‹ Les origines de l'imprimerie et son introduction en AngleterreChapitre 7 sur 10 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

FAUST BT SCKCSFPBR.

'est à Mayence, dans Tatelier de Faust et Schœffer que nous trouvons pour la première fois rimprimerie pratiquée sur une vaste échelle et dans des circonstances qui ont pu être relevées par l'histoire d'une foçon précisa. Dans les mains de ces artistes , l'art typographique atteignit la perfection pour ainsi dire d'un seul bond.

L'ambition de Gutenberg avait été de consacrer ses premiers travaux à une édition complète de l'Écriture sainte, et tout porte à croire qu'en 1455, lorsque cessèrent ses relations avec Faust, l'ouvrage était déjà fort avancé. Quand eut lieu la rupture entre les deux associés, rien ne prouve d'une façon précise

que tout fut terminé, et on ne peut qu'espérer poiu: le pauvre Gutenberg qu'il ait eu la satisfaction de mener jusqu'au bout le monument si courageusement entrepris. Mais toutefois, si quelques premiers exemplaires furent vendus avant 145 5 , il n'y a point de doute que le §pros du tirage se trouva invendu entre les mains de Faust et de Schœfler qui eurent le bénéfice d'écouler le reste de l'édition.

Cette première Bible qui est en même temps le premier ouvrage important imprimé à Mayence est une édition de la Vulgate latine exécutée en caractères métalliques d'une grande dimension.

Elle est appelée Bible Ma\arine parce que le premier exemplaire en fut découvert dans la bibliothèque du cardinal Mazarin. Elle consiste en 641 feuilles, formant parfois quatre grands volumes in-folio; des exemplaires sont siu: papier d'une texture magnifique, d'autres sur vélin. On en connaît aujourd'hui environ quinze exemplaires.

Elle était sans date ni nom d'imprimeiu- , car évidemment on voulait lui donner l'apparence d'un manuscrit; mais on suppose, d'après des données certaines, qu'elle a été imprimée entre 1450 et 1455. Il n*est même pas improbable que ce volume ait occupé la presse pendant tout ce temps, c'est-à-dire cinq ans, car certains détails de métier prouvent que chaque page a été imprimée séparément. Ces volumes précieux

FAUST ET SCHOEFFER.

sont admirés de tous ceux qui les voient : la netteté^ la régularité et Télégance du type, l'éclat de Tencre et la pureté du papier en font un ouvrage parfait que les typographes modernes auraient de la peine à reproduire, sans pouvoir espérer mieux.

Faust se rendit à Paris dans Tintention de vendre une partie du tirage et obtint, dit-on, du roi de France sept cent cinquante couronnes pour un exemplaire. Plus tard, lorsqu'on apprit que d'autres exemplaires étaient prêts pour la vente à des prix variant de cinquante à trois cents couronnes, l'inventeur fut soupçonné de sorcellerie. Il est peu probable que le diable, son associé prétendu, eût choisi une édition de la Bible poiu* sa première spéculation typographique, mais, dans tous les cas , il aurait réussi, car il paraît que le nombre des exemplaires vendus fut relativement considérable. Les prix en variaient sensiblement et ces différences s'expliquent, si l'on se rappelle que la première édition fut imprimée partie sur vélin et partie sur papier, et que les lettres initiales et autres enjolivures étaient faites à la main à des prix variés. 11 n'y a pas de doute que les volumes aient été vendus en principe comme manuscrits et considérés chacun comme exemplaire unique; on en débattait le prix suivant leur beauté individuelle. Mais le temps passa où l'on put faire croire à d'aussi nombreux manuscrits, et le second ouvrage de Faust et SchœfTer

fut publié et annoncé expressément comme un livre imprimé. Ce fut le fameux Psautier de Mayence de 145 7, le premier livre imprimé qui porte le nom de rimprimeur, l'endroit et la date de sa publication. L'indication suivante^ qui termine le livre, est intéressante à cause de sa description du nouvel art :

