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© « récriminations des femmes. Quelqu’étrange, quel- D 70
« qu'absurde que puisse, à première vue, paraitre la « couvade, il y a là, croyons-nous, un sentiment qui « doit avoir toutes les sympathies des belles-mè-
«res. » Lafitau (1) y voit un vague souvenir du péché originel et rejette lexplication des Caraïbes et
des Abipons, qui, selon moi, est la vraie ; ces peu-
ples pensent que si le père se livrait à des travaux manuels, ou ne se mettait pas à la diète, « cela ferait «mal à l'enfant, et que cet enfant participerait à tous « les défauts naturels des animaux dont le père aurait «mangé. »
Cette idée qu’un homme participe au caractère de l'animal qu’il mange est d’ailleurs fort répandue. Ainsi les Malais de Singapore recherchent beaucoup la chair du tigre, non pas parce qu’ils l’aiment, mais parce qu’ils croient qu’un homme qui mange du tigre, «acquiert la sagacité, ainsi que le courage de cet «animal (2). »
« Les Dyaks de Bornéo ont de grands préjugés
« contre la chair du daim, que Les hommes ne doivent
« pas manger, mais qu'on permet aux femmes et aux
«enfants, Ils croient que si les guerriers mangeaieni
« de la chair du daim, ils deviendraicut aussi peu « courageux que lui (3). »
(1) Mœurs de Sauvages américains, vol, E, p. 259, (2) Keppel, Visit to the Indian Archipelayo, p. 13. (3) Keppel, Expedition to Borneo, vol. 1, p. 281,
Luiuock, Orig de la Civil.
« Dans l'antiquité, ceux qui désiraient avoir des « enfants mangeaient des grenouilles, parce qu’elles « déposent un grand nombre d’œufs(1). »
Les Caraïbes ne veulent manger ni cochons, ni iortues, de peur ‘que leurs yeux ne deviennent aussi
petits que ceux de ces animaux (2). Les Dacotahs 4
mangent le foie du chien afin d'acquérir la sagacilé et le courage de cet animal (3). Les Arabes attribuent aussi le caractère passionné et rancunier de
leurs compatriotes à l’usage de la chair du cha- 8
meau(4).
Tylor (5) raconte « qu'un négociant anglais à »
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« Shanghai, à l’époque de l'attaque des Tæpings, ren- M
« contra un jour son domestique chinois portant un M
« cœur sanglant, et lui demanda ce que c'était. C’est M « le cœur d’un rebelle, répondit le Chinois, et je vais #4
« le manger pour me rendre brave. » Les Nouveaux. #
Zélandais, après avoir fait baptiser leurs enfants, #
avaient coutume de leur faire avaler des cailloux, pour que leur cœur devint dur et qu’il leur tût impossible de ressentir aucune pitié (6).
Le cannibalisme lui-même provient quelquefois de # cette idée, et les Nouveaux-Zélandais mangent leurs * plus formidables ennemis en partie pour cette raison. : est en vertu d’une déduction à peu près semblable & que l’on supposait que la fleur de l’eufraise était auprès de
(1) Inman, Ancient faiths in Ancient Names, p, 383,
(2) Müller, Geschichte der Americanischen Urreligtonen, p. 291, (3) Schoolcraît, Zndian tribes, vol. IT, p. 80,
(4) Astley, Collection of voyages, vol. Il, p. 143,
(5) Tylor, Early history of man, p. 131,
(6) Yate, Neu: Zealand, p. 82.
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anecdote fort triste.
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{bonne pour les maladies d’yeux, parce que cette fleur "ressemble un peu à un œil.
L'idée nous semble absurde. Elle ne semble pas aussi absurde aux enfants. Je me rappelle avoir en-
« ges tant d’oie tu deviendras tout à fait bête, » et il y
a sans doute fort peu d’enfants qui ne croiraient pas bes attri-
cette induction toute légitime.
