‹ Les origines de l'eucharistie [microform]Chapitre 33 sur 35 · LE PAIN ET LE VIN DE LA CÈNE · texte numérisé non relu

LE PAIN ET LE VIN DE LA CÈNE

(voir p. 85), et nullement l'organisme matériel dans lequel le Christ a vécu sur la terre. Ils forment tous un seul corps, parce qu'ils ont tous part au pain unique [1 Cor.^ iO. 17; voir p. 74 et suiv., et p. 84). D'après la Didaché les fidèles de toute la terre doivent être réunis dans le Royaume de la même manière que les grains de blé qui sont entrés dans la composition du pain eucharistique sont devenus un seul tout (èy^vETo £v, voir p. 55). D'une part, nous avons une conception idéaliste, toute imprégnée de la théologie de Paul; d'autre part, une représentation simple, populaire, tout imprégnée du génie littéraire juif ; mais toutes deux se rattachent à une même image première : l'assimilation de l'union entre les chrétiens à l'unité du pain que se partagent les fidèles. Le pain est le symbole matériel, le corps de l'alliance. Paul a gardé le terme pour le frapper à l'effigie de sa théologie; \si Bidaché a gardé l'idée sans le terme, et le témoignage des Actes concernant les premières communautés palestiniennes confirme celui de la Didaché.

Nous sommes donc autorisés, ce me semble, à statuer une tradition première, antérieure à celles-là, oii le pain était présenté comme l'image sensible et matérielle de l'union entre les disciples du Christ et le Christ lui-même, se partageant un seul et même pain. Quels furent les termes exacts employés par Jésus? Il serait présomptueux de prétendre les retrouver. On peut supposer qu'en parlant à ses apôtres de la grande délivrance prochaine, à l'avènement du Royaume de Dieu, délivrance bien supérieure à celle que l'on commémorait ce soir-là au repas pascal, en leur rappelant qu'ils étaient les prémices du Royaume, il leur dit, en leur distribuant le pain, des paroles telles que celles-ci : « voici le corps de notre alliance » , « voici notre corps » , et en leur passant la coupe : « voici la coupe de l'alliance, le sang qui consacre notre alliance », soit par allusion au sacrifice par lequel fut consacrée l'alhance du Sinaï [Eocode^ 24, 8 : 13où to oa\m x^ç otaO-^^x-/]?), soit encore par allusion au sang de l'agneau pascal dont les ïsraéhtes avaient oint les portes de leurs maisons lors de la

sortie d'Egypte pour être épargnés par rÉlernel [Exode, 12, 7 et 13). Tout cela est dans la note du repas pascal; tout ceia est normal. En toute circonstance Jésus paraît avoir rattaché ainsi ses enseignements aux particularités des lieux et des temps où il parlait.

Le souvenir de ces instructions dut rester d'autant plus vivant parmi ses disciples que ce furent en réalité les dernières. EUesn'étaient, d'ailleurs, quela reproduction, sous une forme plus saisissante, d'enseignements que Jésus leur avait certainement déjà maintes fois exposés dans les derniers temps de son ministère. Les uns s'attachèrent davantage à l'idée, les autres aux termes mêmes; tous les adaptèrent à leur conception de l'œuvre du Christ. Ce qu'il y a de certain, en effet, c'est qu'il n'y a pas deux de nos témoins qui s'accordent sur une même reproduction. Elles durent être particuhèrement présentes à leur esprit, quand ils se retrouvèrent réunis autour de la table commune, comme ils avaient coutume de faire du vivant de Jésus, et qu'ils se le rappelèrent prononçant les prières de bénédiction sur le pain et sur le vin suivant l'usage de la piété juive. Toutes leurs pensées alors se reportaient sur lui. Leur unique raison d'être là ensemble, de demeurer unis, de ne pas rentrer dans le courant de la vie juive dont ils sortaient, c'était son souvenir, la conscience qu'il les avait associés à son œuvre, qu'il y avait entre eux et lui une aUiance, un contrat mystique, qu'ils étaient les prémices du Royaume à la prochaine venue duquel ils ne pouvaient cesser de croire. Le pain qu'ils rompent leur parle de lui; la coupe à laquelle ils boivent les unit à lui. Ces repas sont vraiment les repas du Seigneur. Ils le sentent présent au milieu d'eux, les soutenant, les exhortant, les confirmant dans la divine espérance de la restauration suprême.

Celui qui n'est pas capable de se représenter ces réalités de la vie psychique ne comprendra jamais rien à la genèse du Christianisme. C'est là, dans ces réunions de prière, dans ces repas religieux en commun, qu'a dû naître et se propager

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