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Les origines de l'imprimerie et son introduction en Angleterre

EUX qui se plaisent à faire remonter toute invention k sa forme primitive considèrent les briques moulées de l'Assyrie et de l'Egypte comme la première manifestation connue de l'Imprimerie, et cela semble assez vrai, si le mot impression est employé dans un sens assez large pour y comprendre toute sorte de caractères obtenus au

a LES ORIGINES DE L'IMPRIMERIE.

moyen de moules ou de coins. Dans cet ordre d'idées, l'emploi des sceaux serait une autre forme de l'imprimerie, et de même pour l'art de battre monnaie qui, d'après Hérodote, a été pratiqué pour la première fois par les Lydiens.

Pour rentrer dans la typographie proprement dite, il parait hors de doute que l'Imprimerie était connue et pratiquée en Chine longtemps avant son introduction en Europe, et probablement vers le ix« siècle.

On s'y servait de blocs de bois gravés d'une façon très-ingénieuse. On écrivait d'abord une copie manuscrite sur le papier mince qui est encore universellement employé en Chine, puis on le collait sur le bloc, la face en dessous, et on le rendait transparent en l'imbibant d'huile. Le graveur avait ainsi devant lui le tracé renversé du manuscrit et en gravant à travers le papier, il obtenait immédiatement une page type. Le tirage des épreuves se Relisait au moyen d'une encre délayée, semblable à Vencre de Chine d'aujourd'hui. L^impression se faisait au moyen d^une brosse douce, que Ton passait légèrement sur le dos du papier, et un ouvrier habile pouvait tirer ainsi près de deux mille exemplaires dans sa journée. Il y a une ressemblance frappante entre ces livres chinois et les incunables de l'Allemagne et de la Hollande. Les feuilles ne sont imprimées que d'un côté du papier et elles sont reliées de la même manière, les deux pages imprimées se

trouvant face à face. Dans les deux pays^ on avait l'habitude de coller ensemble les pages blanches des feuilles^ afin de présenter Timpression sans interruption. Les premiers incunables européens portent aussi la trace de salissures obtenues soit par le frottement du papier sur la surface encrée de laplanche^ soit par les coups de la brosse. Mais on reconnaît qu'il n'y a pas eu de forte pression à ce que le papier n'est jamais déchiré autour de Tœil de la lettre.

L'art ainsi pratiqué en Chine aurait été^ dit-on, apporté en Europe, au temps de Marco Polo, et, il y a quelques années, cette tradition obtint une confirmation nouvelle par l'érection d'une statue, aux frais des imprimeurs de Milan, à un certain Panfilo Castaldi. Selon les auteurs italiens, ce Panfilo Castaldi, originaire de Feltre, aurait vu quelques livres chinois rapportés par Marco Polo. Il était familier avec l'art de mouler le verre de Venise pour former des initiales de manuscrits, et aurait conçu l'idée de fabriquer des types en bois ou en métal d'une seule lettre. 11 aurait réussi à imprimer ainsi plusieurs feuilles d'un seul côté, à Venise et vers 1426. On ajoute que Jean Faust le connut à Feltre, et qu'il acquit ainsi la connaissance de l'art typographique qu'il devait développer plus tard en Allemagne.

L'histoire de Castaldi n'est confirmée par aucun document ni par aucune autre preuve historique de

valeur. Plusieurs circonstances concourent à la discréditer . Marco Polo, qui rapporte avec des détails minutieux presque tous les faits relatifs à la Chine, ne fait, ce qui est d'ailleurs assez étrange, aucune allusion à Tart d'imprimer des livres, bien qu'il dût y être d'un usage général pendant son séjour et bien qu'il parle de l'emploi d'un sceau enduit de vermillon servant à marquer la monnaie de liège du Grand Kaan. Il n'existe pas un seul incunable de Venise, d'une date aussi ancienne que ceux produits en Allemagne, et on ne connaît aucun livre imprimé en caractères mobiles à Venise antérieur à Tannée 1469, époque à laquelle Jean de Spire ût sa première édition des Epistolœ familiares de Cicéron. En outre, tous les faits connus sur l'enfance de la Typographie européenne sont incompatibles avec une théorie quelconque qui puisse admettre l'existence de caractères mobiles en bois ou en métal antérieurs au milieu du xv* siècle. Nous pouvons suivre le progrès de cet art en Europe pas à pas, à partir de son commencement primitif jusqu'à sa perfection avec une exactitude telle que nous devons exclure l'idée qu'il ait été introduit comme une chose mûre et établie, en procédant d'après des méthodes déjà découvertes.

