‹ Les origines de la civilisation [microforme]Chapitre 12 sur 108 · IS UE · texte numérisé non relu

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| « jenne mari, c’est-à-dire avec son beau-père. Sil la femme | « vient des enfants de ces liaisons, c’est le jeune mari l'un de l’ | + SE ae £ ae :

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La polyandrie, c’est-à-dire le mariage d’une même

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qu'on ne le croit ordinairement, quoiqu’elle le soit

moins que la polygamie, partout permise chez les sauvages, On peut expliquer cette universalité de la polygamie, par une cause évidente ; quoique je ne dise pas que ce soit la senle. Après le sevrage de nos enfants, le lait reste longtemps une partie importante et nécessaire'de leur alimentation. Nous suppléons à ce besoin avec le lait de la vache ; mais chez les peuples qui n’ont pas d'animaux domestiques, il ne peut | en être ainsi; aussi les enfants ne sont-ils sevrés | qu'à deux, trois et mème quatre ans. Pendant | tout ce temps l’homme et la femme restent ordi-

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nairement séparés, donc, à moins qu'un homme n'ait plusieurs femmes, il n’en a plus du tout. Ainsii Viti «les arents d’une femme regardent comme une «insulte publique la naissance d’un nouvel enfant | « avant que trois ou quatre années se soient écou- « lées, et ils considèrent de leur devoir de s’en ven: | « ger d’une façon publique (1). »

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(1) Lewin, {2) Burckh4 (3) Loc, cit

(1) Séemann, À mission to Fiji, p. 191.

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la femme jouissent autant que possible de la société l'un de l’autre, mais chez les Turcomans, selon Fraser, le mari ne peut visiter sa femme qu’en cachette pendant six mois ou un an, ou quelquefois même deux ans après le mariage.

Kiemm nous affirme que la même coutume existe chez les Circassiens jusqu’à la naissance du premier enfant. Chez les Vitiens, mari et femme ne passent pas la nuit ensemble. A Chittagong (1) (Inde),où,selon nos idées européennes, il n’y a guère de moralité, on ue permet cependant au mari et à la femme de cohabiter que sept jours après le mariage.

Burckhardt (2) affirme qu’en Arabie, après le mariage, si on peut s'exprimer ainsi, la mariée retourne à la tente de sa mère, mais s’en échappe le soir et répète ces sorties plusieurs fois. Elle ne va habiter la tente de son mari que quelques mois, souvent mème qu'un an après le mariage.

Lafitau nous informe que chez les Indiens de l’Amérique septentrionale le marine peut visitersafemme qu'en cachette ; « Ils n’osent aller dans les cabanes particulières, où habitent leurs épouses, que durant l’obscuritéde la nuit... Ce serait une action extraordinaire de s’y présenter le jour (3).»

On dit que dans le Futa, un des royaumes de l’Afrique occidentale, un mari ne peut voir la figure de sa femme qu'après trois ans de mariage.

À Sparte et en Crète, selon Xénophon et Strabon,

(1) Lewin, doc. cit., p. 51,

(2) Burckhardt, Notes, vol, VI, p. 269.

(3) Loc, cit., vol, 1, p. 576.

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les nouveaux mariés ne pouvaient se voir que clandestinement pendant quelque temps après le ma- | riage ; une semblable coutume existait, dit-on, parmi | les Lyciens. On n’a encore, autant que je le sache, donné aucune explication satisfaisante de cette coutumc; j'essayerai tout à l'heure d'en suggérer une, Dans bien des cas les sauvages n'observent aucune cérémonie pour le mariage. « Je n'ai rien dit, écrit

« Metz, des cérémonies du mariage chez les Badagas « (Indoustan), parce qu’ils n’en ont à peine pas. » Les Kurumbas, une autre tribu des collines de Nilgherry, ne connaissent pas les cérémonies du mariage (1). Selon le colonel Dalton (2), les Keriahs de l'Inde centrale « n’ont, dans leur langage, aucun mot « signifiant mariage, et la seule cérémonie semble être « la reconnaissance publique du fait. » Les missionnaires espagnols n’ont, de leur côté, trouvé aucun mot signifiant mariage, ni aucune cérémonie se rapportant à cet acte, chez les Indiens de la Californie (3). ll Plus au nord, chez les Indiens Kutchin, « on n’oh- | «serve aucune cérémonie ni au mariage ni à |a « naissance (4). »

« La cérémonie du mariage dans nos tribus (les « Peaux-Rouges des États-Unis), dit Schoolcraft, con- | « siste simplement dans le consentement personnel | « des parties, sans qu'il soit besoin d’un prêtre, d’un « magistrat ou de témoins; les parties accomplissent

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(1) Trans. Ethn. Soc., vol. VIT, p. 276.