Les Esquimaux, pour la même raison, « se procu- - rent de vieux morceaux des semelles de nos souliers «et Les font porter aux femmes stériles, qu’ils veulent «rendre fécondes ; ils pensent que notre nation est
0 « plus féconde que la leur, que notre corps est plus ortant un | était. C’est M , et je vais M
ouveaux. * s enfants, M
«solidement bâti, et ils croient que nos qualités cor-
« porelles se communiquent à nos vêtements (1). » En un mot, pas plus que nous, les sauvages n’agis-
sent sans raison, quoique leurs raïsons soient sou-
dvent mauvaises, et puissent nous sembler singulières cailloux, # ir tût im-
ment absurtes. Ainsi, ils ont grand’peur de faire faire leur portrait. Plus le portrait est ressemblant, plus le modèle a dè sujets de craintes; car ils pensent qu’on ne peut mettre tant de vie dans la copie qu'aux dépens de l'original. Un jour qu'il était fort tourmenté par quelques Indieus, Kane s’en débarrassa immédiatement
Men les menaçant de faire leurs portraits s'ils restaient jauprès de lui. Catlin nous raconte à ce sujet une
anecdote fort amusante, en même temps qu’elle est fort triste. Un jour il faisait de profil Le portrait d’un chef nommé Mahtocheega ; ce portrait de profil exci-
(1) Lgcde, Greenland, p, 198:
tait beaucoup de curiosité parmi les Indiens : « Pour- & « quoi laisser de coté la moitié de la figure ? deman- # « daient-ils : Mahtocheega n’a jamais craint de re- Ml « garder un blanc en face.» Mahtocheega lui-même ne à sembla pas se trouver offensé, maisShonka, «le Chien» ; s’empara de cette idée pour le mortifier. « L’Anglais À « sait bien, dit-il, que vous n'êtes que la moitié d’un @ « homme; il n’a peint que la moitié de votre figure : « parce qu’il sait que le reste ne vautrien.» Ceci amena M un combat pendant lequel le pauvre Mahtochecga fut 4 tué, et la halle qui le frappa à mort l'atteignit justement dans la partie de la figure omise sur le portrait. Ë Ceci fut très-malheureux pour M. Catlin qui eut À beaucoup de peine à s'échapper, et qui, pendant } quelques mois, manqua plusieurs fois de perdre la |
vie; l'affaire ne fut d’ailleurs tout à fait arrangée
pour lui que quand Shonka et son frère eurent été # tous deux tués pour venger la mort de Mahtcecheega, À Franklin rapporte aussi que les Indiens de l’Améri- |
que Septentrionaie « aiment beaucoup les tableaux,
« et regardent comme d’excellents talismans tous ceux |
« qu'ils peuvent se procurer, quelque mal exécutés « qu’ils soient(l). »
Les indigènes de Bornou ont la même horreur des portraits, ils disent : « qu’ils n'aiment pas cela;
en Lapo «d'entr de la quelqu présen la porté ordinai affaire poussé glais. Je à son à portrait prenant ter abri cause de sa langt sus alor et qu’il quisse « pouvait « faire, di «à Alten « maitre.
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« que leur sheïk ne l'aime pas; que c’est un péché: et À Pécriture « je suissür, par l'impression produite, que nous au- « rions beaucoup mieux fait de ne pas montrer notre
« album (2). » Sir À. de C. Brooke dit dans ses Voyages
sin, Carve l'Amériqu vent et à
(1) Voyage to the Polar Seas, IL, 6.
