‹ Les origines de l'eucharistie [microform]Chapitre 4 sur 35 · GNOSTIQUES ET MONTANISTES · texte numérisé non relu

GNOSTIQUES ET MONTANISTES

Il n'y a presque rien à glaner pour notre enquête dans les relations incomplètes et partiales que nous possédons sur les gnostiques chrétiens de la première moitié du ii' siècle. Irénée {Adv. haer., IV, 18.4 et suiv.) dit que les églises hérétiques, pas plus que les Juifs, ne peuvent faire de pures oblations à Dieu ; car les Juifs ont les mains pleines de sang et n'ont pas accueilli le Verbe de Dieu, et les hérétiques, c'est-

1) Au début du ch. 117, non transcrit plus haut.

2) Dans la théologie de Justin le pardon des péchés, la nouvelle naissance sont exclusivement rattachés au baptême (voir au début du ch. 66).

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à-dire les gnostiques, considèrent le monde comme l'œuvre d'un Dieu inférieur; ce serait donc, d'après eux, faire injure au Père ou Dieu supérieur que de lui offrir des produits du monde inférieur et ils ne peuvent admettre que du pain eucharistie soit le corps du Seigneur et que le calice contienne son sang.

Assurément l'idée même d'oblations matérielles devait répugner à l'idéalisme de la plupart des gnostiques, plus encore qu'aux chrétiens de la première église catholique. Leur docétisme devait s'accommoder assez mal de l'assimilation du pain et du vin à la chair et au sang du Christ. Mais ils avaient de si prodigieuses ressources d'allégorie et un si parfait dédain de la tradition positive, au profit d'enseignements ésotériques et mystérieux, que ce langage d'apparence matérialiste n'eût pas suffi à les détourner de célébrer une eucharistie sous une forme ou sous une autre, à supposer même que la tradition eût été unanime à faire du pain et du vin la chair et le sang du Fils de Dieu. En réalité, comme nous le verrons plus loin, il n'en était pas ainsi.

D'autre part, la plupart des gnostiques étaient portés vers le rituahsme, les actes et les formules symbohques ou même magiques. 11 est donc probable a priori qu'ils ont célébré des eucharisties, de même qu'ils pratiquaient divers baptêmes. Dans la dernière partie de la Pistis Sophia ' nous avons la description d'une Gène analogue à celle de la tradition catholique :

« Et Jésus dit : apportez-moi du feu et des branches d'olivier. Ils les lui apportèrent; il les mit sur l'offrande, il plaça deux vases de vin, l'un à droite, l'autre à gauche de l'offrande : il plaça l'offrande devant les [vases]; il plaça une coupe d'eau près du vase de vin qui était à droite et il plaça une coupe d'eau près du vase de vin qui était à gauche ; puis il plaça des pains au milieu des coupes, selon le nombre des disciples. Il plaça une coupe d'eau derrière les pains. Jésus se tint debout en avant de l'offrande; il plaça ses disciples derrière lui, tous revêtus d'habits de lin, ayant en leurs mains le chiffre du nom du Père du Trésor de la lumière d

1) Traduction de E. Amélineau, p. 195 (Paris, Chamuel, 1895).

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