ou cette chair, je les donne pour la vie du monde. La lecture de divers mss. : ov syw ôtâcru) -q crapç |j,ou è^t'iv, r^v èyw ôwcrw uTtèp t. T. 7c6cr[;,ou Çw^ç est moins bien attestée.
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chair est une vraie nourriture et mon sang est une vraie boisson. (v. 56) Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui; (v. 57) de même que le Père vivant m'a envoyé et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, celui-là vivra aussi par moi. (v. 58) C'est ici le pain qui est descendu du ciel, non pas comme en ont mangé les pères qui sont morts ensuite. Celui qui mange ce pain vivra pour l'éternité. »
Et comme cette fois une partie des disciples eux-mêmes commencent à murmurer, Jésus ajoute en guise de conclusion :
(v. 61) « cela vous scandalise? (v. 62) (Que sera-ce donc) quand
vous verrez le Fils de l'homme monter où il était auparavant? (v. 63) C'est l'esprit qui procure la vie, la chair ne sert à rien; les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie ».
Ce célèbre morceau renferme en apparence une contradiction si formidable entre les déclarations spiritualistes des vv. 29, 36, 40 et 47 (le salut par la foi), 35 (la vie promise à celui qui vient vers Jésus, non à celui qui mange le pain), 63 (l'esprit seul donnant la vie) et les déclarations matérialistes des vv. 51 à 58 (il faut manger la chair et boire le sang du Christ pour avoir la vie éternelle), qu'il a été invoqué avec autant d'acharnement par les partisans du spiritualisme et par ceux du réalisme eucharistique. Plusieurs critiques modernes ont cru résoudre la difficulté en supposant que les vv. 51 à 59 sont une interpolation ajoutée au texte primitif de l'évangile ou bien que l'évangéliste aurait combiné dans ce discours eucharistique deux sources d'inspiration différente, sans parvenir à en masquer la contradiction*. La seconde hypothèse ne résoud rien, puisque l'auteur assume la responsabihté des documents qu'il incorpore à son récit, quelle qu'en soit la provenance. La première est une manière très simple de se tirer d'atfaire, mais non moins arbitraire, puis-
\) Telle est p. ex. ropinion de M. Chastand [V apôtre Jean et le IV^ Évangile, p. 243). Il distingue deux discours originairement indépendants : I comprenant les vv. 26, 27, 31-35, 41, 42, 47-58 ; II comprenant les vv. 28-30, 36- 40, 43-46.
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qu'il n'y arien dans les manuscrits qui puisse l'étayer et pas d'arguments sérieux pour la justifier'.
En réalité ce discours présente une gradation logique facilement reconnaissable, à condition de l'interpréter selon l'esprit de l'évangéliste et de ne pas perdre de vue que, comme tous les autres discours du même écrit, il s'adresse non pas aux Juifs galiléens contemporains de Jésus, mais aux Juifs hellénistes du commencement du ii" siècle, qui repoussent le Christ au nom même de la théologie par laquelle l'auteur prétend justifier la foi au Christ. L'évangéliste a en face de lui des Juifs cultivés, qui connaissent l'assimilation traditionnelle de la manne au pain venant du ciel et qui ont appris, à l'école de leurs maîtres en philosophie religieuse, qu'en réalité ce pain d'origine céleste est le Verbe de Dieu, nourrissant les âmes. Ils acceptent bien que l'on doit rechercher la nourriture qui demeure envie éternelle (v. 27) et qu'il faut avoir foi aux envoyés de Dieu (v. 29), mais ils demandent des preuves que Jésus est cet envoyé de Dieu, et non Moïse (v. 31). Ils désirent qu'on leur donne de ce pain céleste (v. 35). Ce qui les fait murmurer, c'est que