À 4 1) Brooke (2) Denham, Travils in Africa, vol, [, p. 275. |
2) Three V
: « Pour- & ? demannt de re- M -même ne :
le Chien» : L’Anglais À
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Voyages
INTRODUCIYION. 21
en Laponie (1): « Je voyais clairement que beancoup « d’entre eux s’imaginaient que ce que je faisais tenait de la magie; aussi étaient-ils inquiets jusqu’à ce que quelques marchands les eussent rassurés. Il s’en présenta un exemple un matin : un Lapon frappa à la porte de ma chambre et entra, comme ils le font ordinairement, sans autres cérémonies. Venu pour affaires d’Alten à Hammerfest, la curiosité l'avait poussé avant son départ à aller rendre visite à l’Anglais. Je lui donnai à boire, ce qui le mit tout à fait à son aise ; je pris alors mon crayon pour faire son portrait. Sa contenance changea immédiatement et prenant sa casquelte il était sur le point de me quitter abruptement, sans que Je pusse conjecturer la cause de ce brusque départ. Comme il ne parlait que sa langue je dus avoir recours à un interprète; je sus alors qu’il avait compris ce que je voulais faire, et qu’il craignait qu’en ayant son portrait je n’acquisse sur lui un pouvoir, ou une influence, qui pouvait lui être fatal. Il refusa donc de me laisser faire, désirant tout au moins retourner auparavant
à Alten pour en demander la permission à son
maitre. » M. Ellis constate l'existence d’un même sentiment à Madagascar (2).
I n’y a guère lieu de s'étonner que pour le sauvage l'écriture tienne encore plus de la magie que le dessin, Carver, par exemple, permettait aux Indiens de l'Amérique septentrionale d'ouvrir un livre aussi souvent et à quelque endroit que ce füt, puis il leur
1) Brooke, Lapland, p. 354.
(2) Three Visits to Madagascar, p. 355,
| disait le nombre des pages. « Ils ne pouvaient, « dit-il, s'expliquer mon savoir qu’en supposant que « le livre était un esprit qui m’indiquait les réponses
Le
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à tout ce que je lui demandais (1). »
Le père Baegert raconte (2) « qu’un certain mis- « sionnaire envoya un indigène à un de ses collègues « pour lui porter quelques pains, il lui remit aussi « une lettre constatant le nombre de ces pains. Le messager mangea une partie de pain, remit la lettre et son vol fut par conséquent découvert. Une autre fois on le chargea encore de porter quatre pains, il en
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| « sous une pierre, la lettre dont il était chargé, « croyant, cette fois, que son vol ne serait pas découv rt puisque la lettre ne l'avait pas vu manger « les pains. »
Plus au nord, les Minatarrees, voyant Catlin lire avec attention un exemplaire du « New-York Commercial advertiser, » ne savaient que penser; ils conclurent enfin que c'était un talisman pour les maux d’yeux et l’un d’eux l’acheta à un prix fort élevé (3).
répandu en Afrique, où les prêtres et les sorciers écri-
vent une prière sur un morceau de bois, la lavent et font boire l’eau au malade.
Caillié (4) rencontra un homme qui avait une grande réputation de sainteté et qui se procurait les moyens d'existence en écrivant des prières sur une
(1) Travels, p. 255.
(2) Smithsonian Report, 1864, p. 379.
(3) American Indians, vol. 11, p. 92.
(4) Voyages, vol. I, p. 262.
mangea deux, mais pendant qu'il le faisait il cacha,
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planche, les lavait, puis vendait l’eau dont il s'était servi. On répandait cette eau sur différents objets et on espérait ainsi les embellir ou les protéger.
Mungo-Park dans une certaine occasion mit cette idée à profit. « Un Bambarran, dit-il, ayant appris «que j'étais chrétien pensa de suite à se procurer un « talisman ; dans ce but il m’apporta son /7’alha, ou «planche à écrire, m’assurant qu’il me donnerait d'u «riz pour mon souper si je voulais lui écrire un ta- «lisman pour le protéger contre les méchants.
« La proposition était trop importante pour moi «pour que je la refusasse. Je couvris donc sa « planche d'écriture des deux côtes, depuis le haut «jusqu’en bas, et mon propriétaire pour être certain «d’avoir toute la force du talisman lava l’écriture «avec un peu d’eau, dans une calebasse, puis, après «avoir marmotté quelques prières, but cette drogue «puissante ; après quoi, de peur qu’un seul mot ne lui «ait échappé, il lécha la planche jusqu’à ce qu’elle «füt sèche (1). »
En Afrique les prières écrites pour servir de médicaments ou d’amulettes sont ordinairement des sentences tirées du Coran. Il est admis qu’elles ne protégent pas contre les armes à feu, mais ceci ne diminue en rien la foi qu’on a dans ces remèdes, parce que, diton, les armes à feu n'étant pas inventées au temps de Mahomet, il n'avait naturellement pas imaginé de spécifique contre elles (2).
