‹ Les origines de l'expédition d'ÉgypteChapitre 161 sur 173 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

réminiscence de projets périmés, l'application à une fin nouvelle d'un moyen déjà proposé en vue d'autres fins. C'est la suite logique et la synthèse de tous les projets précédents; c'est la réalisation tardive d'un vœu complexe et mainte fois exprimé.

Ce vœu n'aurait sans doute pas été exaucé sans l'intervention, à une heure donnée, de circonstances particulières, de conditions déterminées, dont l'entrée en jeu a été décisive. Mais ces circonstances particulières, ces conditions déterminées auraient-elles suffi à faire naître, décider et exécuter le projet de conquérir l'Egypte, si ce projet n'était pas, d'ores et déjà, parvenu à maturité?

Il est permis d'en douter. L'expédition d'Egypte n'aurait probablement pas été entreprise en 1798, si la France n'avait pas été en guerre avec l'Angleterre et que le plan de descente sur les côtes anglaises n'eût pas été abandonné. Mais l'idée de détourner vers l'Egypte l'effort maritime et militaire de la France ne serait peut-être venue ni à l'esprit de Talleyrand, ni à celui de Bonaparte, si cette idée n'avait, pour ainsi dire, préexisté dans leur esprit. Elle n'aurait peut-être pas été accueillie par les directeurs, si elle n'avait ranimé dans leur mémoire les échos de voix naguère entendues. Ainsi, pour que l'expédition d'Egypte pût avoir lieu, peut-être était-il nécessaire que la proposition en eût été souvent émise, que l'Egypte jouât dans la politique française le rôle qui

était le sien, que des intérêts multiples lui eussent assigné ce rôle.

Nécessaires ou non à l'initiative dont est résultée l'expédition d'Egypte, les origines qui lui constituent comme une lignée ancestrale donnent à cette entreprise son véritable caractère et sa signification propre. Sans ces antécédents, sans ces origines, elle ne serait, dans l'histoire de France, qu'un accident. A qui en a suivi la genèse, elle apparaît comme le terme logique d'une évolution régulière. Il en est de l'expédition d'Egypte comme du percement de l'isthme de Suez : ni l'une, ni l'autre n'est le fruit d'une inspiration soudaine, d'une conception isolée. Talleyrand, Bonaparte, non plus que Lesseps, n'ont été les inventeurs des projets grandioses qu'ils ont suggérés ou exécutés. Il est des entreprises trop colossales pour que conception, initiative et exécution puissent être à la portée d'une seule intelligence et d'une seule activité humaine. En est-il même, parmi les entreprises de moindre envergure, qui soient l'œuvre d'une volonté unique, le résultat d'un éclair spontané de l'esprit? L'évolution historique d'aucun peuple ne comporte de véritables accidents. Les événements qui, à première vue, paraissent présenter ce caractère accidentel le perdent, le plus souvent, à l'analyse qui les ramène à l'état de phénomènes naturels. Ainsi l'histoire oblige à croire, « dans l'ordre spirituel comme dans l'ordre cosmique, à cette force de

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