HEURE
On peut observer, enfin, que chezles nations civilisées la religion et la morale sont étroitement liéesl’une
i l’autre. Cependant le caractère sacré, qui forme par ie intégrante de notre conception du devoir, n’a pu se développer que quand la religion fut devenue morale, et ce dernier progrès n’a pu avoir lieu que quand on a considéré les dieux comme des êtres bienfaisants. Mais, dès qu’il en fut ainsi, on a naturellement supposé qu’ils regardent avec faveur tout ce qui tend à améliorer le sort de leurs adorateurs et à condamner toutes les actions ayant un caractère contraire. Cefut là un immense progrès pour l'espèce humaine, puisque la crainte des puissances invisibles, au lieu
de se traduire, comme précédemment, par des cérémonies et des sacrifices stériles, revètit immédiatement la morale d’un caractère sacré et, par conquent, d’une force qu’elle n'avait pas possédée jusqu'alors.
L'autorité me semble donc être l’origine de la vertu, et l'utilité, mais non pas de la façon indiquée par M. Spencer, me semble en être le criterium. Toutfois M. Hutton, dans le dernier paragraphe de son intéressant mémoire, soutient qu'il devrait certaine-
ment y avoir à notre #poque « quelque loi morale (élémentaire, aussi profondément enracinée dans l’esprit humain que la loi géométrique enseignant que (a ligne droite est Le plus court chemin d'un point à un autre. Laquelle est-ce ? » Je ne vois aucune nécessité qu'il en soit ainsi. Un enfant dont les pa- *üls appartiennent à différentes nations, ayant des wdes de morale différents, pourrait avoir, je suppose,
un profond sens moral, et cependant n’avoir aucune
idée bien arrêtée quant à certains devoirs moraux. El c’est là réellement ce qui se passe chez nous. Nos ancêtres, depuis de longues générations, ont le senti- |
ment du bien et du mal, mais à différentes époques ils ont possédé des codes de morale bien divers. Aussi avons-nous un profond sens moral et cependant, comme quicouque a des enfants peut s’en apercevoir, |
aucun code moral définitif, Les enfants ont un profond
sentiment du bien et du mal, mais aucune conviction
intuitive ne leur indiqre quelles actions sont bon-
nes, quelles autres sont mauvaises.
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