Atkinson nous dit que chez les Kirghiz, les Mullas
(1) Park, Travels, vol. I, p. 357. Voir aussi p. 56, (2) Astley, Collection of Voyages, vol. IT, p. 35.
vendent de semblables amulettes moÿennant un mouton pour chaque bout de papier (1).
En un mot, la science de la médecine, tout comme l'astronomie et la religion, prend chez les sauvages le caractère de la magie.
Les Cafres « attribuent toutes les maladies à trois « causes : un charme que vous a jeté un ennemi; la « colère de certains êtres qui semblent demeurer dans « les rivières; le pouvoir des mauvais esprits (2). » Dans la Guinée, les médecins indigènes peignent le corps de leurs malades de différentes couleurs en l'honneur de l'esprit (3).
Le sauvage ignore quelles sont les causes qui soutiennent la vie, il ignore l'anatomie et la physiologie; aussi ne comprend-il rien à la vraie nature de la maladie. Bien des peuplades ne croient pas à la mort naturelle et si un homme, quelque vieux qu'il soit, vient à mourir sans être blessé, on attribue toujours sa mort à la magie. Aussi quand un sauvage est malade accuse-t-il toujours de ses souffrances quelque ennemi caché dans son corps, ou quelque objet étranger, et cette idée amène un mode de traitement particulier que sa simplicité et son universalité rendent fort curieux.
« Une chose remarquable chez les médecins Abi- « pons (Paraguay), dit le Père Dobritzhoffer (4), c’est « qu'ils traitent toutes les maladies de la même façon. « Examinons ce traitement. Ils appliquent leurs lèvres
(1) Siberia, p 310.
(2) Lichtenstein, vol. I, p. 255.
(3) Astley, Collection of Voyages, vol. IT, p. 439, (4) History of the Abipones, vol, IT, p 249.
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« à la partie malade et la sucent, crachant après cha- « que succion. À intervalles ils tirent leur haleine du «fond même de leur poitrine et soufflent sur la partie «malade du corps. Ils répètent alternativement ces «suecions et ces exhalaisons.…. Ce mode de traitement «est en usage chez tous les sauvages du Paraguay ct «du Brésil que je connais, et, selon le père Jean Grillet, «chez les Indiens Galibes.... Les Abipons, encore plus « déraisonnables, pensent que ces succions débarras- «sent le corps de toutes les causes de maladie. Les «jongleurs encouragent constamment cette croyance « par de nouveaux artifices; car, quand ils se prépa- «rent à sucer un homme malade, ils cachent dans «leur bouche des épines, des insectes, des vers, puis «les crachent après avoir sucé pendant quelque temps, «en disant au malade: Voici la cause de votre mala- «die. À cette vue le malade se sent mieux, car il «pense que l'ennemi qui le tourmentait est enfin ex- « pulsé. »
A première vue, on serait presque disposé à croire que quelqu'un s’est amusé aux dépens du bon père, mais nous retrouvons le même mode de traitement chez d'autres races. Martius nous dit que le traitement des malades chez les Guaycurus (Brésil) est «très-simple; il consiste principalement en fumiga- «tions et en succions de la partie malade; puis le « Payé crache dans un trou comme s'il voulait rejeter «le mauvais principe qu'il a sucé et enterrer (1) !»
