INTRODUCTION
L'Église enseigne que Jésus a institué l'eucharistie comme le sacrement de la présence réelle de son corps et de son sang, comme le rite commémoratif de sa passion et comme le véritable sacrifice de la nouvelle alliance. L'exégèse catholique retrouve cet enseignement dans les textes du Nouveau Testament qui traitent de l'eucharistie, en particulier dans les récits de la dernière cène, auxquels elle attribué une valeur historique absolue.
Au Xle siècle l'enseignement de l'Église a rencontré une première grande opposition, quand Bérenger de Tours rejeta le dogme de la présence réeUe. Plus tard les chefs de la Réforme : Luther, Calvin et Zwingle, multiplièrent les négations. Enfin, depuis l'avènement des études historiques, tous les aspect de la doctrine traditionnelle sont mis en question ou rejetés. Les travaux de critique furent très nombreux au cours du siècle passé (i). Vers la fin du siècle une certaine accalmie se produisit, mais elle fut de courte durée. En 1891, le travail de A. Harnack, Brod und Wasser : die eucharistischen Elemente bei Justin (2), marqua le début d'une série nouvelle de controverses, auxquelles ont été mêlés les critiques les plus en vue : Weiszàcker, Jiilicher, Spitta, Haupt, H. J. Holtzmann, R. A. Hoffmann, Eichhorn, Schweitzer, J. Hoffman, Heitmiiller, Goetz, Andersen, O. Holtzmann, Seeberg, Loisy, Réville, Goguel, Dibelius, Clemen, Wetter, R. Eisler, G. Kittel, Lietzmann et Vôlker. Ces controverses, dont notre ouvrage voudrait faire l'exposé et l'examen, portent avant tout sur les origines des
(i) Voir H. ScHULTZ, Zur Lehre vont heiligen Abendmahl, Gotha, 1886; A. Schweitzer, Dus Abendmahl im Zusammenhang mit dem Leben Jesu und der Geschichte des Urchristentums, fasc. I : Das Abendmahlsproblem auf Grund der wissenschaftlichen Forschung des 19. Jahrhunderts und der historischen Berichte, Tubingue, 1901.
(2) Publié dans les Texte und Untersuchungen zur Geschichte der altchristlichen Literatur, t, VII, fasc. 2, Leipzig, 1891.