(2) Pbid., vol. VI, p. 25.

(3) Bagaert, Smithsonian Report, 1863, p. 368. (4) Smith sontan Report, 1866, p,. 326.

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« cet acte, sans qu’il soit besoin d’une sanction étran- «gère (1). »

Selon Brett, il n'existe pas de cérémonie nuptiale chez les Arawaks de l’Amérique méridionale (2). Martius fait la mème assertion pour les tribus brésilierües en générale (3); il en est de même pour quelques tribus australiennes (4).

« On ne connait pas le mariage en Abyssinie, dit « Bruce (5), à moins qu'on n’appelle mariage l’union « contractée parle consentement mutuel des deux par- «ties, sans avoir besoin d'autre sanction, union qui ne «subsiste que jusqu’au moment ou un des deux con- «joints désire la rompre et qui peut se renouveler «aussi souvent qu’il leur plait; ils peuvent donc se sé- « parer, se remarier à d’autres, avoir des enfants, et un «beau jour redevenir mari et femme. Je me rappelle «avoir vu un jour à Koscam, au cercle dela Iteghe (la «reine),une femme de grande qualité, entourée de sept « hommes qui, tous, avaient été ses maris, et dont aucun «n'était l’heureux époux du moment. Et cependant il «n'y a pas pays au moncle où il y ait autant d’églises, » Chez les Arabes Bédouins on fait une cérémonie pour le mariage d’une jeune fille, mais si une veuve convole en secondes noces cela a trop peu d'importance, selon eux, pour en mériter une. Speke (6) dit: « On ne con- « nait pas le mariage dans le royaume d'Uganda. »

(1) Indian Tribes, p.248, 152.

(2) Guiana, p. 101.

(3) Loc, cit., p. 01.

(x) Eyre, Discoveries, vol. IT, p. 319,

(5) Bruce, Travels, vol. IV, p. 487 et vol. V,p. 1. (6) Journal, p. 361,

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Selon Caillié (1), mari et femme, chez les Mandingues (Afrique occidentale), s’unissent sans aucune ctrémonice. Hutton (2) affirme qu’il en est de même chez les Ashantees. Au Congo et à Angola (3) « On ne fait « aucune cérémonie pour le mariage, c’est à peine « mème si l’on s'inquiète du consentement des pa- « rents. » Le Vaillant (4) nous dit que les Hottentots ne connaissent pas la cérémonie du mariage; et les Bosjesmans, selon M. Wood, n’ont dans leur langage aucun mot pour distinguer une fille, d’une femme mariée (9).

Il ne faudrait cependant pas croire que le seul fait qu’ils sont contractés sans cérémonies rende les liens du mariage nécessairement fragiles. « Dans cette île « (Tahiti), dit Cook (6), le mariage nous parait con-

« sister simplement en un contrat, consenti par l’homme

« et par la femme, sans que le prêtre ait rien à y voir. « Une fois le contrat fait, il semble assez respecté par « les deux conjoints, bien que quelquefois ils se séparent en vertu d’un consentement mutuel, et dans ce cas le divorce a lieu avec aussi peu de cérémonie que s'était accompli le mariage. Bien que les prêtres ne se soient pas ingérés dans la cérémonie du ma-

riage, ils se sont réservé deux opérations qui leur «procurent de beaux bénéfices : le tatouage et lu

(1) Loc, cit., vol, [, p. 350.

(2) Klemm, Cultur d. Menschen, vol. IIL, p. 280,

(8) Astley, Coll, of Voyages, vol. III, p. 221, 227.

(a) Voyages, vol. IT, p. 58.

(5) Natural history of Man, vol. 1, p. 269.

(6) Cook, Voyage autaur du monde, Hawkesworth, Voyages, vol, Il p. 240. Pour les îles de la Caroline, voir Kiemm, loc, cit., vol. IV, p. 299.