Dans la Guyane anglaise, selon M, Brett, « si le malade est assez fort pour « supporter la maladie,
(1) Travels in Brazil, vol, IL, p. 77,
« l'excitation, le bruit, la fumée du tabac, qui l’en- « veloppe quelquefois tout entier, et que le sorcier « observe des signes de mieux, ce dernier prétend ex- «traire la cause de la maladie en suçant la partie « malade. Après bien des momeries il tire de sa « bouche quelque substance étrangère, telle qu’une « épine, un gravier, une arète de poisson, une serre « d'oiseau, une dent de serpent, ou un fil de métal, « que quelque méchant yauhahu a du insérer dans « la partie malade (1). »
Le Père Baegert rapporte que les sorciers de la Californie soufflent sur les malades, puis leur font des succions, et finissent par leur montrer quelque petit objet, leur assurant qu’ils viennent de l’extraire et que c'était là la cause de leur maladie. Wilkes décrit ainsi une scène qui s’est passée en sa présence à Wallawalla sur le fleuve Columbia: « Le « médecin, qui était une femme, se penchant sur le « malade commença à lui sucer le cou et différents en- « droits de la poitrine pour arriver plus vite à extraire
« le mauvais esprit. De temps en temps elle paraissait
« attirer à elle quelque partie de la maladie et alors « elle s'évanouissait. Le lendemain matin elle suçait «encore la poitrine de l'enfant... L'influence sur le « gamin était telle qu’en effet il semblait mieux... La « dernière fois que M. Drayton vit la femme médecin, « elle lui montraune pierre de la grosseur environ d’un « œuf d’oie et lui dii que c'était la cause de la maladie « qu’elle avait extraite du corps de l'enfant (2). »
(1) Brett, Andian Tribes of Guiana, p. 364, (2) United states Eæploring Expedition, vol, IV, p. 400.
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Les Indiens des Prairies attribuant toutes les maladies à une cause unique : la présence d’un mauvais esprit qu'il faut chasser; les traitent toutes aussi de la même façon. Le médecin ou sorcier essaye de chasser le mauvais esprit : « D'abord au moyen de certaines «incantations et de certaines cérémonies qui ont pour « but de lui assurer l’aide de l'esprit ou des esprits qu'it «adore; puis, au moyer» de toutes sortes de bruits ter- «ribles, de gestes et äe succions faites avec la bouche «sur l'endroit malade (1). » En parlant des Indiens de la baie d'Hudson, Hearne dit : « Il est nécessaire de « faire remarquer qu’ils n’emploient aucuns médica-- « ments pour les affections internes ou externes; tous «leurs traitements consistent en jongleries. Dans les «cas ordinaires, ils soufflent sur la partie malade et « la sucent, le tout entremêlé de chants (2). »
A l’extrème nord, chez les Esquimaux, Crantz nous dit « que les vieilles femmes ont coutume d’ex- «traire d'une jambe enflée un paquet de cheveux ou «des morceaux de cuir; elles le font en suçant avec « leur bouche qu’elles avaient eu soin de garnir de ces
«objets avant de commencer l'opération (3). » Si un
Lapon est malade, les sorciers du pays lui sucent le front, et lui soufflent à la figure, prétendant le guérir ainsi.
Chapman a observé une coutume semblable dans l'Afrique méridionale : « Un homme ayant été blessé, « notre ami suça la plaie, puis... il sortit de sa bou-
(1) Schoolcrafl, Indian Tribes. vol, I, p. 250,
(2) Voyage to the Northern Ocean, p. 189.
(3) History of Greenland, vol, !, p. 214.