11 existe bien en Europe des livres qui ont été imprimés au v* ou au vi* siècle de notre ère, mais ils semblent avoir été exécutés non pas par une presse

PREMIERS ESSAIS. — INCITNABLES. $

typographique, mais bien par la xylographie. Nous pouvons en mentionner deux de ce genre, le Codex argenteus à la bibliothèque d'Upsal et les Evangiles à la bibliothèque du chapitre de Vérone. Le premier est en caractères mésogothiques et semble venir du nord de l'Europe. Le dernier, un des monuments les plus magnifiques de la Typographie, est exécuté en lettres d'argent siu- du vélin bleu foncé, avec des initiales en or. On voit clairement, à Taspect des deux ouvrages, que chaque lettre a été imprimée séparément sur le véUn avec un coin chauffé, comme ceux dont les reUeurs se servent aujourd'hui. En quelques endroits on s'est servi d'une pression trop forte et la page a été coupée par les bords tranchants du coin \ ailleurs le coin était trop chaud et le vélin est roussi.

Mais il faut avouer que ce procédé ne facilitait en aucune façon la multiplication des exemplaires d'un manuscrit; il était, au contraire, plus lent que récriture, et plusieurs siècles devaient s'écouler avant que Part ne prit une tournure pratique.

Il est généralement admis aujourd'hui que la xylographie, ou impression au moyen de blocs de bois gravés, fut la première forme sous laquelle l'Imprimerie apparut en Europe ; mais si nous voulons essayer de faire remonter les traces de la gravure sur bois à son origine, nous nous trouvons de nouveau transportés au milieu de légendes incertaines et d'hypothèses insoutenables.

L'histoire des deux Cunio a souvent été racontée, mais elle ne peut en aucune manière être considérée comme digne de foi. D'après elle, un volume intitulé les Faits historiques, représentés en images, du grand et magnanime roi de Macédoine, le téméraire et valeureux Alexandre, aurait été exécuté, en 1284 ou 1285, par Alexandre-Âlbéric Cunio, chevalier, et Isabelle Cunio, sa sœur jiunelle, lorsqu'ils n'avaient que seize ans. Il était dédié au pape Honorius IV, et est ainsi décrit par un de ses prétendus auteurs : « Nous l'avons d'abord conçu en grand pour être réduit à l'exécution et pour être exécuté en relief avec un couteau sur des blocs de bois lissés et polis par ma savante et chère sœur. Tous deux nous avons continué et achevé ce travail à Ra venue, d'après les huit tableaux de notre invention, peints de dimension six fois plus grande que la reproduction ; nous avons gravé les planches et donné leiur explication par des légendes aussi gravées. Enfin nous avons tiré plusieurs exemplaires sur du papier pour en multiplier le nombre et nous mettre à même de les offiîr à nos connaissances et à nos amis, comme marque de gratitude, d'amitié et d'affection. »

Ces gravures ont été découvertes dans la maison de M. de Greder, en Suisse, par M. Papillon. Elles étaient reliées dans un livre contenant des notes au sujet de leur histoire, d'après lesquelles il résulte que le volume aurait été donné à un certain Jean-Jacques Turine,

par le comte de Cunio. Toute cette histoire n'est pas digne de foi. Papillon appartenait à une famille qui depuis longtemps était familière avec Tart de graver sur bois ; quelques-uns des culs-de-lampe qu'il a faits avec Lesueur pour une édition in-folio des Fables de La Fontaine ont beaucoup de mérite, mais comme historien il se montre tout à fait indélicat et indigne de foi. Heinecken, qui considère le commencement du XVI* siècle comme Pépoque à laquelle la gravure sur bois a été introduite en Italie, traite avec mépris la partie historique de son Traité de la gravure en bois.

« Je ne puis nommer aucun artiste de ce pays, dit-il, qui ait gravé sur le bois avant Hugo da Carpi, Dominique Beccafumi etBalthasar Perru\is peintres presque contemporains et qui travaillèrent tous au commencement du XVI' siècle. Ce que Marolles dit des gravures sur bois, en Italie, avant ces maîtres, n'est qu'une conjecture. Florent le Comte a copié ses fautes, et Papillon les a augmentées plus que tous les autres dans son Traité de la gravure en bois, ouvrage dont le premier tome (car pour le second je ne suis pas juge compétent) est rempli d'erreurs, de fables et de minuties, tellement qu'il ne vaut pas la peine de les réfuter. Cependant je suis convaincu que l'auteur, dont je connais le caractère, a écrit tout cela de bonne foi, sans en savoir davantage ^»

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