1) Le défenseur le plus ingénieux de cette hypothèse de l'interpolation des vv. 51 à 59 est M. Spilta, professeur à l'Université de Strasbourg, dans une élude intitulée « Die urchristlichen Traditionen ueber Ursprung und Sinn des Abendnaahls» dans son premier vol. 7,ut Gesehichle und JÂtteratur des Urchrialentums (GoUingen. Vandenhoeck Ruprecht, 1893), p. 207 à 337. Voir p. 216 et suiv. M. Spitta observe qu'au v. 59 Jésus parle dans la synagogue de Gapernaijm, tandis qu'au v. 25 il parle au bord du lac; ceci n'est pas tout à l'ait exact; au v. 25 il y a ulpav tvîç OaXâc-aoî, c.-à-d. « de l'autre côlé » du lac de Genesareth, et non pas « au bord du lac ». Il estime que les vv. 61 et 62 : « cela vous scandalise? Que sera-ce donc quand vous verrez le Fils de l'homme monter où il était auparavant? » font suite au v. 50 : « Le pain qui est descendu du ciel, le voici », et non pas au morceau sur l'obligation de manger la chair du Christ. Ace comple-là nous devrions remanier tous les écrits de l'antiquité où l'auteur revient à une idée exprimée anlérieuremsnt, après en avoir développé une autre qui en est dérivée. 11 signale qu'au v. 51 il est parlé de ô apToç ô Çwv, tandis qu'au v. 48 il y a â apxoç xviç Çw^ç, qu'aux vv. 54 et 56 il y a Tpfoywv, tandis que dans le morceau précédent il y a cpayeïv. Auv. 51 cependant il y a encore cpayr, ; d'ailleurs ces différences verbales sont insignifiantes en comparaison de l'unité de ton et de style qui règne dans l'ensemble du discours.
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l'homme Jésusquileurparleprétende être lui-même ce pain du ciel ou pain de vie, c'est-à-dire le Verbe incarné (v. 35 à 42). Telle est cependant la thèse chrétienne de l'évangéliste. Pourquoi les Juifs ne l'acceptent-ils pas? parce qu'ils n'ont pas la foi (vv. 36, 40, 47) et ils n'ont pas la foi, parce que Dieu n'a pas exercé sur eux l'attraction sans laquelle nul ne peut venir à Christ (v. 44). Celte idée que tout bien et toute vie viennent de Dieu est l'application d'un des principes fondamentaux de la théologie judéo-alexandrine. Un premier point est ainsi établi : Christ est le pain de vie et, si les Juifs n'étaient pas incapables de saisir la vérité, ils reconnaîtraient bien que leurs pères sont morts après avoir mangé la manne; celle-ci n'était donc pas le pain de vie (v. 49).
Le Yrai pain de vie, c'est celui qui délivre de la mort le croyant qui en mange (v. 50). Or, comme le Christ, en tant que Verbe incarné, est lui-même ce pain, l'image poursuivie autorise à dire que c'est lui que le disciple fidèle doit manger. J^'évangéliste est amené ainsi à la seconde partie de son apologie chrétienne : la justification de la pratique eucharistique chrétienne oiiTon prétend s'assimiler la chair et le sang du Christ (v. 51). Il a eu soin, au préalable, de nous apprendre que se rassasier du pain du ciel, c'est venir vers Christ et que la condition d'accès à la vie éternelle, c'est d'avoir foi au Fils de Dieu. Nous sommes donc avertis. Au v. 56, après avoir énoncé sa thèse de la façon la plus crue (vv. 53-56), il a bien soin de l'expliquer encore : manger la chair et boire le sang du Christ, c'est demeurer en lui et l'avoir demeurant en soi, c'est l'unité mystique dont il décrira si bien plus loin la nature toute morale (ch. 13 et 17. 21 sqq.), c'est l'assurance de la vie éternelle (v. 58). Celte parole n'en reste pas moins dure à entendre (v. 60). Et ici, ce ne sont plus seulement les Juifs, c'est une partie des disciples du Christ eux-mêmes qui murmurent (v. 60 et 61). Que diront-ils donc, quand ils verront le Fils de Dieu remonter dans le séjour céleste (v. 62), c'est-à-dire quitter la chair pour rentrer dans la sphère de l'esprit? N'ont-ils donc pas encore compris le sens profond,