« che un morceau de quelque substance qu’il suppo-
« sait être la cause de la maladie (1). »
L'ex-gouverneur Eyre écrit dans son intéressant
ouvrage sur l'Australie que : « toutes les maladies
«étant attribuées à la magie, les sorciers possèdent
«seuls le pouvoir de les guérir. Quelquefois ils ap-
« pliquent la bouche à la partie du corps où est la souf- « france, sucent jusqu'à ce qu'ils fassent jaillir du sang, « puis appliquent des feuilles vertes sur l'endroit sucé. « Outre le sang qui provient de ses gencives, le sorcier « rejette ordinairement un os, qu'il déclare avoir ex- « trait de la partie malade; dans d’autres occasions ils « soutirent la maladie sous une forme invisible et pré- « tendent la jeter dans l'eau ou dans le feu (2). »
Ainsi donc nous retrouvons dans le monde entier ce mode de traitement primitif, qui consiste à sucer la partie malade pour en faire sortir le mal et peut-être les traces en restent-elles encore au milieu de nous, dans ces coutumes charmantes avec les enfants « Viens que je t'embrasse et tu-seras guéri? »
Les Australiens-ont un autre remède fort curieux : ils entourent d’une ficelle le front ou le cou du malade, «un ami prend le bout de la ficelle et s’en « frotte Les lèvres jusqu’à ce que le sang coule. Ils « supposent que ce sang provient du malade et qu’il «arrive aux lèvres le long de la ficelle (3). »
Presque tous les peuples peu avancés en civilisation ont une grande aversion pour Les jumeaux, Dans
(1) Travels in Africa, vol, IT, p. 45.
(2) Discoveries in Central Australia, vol, 11, p. 860, Voir aussi Oldfield,
Trans, Ethn. Soc., nouvelle série, vol, IT, p, 243, (3) English Colony in Net South Wales, pp. 363, 382,
l'ile de « singuli « meaux « qu'on « obligés «la mer!
« après q «offrir u «malheu « la pauv « posés e1 «Son jus « SOÏDS, »
ile.
Chez le « naît des « considèr «tion d’a « sent-ils
Au Jap meaux, O1 Arebo dan sent que, meaux, Oo!
province nyanyeml de les jet
(1) Moor, À (2) Stecl, 7 (3) Bickmo (4) Voyage dans la Guint
uppo-
*essant iladies sèdent ils apa souf- 15ang, t sucé.
sorcier oil eXons ils et pré- »
entier ucer la ut-Ctre nous, fants :
rieux :
u ma et s’en ile. Ils t qu'il
vilisa-
Oldfield,
l'ile de Bali (1) (près de Java), « les indigènes ont la «singulière idée, quand une femme accouche de ju- «meaux, que c’est un très-mauvais présage; dès «qu’on le sait, l'a femme, son mari et ses enfants sont «obligés d'aller vivre, pendant un mois, au bord de «la mer, ou parmi les tombeaux, pour se purifier, «après quoi ils reviennent dans le village et doivent «offrir un sacrifice. Ainsi, ils considèrent comme un «malheur une preuve de fécondité chez la femme, et «la pauvre mère et les enfants nouveau-nés sont ex- «posés en plein air à toutes les inclémences de la sai- «son juste au moment où il leur faudrait le plus de «soins. » Cette idte est loin d’être particulière à cette ile.
Chez les Khasias de l’Indoustan (2), « quand il « naît des jumeaux on en tue ordinairement un; ils «considèrent que c’est un malheur et une dégrada- «tion d’avoir des jumeaux, car c’est s’assimiler, pen- «sent-ils, aux animaux. »
Au Japon (3), chez les Ainos, quand il naît des jumeaux, on détruit toujours un des deux enfants. A Arebo dans la Guinée, Smith et Bosman (#) nous disent que, quand une femme met au monde des ju: meaux, on tue et les enfants et la mère. « Dans la province de Nguru, dépendant de l'empire d’Unyanyembé, la loi ordonne de tuer les jumeaux et de les jeter à l’eau dès qu’ils sont nés, de peur que la
(1) Moor, Notices of the Indian Archipelago, p. 96.
(2) Steel, Trans Ethn. Soc., nouvelle série, vol, VIT, p. 308.
(3) Bickmore, Proc, Rost, Soc, of Nat, Ilist, 1867.
(4) Voyage to Guinea, p. 233. Pinkerton, vol. AV, p. 526, Ailleurs, dans la Guinée, les jumeaux sont les bienvenus.
sécheresse, les inondations et la famine ne désolent le pays. Si quelqu'un essavait de cacher la naissance de jumeaux, la famille entière serait massacrée (1). »
Les indigènes de l'Amérique (2) tuent aussi un des deux enfants, avec l’idee qu’un enfant fort vaut mieux que deux enfants faibles.