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MARIAGE ET PARENTÉ. 79 «circoncision. » Puis il ajoute plus loin que les femmes mariées à Tahiti sont tout aussi fidèles à leurs maris que dans les autres parties du monde.

IL est bon d’avoir toujours présente à l'esprit la distinction qu’il faut faire entre un mariage « facile» et un mariage « fragile », si l’on peut s’exprimer ainsi. Dans quelques pays on peut rompre avec la plus grande facilité le lien conjugal et cependant, tant qu'il dure, les deux époux le respectent strictement; tandis que dans d’autres pays c’est tout le conlraire.

Peut-être, après tout, un cérémonial quelconaue vaut-il mieux que rien pour solenniser le mariage; ccpendant quelques races l'accompagnent de pratiques qui sont fort regrettables. Quelques autres sont fort curieuses et sans aucun doute symboliques. Ainsi Carver (1) nous dit que chez les Indiens du Canada, dès que le chef a prononcé la formule consacrant le mariage, «le mari se retourne, se baisse, prend sa «femme sur son dos et la porte ainsi jusqu’à sa tente «au milieu des acclamations des spectateurs.» Bruce a observé une coutume identique en Abyssinie. Quand la cérémonie est terminée, dit-il, « le mari prend sa «femme sur ses épaules et la porte jusqu’à sa maison. «Quand son habitation est trop éloignée, il se con- «tente de faire le tour de la maison de sa femme (2).»

En Chine, quand le cortége conduisant la mariée arrive à l'habitation du mari, une iaatrone porte la

(1) Travels, p. 374.

(2) Vol. VII, p. 67,

mariée dans la maison en la faisant passer au-dessus d'un fourneau de charbon placé à la porte (1).

Nous verrons tout à l'heure que ce ne sont pas là des cas isolés; cette coutume de soulever la mariée ct de la porter dans la maison de son mari a une signification. J'indiquerai bientôt plusieurs coutumes semblables, coutumes dont M. M’Lennan, dans son magnilique ouvrage sur le « mariage primitif, » a indiqué toute l'importance et toute la signification.

Je vais actueller.ent essayer de retracer quels ont été les développements successifs de la coutume du mariage. [Il y a tout lieu de croire que les sauvages vivent, ou ont vécu sous ce rapport, dans un état qu'on pourrait appeler le « mariage en commun, » ou la « communauté des femmes ». Sir Edward Belcher (2) constate qu'aux îles Andarmnan, l’homme et la lemme restent ensemble jusqu’à ce que l'enfant soit sevré; il va de soi qu’ils se séparent alors et chacun d'eux cherche un nouveau compagnon. Les Bosjesmaus, dans l'Afrique méridionale,ne connaissent pas le mariage. Chez les Naïrs (Inde), selon Buchanan, « per: « sonne ne connait son père et chaque homme regarde «les enfants de sa sœur ‘omme ses héritiers. » Les Techurs de l’Oude « vivent ensemble dans de grands « établissements où tout est en commun, et, si deux «individus se marient, le lien n’est que nominal (3).»

En Chine, les femmes furent communes, jusqu’au

(1) Davis, The Chinese, vol. I, p. 285.

(2) Trans. Ethn, Soc., vol. V, p. 45.

(3) The people of India, par J. Watson et J, W. Kaye, publié par les soins du Gouvernement Indien, vol, Il, p, 85.

règne de Cécrops.

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(1) Coguet, L’ (2) Clio, I, p.

(3) Melpomène (a) Loc. cit., (5) Proceeding

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MARIAGE ET PARENTÉ. 81 règne de Fouhi (1), et en Grèce jusqu’à l’époque de Cécrops. Les Massagetæ (2) et les Auses (3), tribu éthiopienne, selon Hérodote, ne connaissaient pas le mariage; Strabon confirme le dire d'Hérodote pour les premiers. Strabon et Solinus font la même remarque pour les Garamantes, autre tribu éthiopienne. En Californie, selon Baegert (4), lessexes s’accouplent sans aucune formalité, et le langage de ces peuples ne contient même pas de mot pour exprimer « se marier. »

Le langage des indigènes des îles Sandwich indique clairement combien ils étaient en arrière (jusque tout récemment) dans leurs relations sociales. Le tableau suivant, que j'extrais d’un mémoire fort intéressant de M. Morgan « sur l’origine et la classification de la parenté, » le prouve absolument (5).

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