C'est ici la journée que l'Éternel a faite
Qu'elle soit pour nous un sujet d'allégresse et de joie.
Voilà quel fut le thème des paroles de Jésus et des entretiens des apôtres au repas pascal. Voilâtes hymnes de foi et de joyeuse espérance que, de l'aveu même des évangélistes, les disciples chantèrent ce soir là, en quittant la salle du banquet pour se rendre suivant leur habitude au mont des Oliviers.
Ce que Jésus a dit à ses apôtres en cette heure solennelle, nous ne le saurons jamais exactement. Mais nous pouvons affirmer, sans témérité, que, se fondant sur les délivrances accordées par l'Éternel jadis à son peuple, il leur parla de la fidélité et de l'amour du Père céleste pour ses enfants, pour tous ceux qui se repentent de leurs péchés et viennent à lui pour se régénérer en sa miséricorde, qu'il leur dépeignit une fois de plus le Royaume à venir, qu'il le leur montra prochain, ouvert à tous les hommes de bonne volonté, et qu'il confirma /dans leurs âmes les assurances de leur union avec le Père céleste, la certitude des dispositions miséricordieuses de l'Éternel envers eux, prémices du Royaume, c'est-à-dire les assurances de l'alliance (ScaôôxY]) entre eux et lui, entre eux et Dieu en vue du Royaume. En d'autres termes, nous pouvons supposer, selon toute vraisemblance, que Jésus, à l'occasion de ce repas plus solennel que les autres, leur renouvela, d'une façon plus solennelle aussi, les enseignements de l'Évangile, qu'il leur avait exposés déjà bien souvent auparavant, au cours de beaucoup d'autres j-epas pris en commun, mais auxquels le repas pascal, pris à Jérusalem même dans des circonstances aussi graves, donnait une valeur plus grande encore^ et auxquels plus tard le fait que ce repas avait été le dernier pris avec leur maître, imprima dans l'esprit des apôtres une consécration toute particulière.
On objecte que nulle part dans l'enseignement de Jésus on ne retrouve l'idée d'une « alliance » instituée par lui, que
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c'est là une conception paulinienne, l'opposition de la « nouvelle alliance » en Christ à V « ancienne alliance » du Sinaï. Mais nous avons déjà vu qu'il n'y a aucune raison de voir dans la tradition enregistrée par Matthieu et Marc un écho du récit de Paul sur la Gène, puisqu'elle ne porte aucune trace des idées caractéristiques de l'apôtre des Gentils^ L'aUiance, dont il a pu être parité par Jésus au repas pascal, n'est pas une conception théologique, c'est l'idée même qui forme le fond de l'Évangile, la proclamation de la disposition {Beritk, ^ia^%^q) en vertu de laquelle l'Éternel va fonderie Royaume de Dieu. Elle n'est pas pour Jésus comme pour Paul l'antithèse de l'ancienne ; elle en est au contraire l'accomplissement, la réalisation parfaite. Je ne tiens pas, d'ailleurs, au mot lui-même. J'ai déjà dit quelles faibles garanties présente la transmission du texte même des paroles dans des documents tardifs comme nos évangiles. Mais je retiens l'idée. Je ne vois aucune raison de ne pas la considérer comme authentique. Elle me paraît être l'antécédent naturel et nécessaire de la spéculation paulinienne sur l'antithèse entre les deux alliances, et surtout elle n'est qu'une forme de ce qui nous est apparu comme l'idée centrale exprimée par tous les documents antiques sur le repas eucharistique, l'idée d'union, de communion, des convives entre eux, avec le Christ et avec Dieu*. Cette idée là doit donc être primitive, puisqu'elle est antérieure à toutes les différenciations de la pratique première du repas du Seigneur.
Jusqu'ici la Gène, ainsi reconstituée, ne présente pas de caractère spécifique différent de celui que présentèrent certainement beaucoup de repas et beaucoup d'entretiens antérieurs de Jésus avec ses disciples. Ceci est capital.
Reste maintenant le point le plus délicat, f assimilation du pain au corps et du vin au sang du Christ. Nous avons con-
1) Voir p. 93, p. 107 et suiv.
2) Voir ci-dessus p. 118, n<» 21.