Presens Spalmorum (sic) Codex vettustate capitobum dicoratus, ruhncaiionibusque suficienter distùictus ad invennone arnjtciosa impri" mêndi ac caracUriianài ahsque calami Ma exarationê sic ^giaitts, et ad eusebiam Det industrie est coMsummatus per Johaïutem Fust, awem Moguntinum, et Petrum Schaffer de CerMsikeùn, ommo Domùti Âtûle^ simo CCCC.LVII, in Vigilia Assumpcionis,

Au-dessous, se trouvent les armes de Faust et SchœfFer gravées sur deux écussons, et cette marque fut pendant plusieiirs générations celle de l'imprimerie de Mayence. 11 est curieux que le mot Psalmorum soit imprimé par erreur Spalmorum^ erreur malencontreuse dans une partie ainsi faite pour attirer l'attention.

Le type avec lequel le psautier est composé est fort et hardi. Toute l'édition, imprimée sur du vélin , fut enlevée si rapidement qu'une remise sous presse Alt nécessaire en 1459. La belle exécution des lettres initiales a été souvent commentée, et la notice citée plus haut semble prouver que Faust et SchœfFer avaient réussi, dès cette époque, à les reproduire typographiquement en couleurs.

FAUST ET SCHCEFFER.

On comprit bientôt la nécessité d'un type plus petit et plus commode, et dans la même année que la deuxième édition du psautier, Faust et Schœfièr produisirent avec une nouvelle fonte un in-folio de 320 pages, en 2 colonnes de 63 lignes chaque, intitulé Rationale Divinorum Officiorum. C'est une encyclopédie de renseignements concernant l'origine des cérémonies religieuses. Il fallait déjà que l'imprimerie de Faust et Schœffër fut riche en matériel pour pouvoir établir même une seule feuille in-folio, encore est-il probable qu'il devait y en avoir au moins deux, pour en composer une pendant que l'on tirait l'autre.

Dans les Constitutiones démentis Papœ V, dont trois éditions parurent entre 1460 et 1471, un nouveau progrès fut accompU par les notes marginales. En 1405, dans une édition du De Officiis de Cicéron, on employa l'espacement poiu* la première fois et les lignes furent un peu séparées pour en rendre la lecture plus facile. Ainsi, dans un espace de dix ans, l'art typographique était en quelque sorte créé de toutes pièces et n'avait plus à recevoir que des perfection* nements de détail.

La première Bible avec date, connue sous le nom de Bible de Mayence, fut éditée par Faust et Schœffer, en 1462. Le hasard a conservé un titre curieux et authentique du prix auquel ce volume fut vendu.

Dans un exemplaire qui avait appartenu autrefois à

Guillaume de Tourneville, chanoine à Angers, Van Praet a découvert une note en latin indiquant que le prix auquel il avait été acheté le 5 avril 1470, était de 40 couronnes. Ajoutons, par comparaison, qu'un des exemplaires de cette Bible de Mayence atteignit à la vente publique de la collection La Vallière la somme de 4,086 francs.

11 était intéressant de s'étendre un peu sur la description de ces premières productions de Faust et Schœffer pour montrer ainsi combien avait été dès le commencement la grandeiu* de Teffort, et à quel résultat ils étaient arrivés.

Sans vouloir poursuivre le catalogue raisonné de leurs publications, on peut affirmer que leur activité ne se ralentit pas pendant plusieurs années et qu'ils produisirent une grande quantité de volumes traitant principalement de sujets de théologie, de droit et de scolastique. Ils imprimèrent aussi des classiques anciens. Faust termina sa laborieuse carrière à Paris, où il s'était rendu pour af&ires en 1466. Pendant ses dernières années, il avait rempli plusieurs fonctions honorables à Mayence. Son û\s Conrad continua sa maison et resta associé avec Schœffer, qui devint aussi magistrat et juge à Mayence, en 1489. SchœfFer vécut jusqu'en 1503, mais il se tint éloigné des affaires pendant les derniers jours de sa vie. Son iils, Jean SchœfTer, imitant l'exemple du fils de

Page 1