Ce n'est cependant pas là, je crois, la cause générale du préjugé contre les jumeaux; c’est plutôt l’idée curieuse qu’un homme ne peut avoir qu’un seul enfant, de telle sorte que la naissance de jumeaux implique une infidélité de la femme, Ainsi dans l’introduction du vieux roman du chevalier Assigne, ou chevalier du Cygne (le roi et la reine sont assis ensemble sur un mur) :
« Le roi regarda en bas du mur et vit une pauvre femme assise à la porte, avec deux enfants devant elle, tous deux nés en même temps; et il se détourna et laissa tomber des larmes. Puis il dit à la reine: Voyez-vous là-bas cette pauvre femme, elle est en- « combrée de deux jumeaux et cela me fait de la peine, et je voudrais lui porter aide. » La reine répondit : « Non, et ce n'est pas bien, car il faut un homme pour un enfant et deux femmes pour
deux; ou aut”2ment c’est chose singulière, car je pense que chaque enfant a un père, combien y en a-t-il donc eu (3)? »
(1) Speke, Discovery of the Source of the Nile, pp. 541-492,
(2) Lafitau, vol. 1, p, 592,
(3) The Romance of the chevelere Assigne, publiée par H, H, Gibbs, Usqre, Trübners, 1868,
Depuis même id Lya provenan sans la inanimés ime, pu une. Hea septentrio a pris un qui n’ont deux filets l'un de l:
Les Bos Chapman « prisent «ils doun « qui a P( « velles fl «que de 1 « servir de Les ind de fer que l'espoir qn « non—seu « les fruits « mort, où (1) Astley, € volume, nous Hottentots.
(2) Loc, cit., (3) Lichtens
lent le nce de 1.»
un des mieux
génét l’idée eul enux iml’introne, OU ssis en-
pauvre devant tourna reine :
est ende la
reine il faut s pour
car je nycen
, Gibbs,
Depuis que j'ai lu ce passage j'ai appris que la mème idée existe dans la Guinée (1).
Il y a chez les sauvages des idées fort curieuses provenant de ce fait que, comme ils ne peuvent agir sans la vie, ils attribuent la vie, même aux objets inanimés. Platon avait supposé que le monde a une âme, puisque tout ce qui se meut doit en avoir une. Hearne nous dit que les Indiens de l'Amérique septentrionale préfèrent un hameçan avec lequel on a pris un gros poisson, à une poignée de hameçons qui n’ont pas encore servi; et qu'ils ne mettent jamais deux filets ensemble, de peur qu'ils ne soient jaloux lun de l’autre (2).
Les Bosjesmans pensaient que la grosse voiture de Chapman était la mère de ses plus petites; «ils mécprisent une flèche qui a une fois manqué le but; cils dounent au contraire une valeur double à celle «qui a porté. Ils aiment donc mieux faire de nou- « velles flèches, quelque peine que cela leur donne,
«que de ramasser celles qui n’ont pas porté pour s’en servir de nouveau (3). »
Les indigènes de Tahiti semèrent quelques clous de fer que leur avait donnés le capitaine Cook, dans l'espoir qu'ils pousseraient. Ils croient aussi que « non-seulement tous les animaux, mais les arbres, « les fruits et même les pierres ont des âmes, qui à leur | « mort, ou quand ils sont consumés ou brisés, remon-
(1) Astley, Collection of voyages, vol. HI, p. 83 Ala page 358 du même
volume, nous trouvons une curieuse variante de cette idée chez les |
Hottentots. | (2) Loc, cit, p. 330,
(8) Lichtenstein, T'ravels in south Africa, vol, Il, p. 271,
32 ORIGINES DE LA CIVILIiSATION.
« tent à la divinité, se mêlent d’abord avec elle, et pas- « sent ensuite dans la demeure attribuée à chacun. »
Les Tongans pensent que (1) « si un animal meurt,
son âme va immédiatement dans les plaines de Bolo-
{oo ; si une pierre ou toute autre substance est brisée,
limmortalité devient également sa récompense;
que dis-je, les corps artificiels partagent aussi cette
récompense avec les hommes, les cochons et les
bœufs. Si une hache ou un ciseau se brise, son âme va
immédiatement retrouver les dieux. Si on abat une
maison, la partie immortelle trouve aussi sa place
dans le Bolotoo. » De là vient probablement leur coutume de briser les instruments, etc., enterrés avec les morts. Ce n’est certainement pas pour les rendre inutiles qu'ils les brisent, car un sauvage ne songerait pas à violer une tombe, il craindrait de s’attirer la colère du mort; ils les brisent donc parce qu'il faut « tuer » ces instruments pour que leurs âmes, comme celles des femmes et des esclaves, puissent accompagner leurs maitres dans la terre des esprits.
Lichtenstein raconte que le roi des Cafres Koussas, brisa un morceau d’une ancre, appartenant à un navire naufragé, et mourut quelque temps après; depuis lors, tous les Cafres avaient grand soin de saluer respectueusement l’ancre, chaque fois qu’ils passaient auprès d'elle, car ils la regardaient comme un être vindicatif,
Un accident semblable donna probablement naissance à l'antique superstition Mohawk, prédisant
(1) Mariner, Tonga Islands, vol, If, p. 137.
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une grande infortune si quelqu'un prononçait une | parole sur le lac Saratoga. Un jour qu’une Anglaise, esprit fort, traversait le lac, elle insista pour parler, et en arrivant sans accident à l’autre bord, elle se moqua de la superstition de son batelier; mais il lui répondit immédiatement : « Le Grand-Esprit est miséricordieux, et il sait qu’une femme blanche ne sait pas retenir sa langve ! (1). » |
Les formes de salutation chez les sauvages sont parfois fort curieuses, et leur manière de montrer leurs sentiments toute différente des uôtres. Le baiser nous paraît être le langage naturel de l’affection. « Il «est certain, dit Steele, que la nature en est l’auteur, | «et que le premier baiser date du premier amour. » Cela semble être une grosse erreur. Le baiser était inconnu aux Australiens, aux Nouveaux-Zélandais, aux Papouans et aux Esquimaux. Les nègres de l’Afrique occidentale ne l’apprécient pas, nous dit-on, autrement j'aurais pensé que cette mode une fois découverte devait devenir universellement populaire.
Les Polynésiens et les Malais s’asseyent toujours quand ils parlent à un supérieur ; un Chinois met son chapeau au lieu de se découvrir. Cook affirme que les habitants de Mallicollo expriment leur admiration en sifflant ; il en est de mème, selon Casalis, chez les Cafres (2). Dans quelquesiles du Pacifique, dans quelques parties de l’Indoustan (3) et de l’Afrique, tourner le dos à son supérieur est une marque de respect. Les
1) Burton, Abbeokuta, vol. 1, p. 198.
@) The Basutos, par le Rev, E. Casalis, p. 234, (3) Dubois, luc, cit., p. 210,
Lussock Orig. de la Civil.
Todas des collines de Neilgherry montrent leurrespect, # dit-on, en faisant un pied de nez; on a affirmé que | dans une tribu des Esquimaux on vous tire le nez pour vous faire un compliment, bien qu'il soit juste d’ajou- | ter que le docteur Rae pense qu’il y a là une erreur. D'un autre côté, le docteur Blackmore constate que le mode de salutation chez les Arapahoes, coutume d’où ils tirent leur nom, consiste à saisir le nez de l'étranger entre le pouce et l'index (1).
On affirme qu’en Chine un cercueil est un présent À convenable pour un parent âgé, surtout s’il est en mauvaise santé.
(1) Trans. Ethn. Soc., 1869, p. 310.
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